L'Agriculteur Normand 01 mars 2016 à 08h00 | Par M. Malo

A Gorges (50) : 550 000 étourneaux et 1 tonne de fiente par jour

Mardi 23 février, les frères Lecoq ont ouvert leur exploitation au sous-préfet de Coutances pour échanger sur la problématique des étourneaux. Ce nuisible pose de réels soucis. Le moral est à zéro chez les exploitants des marais Manchois.

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- © MM

1996, sur la Tourbière de Baupte, l'eau commence à monter et favorise l'implantation de saules. Début octobre, à l'arrivée des étourneaux, le site devient leur dortoir principal. Il fournit une protection parfaite en rendant le site difficile d'accès aux prédateurs. On y comptabilise aujourd'hui 550 000 volatiles. 7 communes sont concernées pour 75 exploitations.

Des pertes considérables
Entre le maïs ensilage destiné au troupeau, la destruction des semis de céréales et les déjections en masse, c'est tout le travail des agriculteurs qui est souillé. À titre d'exemple, en 2010, sur 3 500 ha attaqués, 850 ont dû être ressemés. Le coût d'un resemis s'élève à 210 €/ha. S'ajoute  70 €/ha pour le travail du sol. Facture totale sur la Tourbière : 179 000 € plus une perte de rendement sur 2 650 ha non ressemés. « Sur une année, on peut estimer la perte à 10 - 15 000 €. On perd 2,69 litres de lait par jour et par vache,» confie Didier Lecoq. En plus des dégâts sur les semis hivernaux, les étourneaux ont aussi un impact sanitaire. Ce nuisible produit 4 grammes de fientes par jour.« 2 grammes sur le dortoir, 2 autres sur le lieu d'alimentation, » précise Jean-Michel Hamel, secrétaire général de la FDSEA.
Avec 550 000 étourneaux comptabilisés, c'est une tonne de fiente par jour déjectée. Impact environnemental : les fientes contaminent l'eau et l'alimentation bovine sans oublier le risque de propagation de maladies que les volatiles peuvent véhiculer.

À bout de nerfs
Tous les moyens de lutte mis en œuvre ont montré leurs limites : filets (calfeutrement des bâtiments), ballons (épouvantails) ou haut parleurs imitant des cris d'oiseaux en détresse. Les éleveurs sont à bout de nerfs. « On a tout essayé. Ça les a fait partir au début mais ils finissent par s’habituer. Les cris ne les effrayent plus du tout. Ils passent par des trous de 3 cm. Certains ne sortent même plus des bâtiments. Avec la crise agricole et notre travail qui se retrouve complètement souillé, on n’en peut plus ».

Deux opérations
La première a eu lieu fin décembre, le but étant de réguler la population. 10 000 cartouches ont été tirées sur 70 sites ce qui a permis de faire fuir les oiseaux sur certaines fermes pendant quelques jours. Autre opération sur 3 jours début de février.
40 000 cartouches tirées par les chasseurs de la Fédération de la Manche. « Un coût énorme et un investissement important, » juge Jean-Michel Hamel. Ces sessions de tirs n'ont pas porté leurs fruits pour cause de trop grand nombre. D'autres méthodes sont envisagées.

Aucune solution
Le site refuge rend le délogement impossible. On a pensé aux filets mais la démarche est trop dangereuse. « Il faudrait les poser en ULM, la nuit, pendant qu'ils dorment. Irréalisable...,» pronostique Jean-Michel Hamel. Le seul moyen efficace serait le gazage, interdit en France. « En Hollande, ils l’utilisent pour réguler les populations d'oies. Ici, on se mettrait toute la population à dos. Alors on demande à l'Etat, puisqu'il interdit certaines pratiques, de trouver d'autres solutions,» conclut Jean Michel Hamel.

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