L'Agriculteur Normand 07 novembre 2016 à 08h00 | Par T.Guillemot

Alain Juppé : « considérer les exploitationsagricoles comme des entreprises à part entière »

llll En tête des sondages dans les intentions de vote pour la primaire de la droite et du centre, le maire de Bordeaux, ancien premier ministre, détaille son ambition pour l’agriculture française qui a fait l’objet du premier cahier de son programme. Développer la contractualisation, mettre en place une PAC qui protège réellement les agriculteurs, ou encore donner de la souplesse aux entreprises agricoles font partie de ses propositions.

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- © Actuagri

>> Quelle place accorder à l’agriculture dans une société de plus en plus urbaine et mondialisée ?
L’agriculture n’est pas une activité comme les autres. En plus d’être un atout stratégique ou un secteur économique majeur, elle assure une mission essentielle : celle de l’alimentation. Par ailleurs, elle façonne depuis toujours nos paysages et participe à l’équilibre de nos territoires ruraux qui sont aujourd’hui en plein désarroi. Dans ce contexte, il ne fait aucun doute que la place de l’agriculture est très importante. Mais je ne souhaite pas uniquement me contenter de mots ! Je veux traduire cette conviction dans les actes. C’est pour cela que le premier des cahiers programmatiques que j’ai publié en avril dernier traitait de l’agriculture (ndlr : « Agir pour l’agriculture », avril 2016). J’y ai affirmé mes convictions, mon ambition, mes objectifs.

>> Comment peut-on revoir les relations au sein de la chaîne alimentaire pour donner davantage de place aux producteurs ?
Les rapports de force au sein de la chaîne alimentaire sont aujourd’hui destructeurs de valeur, et la guerre des prix entre les grandes enseignes fragilise l’ensemble de l’édifice. Il faut donc renforcer significativement le poids des agriculteurs en les encourageant à s’organiser en OP et en associations d’OP. Il faut aussi établir un nouvel équilibre entre producteurs, transformateurs et grande distribution, en faisant évoluer le droit de la concurrence pour corriger les dérives de la LME. Au-delà, la contractualisation doit être encouragée, pour donner à terme à la négociation interprofessionnelle la même force que les accords de branche dans les entreprises.

>> Quelle serait votre stratégie de reconquête de parts de marché pour l’agriculture française ?
La reconquête des parts de marché est d’abord un sujet de compétitivité. Il s’agit de rattraper notre retard en la matière en réduisant les charges fiscales, sociales et réglementaires qui pèsent sur l’agriculture, et en soutenant l’investissement et l’innovation dans les exploitations grâce notamment aux crédits du FEADER. La reconquête des parts de marché passera aussi par la diversification de l’offre : nous devons continuer à développer par exemple l’agriculture biologique ou les circuits courts, qui sont complémentaires de l’agriculture de production. Il nous faut enfin mieux valoriser les productions françaises, en insistant sur l’origine des produits, et en encourageant les efforts liés à la prospection de nouveaux marchés, à la logistique, et au développement de marques
solides revendiquant l’origine « France ». Je serai particulièrement vigilant quant au contenu des accords de libre-échange susceptibles d’être conclus, pour que notre agriculture n’en souffre pas mais en profite au contraire pour développer ses exportations.

>> Vous souhaitez réorienter la PAC : doit-on faire en faire une priorité française ? Quels types de mécanismes défendez-vous en faveur des agriculteurs ?
La PAC reste absolument essentielle pour l’agriculture européenne. C’est une priorité ! Elle doit avant tout être défendue contre tous ceux qui souhaitent sa disparition. Mais cette défense implique que nous la fassions évoluer. Les instruments d’hier ne peuvent plus être réactivés. En premier lieu, la PAC doit protéger les entreprises agricoles contre les risques qui leur sont propres, qu’il s’agisse des risques climatiques et sanitaires ou des fluctuations excessives des marchés. A cet effet, un observatoire européen indépendant des volumes et des prix doit être mis en place. L’Europe doit ensuite se doter d’une réglementation encadrant l’intervention financière sur les marchés à terme des produits agricoles, en vue de prévenir la volatilité des cours. Enfin, il s’agit de développer des mécanismes d’assurance permettant d’assurer un revenu minimum en cas d’aléa climatique ou lié à l’évolution des prix. Il pourrait s’agir d’une assurance « revenus » ou « chiffre d’affaires » : à la prime minimum que devrait verser l’agriculteur s’ajouterait un cofinancement sur le budget de l’Union européenne par redéploiement d’une partie des aides directes. Ces mécanismes devront naturellement être complétés par des dispositifs de gestion des crises au niveau international, européen et national, mais aussi au niveau des exploitations, en rénovant la fiscalité agricole.

>> Comment libérer les entreprises agricoles qui se sentent souvent entravées dans leur activité ?
Nous devons considérer les exploitations agricoles comme des entreprises à part entière. Il s’agira d’élaborer un cadre donnant plus de liberté aux agriculteurs dans l’organisation de leur exploitation, en faisant évoluer les règles particulières à leur statut social. Il faut ouvrir les conditions d’accès aux capitaux, à une transmission et une organisation sociale et juridique plus adaptées aux réalités économiques. Les entreprises agricoles doivent pouvoir mieux mobiliser les capitaux nécessaires à l’investissement, mieux protéger les patrimoines personnels, mieux assurer la mise en commun des moyens, faciliter les transmissions et successions. Les agriculteurs doivent pouvoir regrouper plus facilement leurs entreprises sans être accusés de gigantisme ou d’industrialisation. La politique des structures et le statut du fermage devront également évoluer. Nous devrons enfin garantir le maintien d’un maximum de terres consacrées à l’agriculture.

>> En quoi votre expérience serait-t-elle un atout pour reconnecter les citoyens avec leurs élus?
C’est en obtenant des résultats qu’on redonnera confiance dans
les responsables politiques. C’est comme cela que j’ai réussi à Bordeaux ! Il faut énoncer clairement les objectifs que nous voulons atteindre et la manière de faire
avant l’élection, obtenir un mandat clair de la part des Français, puis agir avec cohérence, constance, et
autorité.

>> Avez-vous des propositions spécifiques pour les territoires ruraux, souvent relégués au second plan ?
Nous devons repenser notre politique d’aménagement du territoire pour soutenir les territoires ruraux. Et sortir des slogans simplistes pour analyser les spécificités et les handicaps propres à chaque territoire. En s’appuyant sur les acteurs locaux, je souhaite structurer ma politique autour de quatre axes principaux : une couverture effective de tout le territoire en numérique haut débit et téléphonie mobile ; une politique volontariste de réhabilitation de l'habitat dégradé et de dynamisation des commerces ; un droit à l’expérimentation sur le plan réglementaire ou fiscal, en créant des zones franches rurales qui seront issues de projets de territoire et non créées depuis Paris ; des services publics maintenus – il faut arrêter de faire de minuscules économies en la matière, qui déstabilisent les territoires – et renouvelés, notamment dans le secteur de la santé.

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