L'Agriculteur Normand 27 mai 2014 à 08h00 | Par A. Dufumier

70 ème anniversaire du débarquement - "Les boches dans la poche"

La plus grande bataille de la libération s'est décidée au dernier moment à Chambois, au hasard du déplacement des troupes alliées et de la retraite allemande.

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 (© gouvernement polonais)  © gouvernement polonais gouvernement polonais  © gouvernement polonais

D'un côté, 600 000 soldats américains, canadiens, britanniques, polonais et français,  bien ravitaillés et un moral refait à neuf depuis fin juillet et la percée d'Avranches. De l'autre 250 000 soldats allemands en déroute, souvent épuisés, ravitaillés par les corbeaux, mais encore correctement équipés. Et le tout, qui finira par converger entre le 12 août et le 21 août 1944, dans la vallée de la Dives, aux abords des plaines et des collines de Chambois. Ce sera le théâtre militaire le plus important de la bataille de Normandie dans un tout petit bout d'espace rural qui n'avait rien demandé et qui ne pouvait pas savoir que 10 jours de chaos s'abattraient sur lui, le faisant entrer à marche forcée et en grosses lettres, dans la grande Histoire. D'ailleurs en ce début de mois d'août, qui pouvait savoir que tout convergerait vers Chambois ? Pas les Allemands qui n'imaginaient pas un tel revers à leur contre-attaque de Mortain étouffée dans l'oeuf dès le 7 août. Les alliés eux-mêmes qui avaient déjà planifié un piège, alors que très bien renseignés sur les détails de la contre-offensive allemande Lüttich, ne pouvaient pas encore savoir que la tenaille qu'ils allaient mettre en place se refermerait sur Chambois dévasté. Les  habitants et réfugiés de la région pouvaient seulement constater une plus grande concentration des forces allemandes dans le département.

Aller vite
L'armée allemande est prise en tenaille dès le 12 août avec encore 150 000 hommes en  faction entre Falaise et Argentan, et déjà bien consciente du danger qui pèse sur elle. Mais Hitler refuse encore de reculer et ce n'est que le 16 août 1944 que l'armée allemande prendra l'ordre de battre en retraite sur la Touques, puis vers la Seine. Après tout ce temps perdu, les Allemands doivent aller vite, très vite, et pour les alliés, le 17 août, "il est déjà trop tard pour l'encerclement sur un axe Falaise - Argentan, il faut essayer de réaliser la jonction un peu plus à l'est, ce sera l'axe Chambois-Trun", rapporte le musée-mémorial de Montormel. La poche y sera fermée une première fois le 19 août, sera enfoncée de l'extérieur par les troupes allemandes échappées le 20, et définitivement fermée le 21. Tenant fermement le verrou sur la colline 262 durant toute cette période, la 1re division blindée polonaise tiendra bon jusqu'au bout, mais sera presque anéantie. Avantage du nombre, avantage du terrain, et avantage tactique d'une retraite allemande tardive, les pertes alliées se comptent en centaines d'hommes tandis que les pertes allemandes se comptent en milliers. Les alliés font environ 50 000 prisonniers. En débâcle, l'armée allemande a aussi laissé dans la poche une grande partie du matériel lourd, incapable de franchir la Dive, une barrière antichar naturelle que le commandement allemand n'avait pas anticipée. Du 19 au 21 août, les Allemands n'avaient plus qu'un couloir étroit et embouteillé pour circuler à découvert du feu incessant de l'artillerie alliée. Au plus fort des combats, la vitesse de circulation est de 500 mètres par heure dans ce couloir de la mort.

Convoyeurs étrangers
Cafouillage entre les différentes divisions alliées, retard pris pour fermer la poche, faible investissement de la division française. La bataille de Chambois ne sera finalement pas "le coup militaire du siècle" escompté par Bradley. Entre le 12 et le 21 août, 100 000 soldats allemands sont parvenus à s'extraire du chaudron. Les prisonniers faits à Chambois sont souvent "des troupes démoralisées, des auxiliaires étrangers, des convoyeurs de voitures hippomobiles, relate l'historien Grégory Laignel dans son récent ouvrage,"Pris au piège dans la poche de Chambois". Les guerriers les plus combatifs, les plus fanatisés, il faudra les retrouver sur d'autres fronts, notamment dans les Ardennes".

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