L'Agriculteur Normand 23 mars 2012 à 14h44 | Par Jean LAURENT Chambre d’agriculture de la Manche

Agri bio - Comment les éleveurs laitiers s’adaptent-ils au mode de production biologique

Romaine et Stephane Collin, couple d’éleveurs laitiers dans le sud de la Manche, se sont installés en 2000 et leur parcours les a menés progressivement à adapter l’exploitation au mode de production biologique.

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Le système d’alimentation des vaches laitières s’avère efficace, même si la croissance faible de l’herbe au printemps 2011 a généré une utilisation des stocks et concentrés plus soutenue que les objectifs.
Le système d’alimentation des vaches laitières s’avère efficace, même si la croissance faible de l’herbe au printemps 2011 a généré une utilisation des stocks et concentrés plus soutenue que les objectifs. - © CA 50

Le démarrage de la conversion date de mai 2009. La certification de l’exploitation est donc récente (mai 2011).


Des atouts pour envisager le changement

Un système économe conduit techniquement

Stéphane a été conseiller d’élevage en Bretagne et a une approche très technique du métier. Le choix d’une conduite économe en intrants a été fait, conforté par leurs résultats économiques situés en tête d’un groupe CETA qu’ils fréquentaient.Se convertir en production biologique leur paraît alors dans un prolongement logique, d’autant que la filière laitière biologique est en forte demande en 2009, et que le diagnostic de départ montrait des atouts.Les motivations de Stéphane et Romaine ont rendu facile la collecte des nouveaux repères pour conduire le projet : visites de fermes, journées de formation. Des liens ont été créés avec les agriculteurs biologiques pour tester les techniques “nouvelles” (emprunt de matériel de désherbage mécanique, application de phytothérapie sur le troupeau).Le couple a souhaité mesurer la distance à parcourir dans ce changement en réalisant une étude de faisabilité. Simulation d’assolement, alimentation du troupeau et prévisionnel économique étaient le contenu de l’étude pour y voir plus clair avant la décision.


Atouts liés à la situation initiale de l’exploitation (Tableau 1).

Changements relationnels

Il n’y a pas eu d’appréhension par rapport au changement d’environnement socioprofessionnel.Les éleveurs on testé (favorablement) le regard de collègues à l’occasion d’une porte ouverte où l’exploitation a servi de support sur le thème “la bio pourquoi pas vous ?” avec des simulations du passage en bio.Le maintien de chantiers d’ensilage, et l’utilisation du matériel de la CUMA, permet qu’il n’y ait pas de déconnexion avec les collègues. Stéphane et Romaine ont cependant rarement l’occasion d’y parler de leurs expériences et de leurs challenges techniques.Les éleveurs ressentent toutefois une impression d’éloignement vis-à-vis de l’entreprise transformant leur lait en bio, la collecte étant réalisée par une laiterie conventionnelle.

Précision : dans les différents tableaux, la colonne “étude” indique les prévisions réalisées à l’occasion d’une étude prévisionnelle réalisée avant la conversion.
Précision : dans les différents tableaux, la colonne “étude” indique les prévisions réalisées à l’occasion d’une étude prévisionnelle réalisée avant la conversion. - © CA 50

Changements réalisés au niveau agronomique

Aléas climatique et agrandissement

Le projet a été compatible avec un agrandissement non prévu en 2010 de 9 ha. Celui-ci s’accompagne d’une augmentation de 40 % du quota laitier, permettant de sécuriser l’installation de Romaine. Cela modifie le projet en terme de surface et surtout amène comme challenge d’atteindre une bonne productivité par vache en conduite économe. On rejoint les aspirations des deux éleveurs.Le coup de sec de 2012 a été géré sans trop de casse : la diversification de l’assolement (incluant un mélange céréalier) a permis d’affecter toute la surface en fourrage pour compenser le manque d’herbe de mai et juin Les conditions favorables de fin d’été 2011 ont permis un pâturage seul jusqu’au 15 septembre et finalement généré des reports de stocks importants (tableau 2).


- La rotation

La mise en place de la rotation est stratégique quand on passe en bio. 42 ha autour du siège, tournaient déjà avec les prairies temporaires. Mais 22 ha sur des parcelles plus dispersés rentrent progressivement en rotation depuis 2 ans. La rotation va être de type “5 + 2” soit 5 années de prairies temporaires suivies de 2 cultures : maïs puis céréale (ou mélange céréales-protéagineux), ou 2 maïs successifs. Les parcelles avec 2 années de maïs nécessiteront un semis intercalaire ou sous couvert pour couvrir le sol en hiver avant de réimplanter un nouveau maïs ou la prairie au printemps.

Les expériences sur les cultures

Le volet désherbage mécanique avait été abordé avec insuffisamment d’anticipation et avec l’utilisation d’une herse étrille en mauvais état, ce qui a débouché sur une culture insuffisamment propre.Des semis sous couvert de méteil ont été semés au printemps 2011 : trèfle hybride + ray grass et fétuque élevée. Seul le trèfle s’est développé avec les conditions sèches de 2011, un sursemis au printemps 2012 est prévu.Les prairies temporaires éloignées sont principalement vouées à la fauche. Des implantations ont été faites en mélanges trèfle violet/fétuques élevées ainsi qu’en multi-espèces depuis 2010.La fertilisation consiste actuellement à utiliser le lisier des vaches en épandage sur les prairies et le fumier des élèves sur le maïs. Le raisonnement va être affiné en concentrant davantage les épandages sur les prairies de fauche et en retenant l’objectif d’un entretien calcique régulier sur l’ensemble des prairies.La luzerne n’a pas été suffisamment bien valorisée selon l’éleveur : il a tenté une récolte en enrubannage sous forme de brins longs, mais le fourrage s’avère trop encombrant pour les vaches.


Sur le troupeau : peu de concentrés mais une bonne production laitière

Le système d’alimentation des vaches laitières s’avère efficace, même si la croissance faible de l’herbe au printemps 2011 a généré une utilisation des stocks et concentrés plus soutenue que les objectifs.L’herbe qui tient un place importante dans l’alimentation est bien valorisée : gestion rigoureuse du pâturage et stades de récolte, ce qui permet une autonomie élevée en protéines et explique l’efficacité de la ration.Les performances animales sont très bonnes : 6 500 kg de lait brut. 25 tonnes de concentrés (et minéraux) seulement utilisés sur l’exercice 2010-2011, soit 300 kg par vache laitière (tableau 3).


Santé et conduite du troupeau

Il y a eu en 2011 quelques problèmes de fertilité et un certain étalement des vêlages. Ceci est probablement lié à l’alimentation des vaches taries, pas assez suivie (en lien avec les travaux engagés dans les bâtiments).Quelques cas de mammites légères ont été guéris par l’injection de pommades homéopathiques.Le troupeau de vaches laitières a été vermifugé à la suite d’une détection par le lait d’une contamination parasitaire. Les frais vétérinaires sont très bas (voir critères économiques).

Précision : dans les différents tableaux, la colonne “étude” indique les prévisions réalisées à l’occasion d’une étude prévisionnelle réalisée avant la conversion.
Précision : dans les différents tableaux, la colonne “étude” indique les prévisions réalisées à l’occasion d’une étude prévisionnelle réalisée avant la conversion. - © CA 50

Installations et équipements

En 2010, les logettes et la salle de traite ont été entièrement modernisés, ce qui abouti à 110 places modulables et un équipement de traite en 2 x 14.Sur le plan matériel, seuls quelques investissements ont été réalisés avec des aides de la Région: une faucheuse et un gyrofanneur. Le matériel de désherbage mécanique existe au niveau de la CUMA.

Résultats économiques 2011

Les résultats sont encore transitoires : une seule livraison de lait (sur 12) payée au tarif bio en 2011.Les critères sont prometteurs, notamment les postes de charges modérés et une production de lait par vache très bonne au regard du coût alimentaire. L’excédent brut atteint 115 % des prévisions, mais l’augmentation de la production laitière et le prix élevé des 11 mois “conventionnels” l’expliquent. Les charge opérationnelles sont maîtrisées globalement : (20 % du produit brut) et basses sur les postes laitiers (le coût alimentaire est de 54 €/1 000 l) (tableau 4).


A la recherche d’amélioration

L’essentiel des progrès à réaliser relève de conduites techniques : (encadré). Romaine et Stéphane sont toujours à la quête d’organisation de systèmes pour diminuer la vulnérabilité aux coûts en gardant de l’efficacité. Ils participent à un groupe d’échange d’éleveurs laitiers bio du département animé par la Chambre d’agriculture. Ils se rendront prochainement dans le Finistère pour voir les innovations réalisées par un groupe d’éleveurs à la suite d’un voyage au Royaume-uni et en Nouvelle Zélande.

Objectifs techniques de l’EARL début 2012

- Mieux gérer le désherbage mécanique sur maïs qui avait été un peu improvisé et réalisé avec une herse étrille défectueuse.

- Perfectionner le choix des cultures annuelles en conditions séchantes.

- Revoir la technique de récolte de la luzerne, mal valorisée en brins longs par les vaches laitières.

- Améliorer le suivi de la fertilité du troupeau pour éviter les décalages de vêlage.

- Réaliser un tableau de bord pour bien piloter les rotations sur toutes les parcelles.


Agriculture biologique : portes ouvertes sur la ferme vitrine régionale bio

Vous êtes éleveurs laitiers, conseillers agricoles, enseignants ou étudiants, rendez-vous à la porte ouverte au GAEC Guilbert à Tracy Bocage (14) près de Villers-Bocage le vendredi 30 mars 2012 (14 h).Vous pourrez y découvrir ou approfondir les techniques et le fonctionnement des systèmes bio :

- quels changements liés à la conversion et quelles évolutions du système après la conversion (avec témoignages d'éleveurs) ?

- l'exemple de la situation économique d'une ferme laitière bio après 2 ans de conversion ;

- quelle alimentation hivernale pour un troupeau laitier bio ?

- quelle mécanisation pour le désherbage des céréales : démonstration de matériel (herse étrille, houe rotative, bineuse à céréales).

Cette manifestation est organisée dans le cadre du programme Reine Mathilde, visant à développer la filière lait biologique en Basse-Normandie. Entrée libre.

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