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Agronomie : un argument de “pois”

A Fierville-Bray (14), Geoffroy de Lesquen consacre plus de 10 % de son assolement aux pois protéagineux. La culture fut à la mode, mais a perdu de sa rentabilité. L'agriculteur y trouve cependant un intérêt agronomique.

© VM

Grâce à son intérêt agronomique, le pois conserve sa place dans certaines exploitations. Principaux arguments en sa faveur : une bonne restitution de l'azote et la réduction des désherbants sur les cultures suivantes.
Installé depuis 8 ans dans la plaine sud de Caen, Geoffroy de Lesquen a toujours cultivé des pois protéagineux. La culture représente 12 % de son assolement. Elle est même implantée depuis une douzaine d'années sur l'exploitation familiale. “C'était très à la mode. Je ne l’ai pas abandonnée, car je raisonne à l'échelle de plusieurs exercices comptables. Aujourd'hui, si je calculais uniquement économiquement à l'année, je n'en ferais pas. S’y ajoute une baisse récurrente du rendement, on gagne peu”, estime l'agriculteur.

Le pois couvre les charges
Sur cette exploitation, 50 qx/ha de moyenne sont récoltés. Actuellement, le pois se négocie 220 € par tonne et reste généralement destiné à l'alimentation animale. La prime PAC de 100 € par hectare permet ainsi de couvrir les frais engagés, selon Geoffroy de Lesquen.
L'agriculteur se rattrape cependant à plus long terme. Il a adopté une technique culturale sans labour. Se pose  donc la question du désherbage et notamment du ray-grass. Le contrôle des mauvaises herbes est facilité à l’échelle de la rotation. La période de semis est, en effet, décalée par rapport aux principales cultures d’automne. Le pois a aussi des substances actives différentes. “On coupe le cycle. Les sulfos, sur les céréales, sont de moins en moins efficaces. Avec les pois, on déchaume davantage. La levée d'automne du ray-grass est détruite”. Toujours dans cette logique, l'agriculteur s'essaie au pois d'hiver.  Ce dernier est semé lors de la première quinzaine de novembre. “Je peux alors utiliser du propyzamide, très efficace pour détruire le ray-grass, mais inefficace au-dessus de 10 °C”. À voir si l’essai sera transformé. Car le pois d’hiver n’est pas conseillé à proximité de la bordure maritime allant de la Bretagne jusqu’au Nord-Pas-de-Calais. “Le climat plutôt doux et humide favoriserait le développement de maladies aériennes, et le rendement du pois de printemps est en général supérieur”, selon l'Unip (Interprofession des protéagineux).

De l'azote et SIE
Autre aspect favorable au pois : la réduction des intrants sur les cultures suivantes. “20 unités d'azote sont restituées”, indique Geoffroy de Lesquen. Une étude de la Chambre d'agriculture d'Eure-et-Loir confirme d'ailleurs ces propos : “Les reliquats à la sortie de l’hiver sont de 20 à 40 unités plus faibles derrière un blé par rapport à un précédent pois, ce qui conduit à conseiller de 40 à 60 N d’azote de moins sur un blé de pois par rapport à un blé sur blé, tout en obtenant un meilleur rendement”.
Le dernier argument en faveur du protéagineux est réglementaire. Les Surfaces d'Intérêt Ecologique (SIE) doivent représenter 5 % des terres arables d'une exploitation. Un hectare de SIE correspond à 0,7 ha de SIE. “Grâce au pois, je suis donc totalement tranquille au regard de cette réglementation”, indique l'exploitant agricole. Ces avantages lui font oublier quelques inconvénients à la récolte. “On ne doit pas rater son désherbage, car les pois sont près du sol. Avec la verdure, le séchage peut s'avérer difficile. La culture est aussi sensible à la verse et a besoin d'eau à la floraison”.
Au moment du bilan, Geoffroy de Lesquen évoque un choix presque “philosophique” : “Mais je suis prêt au sacrifice économique pour un bénéfice agronomique. Un soutien supplémentaire faciliterait le développement du pois. Et même si elle ne semble pas facile, l'organisation d'une filière commune avec les éleveurs pourrait être une piste à étudier”.

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