L'Agriculteur Normand 18 septembre 2013 à 11h47 | Par T.Guillemot

A La Vespière, près d'Orbec (14) - Du champ jusqu'au silo : le maïs ravitaille les corbeaux

Sangliers, étourneaux et désormais corbeaux... A La Vespière, près d'Orbec (14), le maïs en terre comme en silo constitue une cible privilégiée d'espèces pas toujours classées nuisibles. Damien et Jean-Claude, aux premières loges, prônent à minima une régulation.

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- © TG

Dans quelques jours, Damien Feugère et Jean-Claude, son père, vont ensiler leur parcelle de maïs qui jouxte l'A28. Il leur faudra utiliser un bec rotatif qui se déjoue des lignes de semis. Et pour cause, au printemps dernier, un resemis s'est imposé. Au banc des accusés : une colonie de corbeaux estimée à plus d'un milliers de becs. «Dès que le maïs lève, le germe étant très appétant, ils prennent le rang et arrachent tout. Sur cette parcelle de 5 ha, plus de 2 ha ont été détruits. On a donc du resemer 2 fois», se fâche Damien, par ailleurs trésorier de JA 14. Et de souligner : «ça fait 3 ans que ça dure».
Arrivé à La Vespière en 1957, Jean-Claude confirme que les corvidés se multiplient depuis quelques années. «Cela fait 40 ans que je fais du maïs mais, dans ma jeunesse, il y en avait moins. On commence même aujourd'hui à voir des choucas».

Pas de prédateurs
Pour les corvidés, La Vespière, c'est presque «camping paradis». des parcelles de maïs, un garde-mangé qu'ils occupent du levé au couché du soleil au printemps, cernées par des bois qui leurs servent de dortoir. «En mai/juin, quand je vais au matin chercher mes vaches au champ, je les vois arriver de tous les horizons. Ils ont un oeil incroyable. Il y a les guetteurs. Ils se parlent et poussent des cris d'alarme en cas de danger», a observé Jean-Claude. Pas étonnant donc qu'ils se multiplient à la vitesse grand V dans ce biotope très favorable d'autant plus qu'ils n'ont pas de prédateurs. Même pas les chasseurs. «Un corbeau se trouve rarement à portée de fusil et puis, de toute façon, il n'intéresse personne. Le renard si..., il détruit les portées de lapins ou de perdreaux».
Et il n'y a pas qu'au printemps que les corbeaux provoquent des dégâts. «Ils s'attaquent aux bâches de silos et boules d'enrubannage. De plus, à l'instar des étourneaux, on les retrouve sur les fronts d'attaque. Au-delà des pertes directes et indirectes, sur le plan sanitaire, ce n'est pas le top», concède Damien.

Lutte : passer à la vitesse supérieure
Damien et Jean-Claude ne sont pas restés les deux pieds dans le même sabot face à ce fléau. Ils ont testé différents moyens de lutte. L'effaroucheur phonique (le canon) ? «Ça ne marche pas bien et ça peut poser des problèmes de voisinage avec les non agriculteurs». L'épouvantail ? «Ça fonctionne quelques jours mais ils s'y habituent très vite. Et puis, il faut qu'il y ait du vent». L'effaroucheur combinant les deux ? «C'est sans doute ce qui donne les meilleurs résultats mais ça se limite à une parcelle de 5 ha par appareil». Membre du réseau JA, Damien avance sa proposition validée par la profession, jeune et aînée, lors de différentes réunions de travail organisées par la FDSEA et les JA en collaboration avec la FREDON : la régulation des populations par prélèvement. «Il faudrait pouvoir les piéger avec une cage». Mais pour cela, il faut être piégeur habilité. «J'ai 30 noms de jeunes agriculteurs qui sont prêts à se former à condition de faire sauter quelques verrous», assure le trésorier de JA 14. Il suffirait ainsi de desserrer quelques freins pour démarrer un plan de bataille de grande envergure. Le premier est d'aspect financier : qui va financer la formation et les cages piégeuses ? Le second est une demande d'assouplissement dans la règlementation. Si le cadrage de telles actions n'est nullement remis en cause, la gestion du temps (comme les délais pour gérer l'équarrissage) pose quelques questions. «Nous souhaiterions aussi être épaulés par des piégeurs aguerris», insiste Damien. Effectivement, animal futé, il ne suffit pas de jouer les Rambo pour mettre le corvidé en cage.
Agriculteurs, jeunes et aînés, affichent donc leur volonté de prendre à bras le corps un problème qui empoisonne la vie des éleveurs mais aussi des céréaliers.
A suivre dans les prochaines semaines.

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