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AIM : pas le fruit du hasard

Placé en redressement judiciaire, AIM inquiète la filière porcine régionale. Le point de vue d’Yvan Fourré, président de la section porc de la FRSEA de Basse-Normandie

© DR

Pourquoi avoir attendu si longtemps pour vous exprimer ?
Parce que beaucoup de gens sont intervenus et je ne souhaitais pas rajouter à la cacophonie. De plus, je voulais attendre le résultat de l’audience au tribunal de commerce avant de prendre la parole sur le sujet.

Et qu’avez-vous à en dire ?
D’abord, je partage l’inquiétude des salariés et de leurs familles. Un outil industriel de cette ampleur fait vivre des milliers de gens. Le sujet est donc très sérieux. Je pense aussi aux éleveurs adhérents de CAP 50. En effet, je rappelle que le statut coopératif engage les coopérateurs à travers le capital social. Les risques sont donc aussi pour les éleveurs. Enfin, perdre un outil d’abattage de cette dimension, c’est rayer la production porcine de Normandie et appauvrir notre territoire. Cela doit interpeller tous ceux qui, à quelque niveau que ce soit, travaillent au bien-être de nos concitoyens.

On avance des raisons de gestion et d’organisation ?
Je me garderai bien d’aller sur ce terrain. Je n’ai ni les informations ni la légitimité pour donner des bons ou des mauvais points à qui que ce soit sur ce dossier précis. Je ne peux que déplorer la situation qui n’est bonne pour personne. Je m’étonne tout de même de l’inquiétude pour l’outil industriel de certaines personnes qui, par ailleurs, combattent la production porcine.

Que voulez-vous dire ?
Je veux dire qu’il ne faut pas être surpris outre mesure. Car à force de diaboliser la production, de lui imposer des carcans administratifs, d’attaquer les projets d’élevage, il est logique que la production diminue. Et sans production, il n’y a pas d’abattoir et pas d’emplois.

On n’en est pas à quelques milliers de porcs en plus ou en moins ?
Eh bien si. Ces quelques milliers de porcs, ce sont ceux qui font que l’outil fonctionne à plein ou non. Et s’il ne tourne pas à sa pleine capacité, il perd de la rentabilité. Résultat, il doit augmenter ses prix et ce sont d’autres intervenants qui prennent sa place sur le marché. A partir de là, nous sommes dans un cercle infernal qui aboutit à ce que l’on voit.

Oui mais on ne peut pas non plus être contre la protection de l’environnement ?
Il n’est pas question d’être contre. Qui souhaite un environnement dégradé ? Personne. Mais ce que l’on fait subir aux éleveurs de porcs depuis de trop nombreuses années, ce n’est pas la protection de l’environnement. L’environnement n’est qu’un prétexte à l’imposition de normes et de contraintes qui renchérissent le coût des projets, les font traîner dans le temps et découragent les éleveurs motivés par la production. La production française perd 2% par an. On n’en a pas fini.

2%, c’est peu pour remettre en cause toute une filière ?
2%, c’est énorme car les équilibres sont fragiles. Un abattoir ne disparaît pas parce qu’il n’y a plus de porcs à abattre. Il disparaît parce qu’il lui en manque quelques centaines ou quelques milliers chaque semaine. Ce sont ces volumes qui font la rentabilité ou le déficit.

Que faut-il faire ?
Il est grand temps que tout le monde comprenne les enjeux. Pour qu’il y ait des industries agroalimentaires, il faut de la production locale. Pour cela, il est urgent de faciliter la vie des éleveurs qui souhaitent développer leur production, investir dans de nouveaux bâtiments. Notre parc vieillit et bientôt, c’est techniquement que nous ne serons plus en mesure d’assurer la production. Et il faut retrouver des prix qui couvrent les charges. Cela passe par la réouverture des frontières russes à la viande européenne pour dégager le marché et par une prise de conscience des grandes surfaces et des responsables de restauration hors foyer : l’approvisionnement en viande de porc française doit être privilégié. La course aux prix les plus bas ne produit que notre chômage. Cela fait des années que nous le disons. Il est grand temps que chacun en prenne conscience.

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