L'Agriculteur Normand 30 avril 2013 à 10h09 | Par J. Rebillard/T.Guillemot

Agriculture - agroalimentaire - “A nous de prendre notre destin en mains”

La Caisse régionale de Crédit Agricole Normand organisait une conférence sur l’agriculture et l’agro-alimentaire, la semaine dernière à Caen. La réaction de Pascal Férey, président de la FRSEA de Basse-Normandie.

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- © TG

Vous avez assisté à la conférence sur l’agriculture et l’agro-alimentaire en Basse-Normandie organisée par la caisse régionale du Crédit Agricole de Normandie la semaine dernière. Quel message en avez-vous retenu ?
J’en ai retenu beaucoup de choses parce que la réunion était dense. Le premier message qui doit être médité, c’est que la Basse-Normandie dispose de formidables atouts tant au plan agricole qu’agro-alimentaire. La réputation gastronomique de notre région n’est pas le moindre de ces atouts. Et nous devons nous faire un devoir, chacun à notre niveau, de promouvoir notre région.

Et le deuxième message ?
C’est que nous devons prendre notre destin en mains et ne pas tout attendre des pouvoirs publics. Certes ils ont leur rôle à jouer, notamment en mettant nos entreprises dans les meilleures conditions de réussite. Je pense notamment aux charges franco-françaises que le gouvernement a l’art de nous imposer au-delà des règles européennes. Je pense aussi aux règles de concurrence qui affaiblissent le producteur au profit de l’aval de la filière. Mais nous devons aussi prendre conscience que la politique agricole européenne a changé et qu’elle ne reviendra pas en arrière. Nous devons l’intégrer pour comprendre que c’est à nous de nous organiser pour être en mesure d’exercer notre métier dans l’avenir.

Cela se traduit comment concrètement ?
Concrètement, nos outils de transformation industrielle doivent se restructurer, innover, gagner toujours en performance pour être présents sur les marchés.

Gagner des parts de marché pour des parts de marché ?
Mais ce n’est pas pour le plaisir que nous devons faire cela, ni pour présenter quelques ratios gratifiants en assemblée générale. Nous les producteurs, nous devons être conscients que ces parts de marchés seront prises par d’autres si elles ne le sont pas par nos outils. Ces parts de marchés, c’est notre possibilité de produire dans l’avenir. Ce n’est donc ni abstrait, ni farfelu, c’est la clé de notre avenir.

Mais où se trouvent ces parts de marché aujourd’hui ?
Elles se trouvent dans la croissance de la demande mondiale, notamment en Asie.

C’est bien loin, il n’y a pas des créneaux plus proches à occuper ?
Aucun ne doit être négligé. Bien sûr nous devons savoir vendre chez nous et dans notre environnement proche, en Europe... Mais devons-nous abandonner délibérément les marchés sous prétexte qu’ils sont plus éloignés ?

C’est un plaidoyer pour la mondialisation ?
La mondialisation est une réalité qui s’impose à nous, qu’on la soutienne ou qu’on la combatte. Ce sont les comportements des consommateurs qui l’imposent. Or nous avons des conditions naturelles de production que l’on trouve dans peu d’autres régions du monde. La croissance de la demande mondiale en produits agro-alimentaires de qualité est une vraie chance que nous devons saisir.
La PAC n’a donc plus aucun rôle à jouer ?
La PAC a un rôle d’accompagnement. C’est ainsi que les ministres l’ont voulue. La PAC n’oriente plus grand-chose et ne gère plus les marchés. Elle créé juste un amortisseur de crise qui se révèle, par ailleurs, notoirement insuffisant.

Vous ne croyez pas dans le rééquilibrage en faveur de l’élevage ?
Je voudrais y croire mais je ne pense pas que les outils préconisés par le ministre de l’agriculture, la sur-dotation des 50 premiers hectares, puisse y parvenir. La démonstration de Gaëlle Régnard était d’ailleurs éloquente à ce titre.
Une telle mesure ne corrige les écarts qu’à la marge. C’est donc bien ailleurs qu’il faut trouver de la valeur ajoutée pour l’élevage. Et c’est donc dans l’organisation et la performance de nos filières animales qu’il faut investir pour redonner des perspectives à l’élevage.

Ils ont dit...

Daniel Epron
Président du Crédit Agricole Normandie. “L’agriculture et l’agroalimentaire constituent le minerai de notre territoire. Hier, nous avions la métallurgie. Nous l’avons laissé partir parce que les décideurs étaient ailleurs. Aujourd’hui, il y a trop de démissions en lait. Il faut lutter contre. C’est l’aspect ambiance générale qui jouera”.

Philippe Chapuis
Directeur de l’agroalimentaire à Crédit Agricole SA. “La demande en poudre de lait en volume et en prix est à la hausse. C’est une industrie qui a de la valeur, c’est un marché de demain. Il existe aujourd’hui en Europe 25 projets de tours de séchage. Le risque de surcapacité est faible mais le risque de volatilité des prix est réel. C’est une donnée structurelle d’instabilité. L’instabilité va s’installer durablement”.

Daniel Génissel
Président de la CRAN (Chambre Régionale d’Agriculture de Normandie). “Depuis 30 ans que je suis installé, je n’ai jamais été sûr de rien. Cependant, aujourd’hui et concernant l’agriculture et l’agroalimentaire, il est rare de constater par rapport aux autres secteurs que nous disposons d’un carnet de commandes pour les 10, 20 ou 30 prochaines années qui va aller en augmentant. Il y a par ailleurs dans cette demande de consommation en hausse un aspect qualitatif auquel la Normandie peut répondre. Il faut donc construire des aides que personne ne demande mais dont nous avons tous besoin pour assurer notre développement”.

Gaëlle Regnard
Directeur de l’Agriculture à Crédit Agricole SA. “L’environnement agricole est en rupture mais ce secteur d’activité est porteur de croissance. La demande alimentaire mondiale est en hausse créant des opportunités de développement. . Mais la concurrence va être rude avec les nouveaux géants et la réforme de la PAC, à partir du 1er janvier 2015, va nous confronter un peu plus avec la réalité du marché mondial et sa volatilité. Par ailleurs, au niveau européen, c’est en France que la production laitière par UTA non salariée est la plus faible. Pendant ce temps, l’Allemagne se prépare à produire plus”.

Ludovic Spiers
Directeur général d’AGRIAL. “Nous disposons sur notre territoire d’un amont qui a du potentiel, c’est une grande force. Mais, du côté de la transformation, nous souffrons d’une baisse de notre taux de marge. Il est passé de 50 % dans les années 90 à 22 % aujourd’hui. Nous rognons donc sur la R&D (Recherche et Développement). Or, ne pas dégager aujourd’hui les budgets pour concevoir les produits qui seront consommés demain constitue une première vraie menace.
L’autre menace, c’est par rapport à la grande distribution. Nous devons faire passer les augmentations, notamment dans le lait et la viande. Mais il faut parallèlement que le consommateur accepte de payer plus. S’il continue à acheter promo ou 1er prix, ça ne marchera pas.
Enfin, nous devons développer l’exportation. La France a atteint un plafond de consommation. Il faut donc se tourner vers les pays émergents, des pays éloignés. Pour s’y frotter, il faut se grouper”.

Nicole Gourmelon
Directeur général du Crédit Agricole Normandie. “Dans le cadre de notre projet de groupe, nous visons l’excellence dans 4 domaines : le logement, la santé - vieillissement, l’environnement et l’agriculture - agroalimentaire. Pour cela, nous disposons de 1 250 administrateurs, 2 000 collaborateurs dont 80 chargés de clientèle agricole et 21 chargés d’affaires entreprises. Nous sommes le partenaire financier de 8 agriculteurs sur 10. En 2012, nous avons réalisé 418 Me de crédits à l’agriculture, ce qui nous place au 2ème rang national. Nous avons 2,3 Mrde d’encours en agriculture mais nous ne sommes pas qu’une banque de crédit. Nous voulons nous inscrire dans une relation de réciprocité”.

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