L'Agriculteur Normand 11 décembre 2007 à 15h42 | Par T.Guillemot

ADASEA - RDI (Répertoire Départ Installation) recherche cédants en vue installation...

“RDI (Répertoire Départ Installation) recherche cédants en vue installation”. Ce pourrait être l’intitulé d’une petite annonce. C’est en fait le message lancé conjointement par Jean-Luc Paris (président des ADASEA de Normandie) et Jean-Yves Heurtin (président des JA Normandie).

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Le RDI (Répertoire Départ Installation) a plus de 10 ans de bons et loyaux services. Un outil efficace qui pèche cependant au niveau de ses équilibres. Beaucoup de candidats à l’installation mais peu d’exploitations à reprendre dans la besace. C’est pourquoi les ADASEA et JA de Normandie ont décidé de monter au charbon pour le promouvoir, particulièrement au niveau des cédants.

Jean-Yves Heurtin, président de JA Normandie.
Jean-Yves Heurtin, président de JA Normandie. - © TG

Pourquoi aujourd’hui cette volonté affichée de communiquer sur le RDI ?
Jean-Luc Paris. En interne, nous avions l’impression que le RDI était entré dans les mœurs et que ça roulait pour lui. Mais à l’occasion de réflexions départementales ou régionales, nous avons pris conscience qu’il n’était pas aussi connu que cela. C’est la raison pour laquelle nous avons décidé de porter un effort de communication sur un outil qui a pour vocation de mettre en relation des cédants souhaitant faire valoir leurs droits à la retraite avec des jeunes motivés pour s’installer. Il est important de souligner que la combinaison de l'ensemble des dispostifs contribue à la dynamique transmission. La sensibilisation des cédants par des opérations de repérage précoce permet d'alimenter le travail du RDI et PIT.

Jean-Yves Heurtin. Le RDI est bien connu des candidats à l’installation qui le fréquentent largement notamment au travers des sites .net des ADASEA, au travers des forums que JA organise. L’information circule bien à ce niveau, ce n’est pas le souci. Là où le bât blesse, c’est sur le plan de l’offre d’exploitations. Il semble plus difficile de sensibiliser les cédants.

Existe-t-il une explication rationnelle à cette frilosité des cédants ?
Jean-Yves Heurtin. Il me semble pour partie que certains futurs cédants pensent que leur outil n’est pas reprenable en tant que tel. C’est un tort. Il n’y a pas que les outils hyper rentables qui intéressent le RDI. Des exploitations, plus modestes, à destination d’une forme d’agriculture plus diversifiée, avec des filières courtes peuvent atteindre leur seuil de rentabilité et ainsi faire le bonheur d’un jeune. Il ne faut pas négliger ces niches que représentent le maraîchage, l’activité touristique ou équestre ou bien encore la vente directe...

Et pourquoi faire le forcing aujourd’hui ?
Jean-Luc Paris. Le phénomène des départs en retraite est cyclique. On l’a vécu durant les années 1995/2000 consécutif au baby boom d’après guerre. 2006/2010 correspond à un autre cycle. Il ne faut donc pas se louper et informer les nombreux agriculteurs qui sont aujourd’hui dans les starting-blocks de la retraite.

Estimez-vous que l’énergie dépensée sur le dossier installation trouve sa justification dans les chiffres de réalisation?
Jean-Yves Heurtin. Nous touchons désormais les fruits de notre politique. En 2007, le nombre d’installations progresse.Selon les départements, elle oscille entre 10 et 30 % pour atteindre globalement 420 réalisations en Normandie contre 370 en 2006. Si nous donnons donc l’impression de dépenser beaucoup d’énergie sur ce dossier, force est de constater que ça se révèle payant.

Ce manque d’offres au niveau du RDI n’est-il pas aussi un problème de gros sous? Un problème d’accès au foncier ? Un problème de concurrence entre agrandissement et installation ?
Jean-Luc Paris. Bien évidemment qu’en cas de rachat du foncier, il devient presque impossible d’installer un jeune. Il est tout aussi vrai que certains outils partent à l’agrandisse-ment pour des raisons financières. Il faut cependant relativiser ce phénomène. La vente du foncier dans le cadre d’une cession est toute relative. Il y a aujourd’hui beaucoup plus de terres qui changent de main sous la forme de location que dans le cadre d’une vente.
Jean-Yves Heurtin. L’aspect financier peut parfois constituer un frein à l’installation mais des solutions existent comme l’installation en société.
D’autre part, il existe un grand nombre d’exploitations qui ne représentent pas une valeur économique énorme mais qui, par une valorisation différente et grâce à la matière grise d’un jeune, peut s’avérer être un outil d’avenir. Des projets atypiques, sans que ce soit péjoratif, peuventdégager du revenu et donc être viables.

Après le Grenelle de l’environnement et la volonté affichée de développer l’agriculture biologique, va-t-on assister à une explosion des installations en bio en Normandie ?
Jean-Luc Paris. La vocation des ADASEA est d’instruire tous les dossiers mais le nombre de dossiers AB reste cependant très modeste. Mais pour ceux qui souhaitent embrasser cette filière, il n’y a pas de souci d’accompagnement de notre part.
Jean-Yves Heurtin. Il faut rester pragmatique par rapport aux réflexions du Grenelle de l’Environnement. L’intérêt de s’installer en bio ne peut pas venir d’aides ponctuelles. Ce qui est important, c’est que les collectivités contribuent à faire évoluer les habitudes de consommation vers plus de bio. Alors le marché va se développer et nous pourrons accompagner sans crainte les jeunes qui veulent se lancer dans cette voie. L’important et l’idéal, et c’est vrai pour toutes les formes d’agriculture, c’est que la rémunération provienne de l’acte d’achat. Soyons donc suffisamment intelligents pour adapter le potentiel de production aux volumes de consommation. Dans le cas contraire, on risquerait de rompre des équilibres déjà fragiles.

La bonne tenue des cours des matières premières agricoles est-elle de nature à modifier la donne ?
Jean-Luc Paris. Au niveau du nombre de candidats, nous sommes déjà largement pourvus et n’arrivons pas à répondre à toutes les demandes. Quatre jeunes inscrits pour une exploitation en moyenne et la bonne conjoncture pourrait en effet favoriser encore les vocations.
Ce qui est plus inquiétant, c’est que cette bonne conjoncture pourrait aussi parallèlement donner des idées inflationnistes à certains en surenchérissant certains outils. Sur ce point, j’appelle à la plus grande vigilance. Il ne faut jamais s’installer sur des bases trop prometteuses. Il faut avoir une vision réaliste et se baser sur une moyenne d’une dizaine d’années au minimum pour approcher la réalité économique d’une entreprise.

Vous sentez-vous soutenu par les collectivités territoriales ?
Jean-Luc Paris. Oui. Les collectivités territoriales, et notamment le Conseil régional qui le finance , connaissent le RDI et reconnaissent son utilité.
Jean-Yves Heurtin. Le Conseil régional a en effet bien compris la nature et l’importance du RDI. Il a cependant moins bien appréhendé toutes les opérations de sensibilisation que nous menons en amont comme les forums transmission ou cédant. Il y a également la prospective territoriale pour détecter des exploitations transmissibles. Nous avons besoin d’un coup de pouce à ce niveau.
Propos recueillis par Th. Guillemot

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