L'Agriculteur Normand 16 février 2015 à 08h00 | Par Jean-Marc CARBONIERE GDS Manche

Attention aux chiens lors de la présence de néosporose dans un cheptel bovin

Si la néosporose est une des causes bien connue d’avortements chez les bovins, nous assistons ces derniers mois à une recrudescence de séries d’avortements dans certains troupeaux, à cause d’une recirculation du parasite par l’intermédiaire de chiens.

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L’accès aux bâtiments, à la paille et aux aliments des bovins sera limité aux chiens présents sur l’exploitation.
L’accès aux bâtiments, à la paille et aux aliments des bovins sera limité aux chiens présents sur l’exploitation. - © GDS 50

Il existe deux modes de contamination des bovins, aux conséquences différentes.La néosporose est une maladie due à un parasite microscopique (Neospora caninum), qui peut provoquer des avortements (ou des interruptions de gestation précoces) chez les bovins atteints, avec un pic entre 3 et 6 mois de gestation. Pour une femelle reproductrice porteuse du parasite, on estime le risque d’avorter 2 à 3 fois supérieur à celui d’une femelle saine. La néosporose est une des causes principales d’avortements chez les bovins, notamment en Normandie.Les femelles porteuses chroniques du parasite peuvent donc avorter, ou donner naissance à un veau, qui aura été dans la très grande majorité des cas lui-même contaminé dans le ventre de sa mère. S’il s’agit d’un veau destiné à la production de viande, aucune répercussion, notamment sur la croissance, ne sera perceptible ; par contre si ce veau né contaminé est une génisse, qui sera mise à la reproduction, elle risquera à son tour d’avorter ou de donner naissance à un veau contaminé. Cette transmission de la mère à sa fille au fil des générations peut être à l’origine de lignées familiales totalement contaminées. Dans les troupeaux hébergeant des femelles porteuses chroniques, on peut donc observer au fil du temps une augmentation des interruptions de gestation avec l’augmentation progressive du nombre de femelles atteintes.Un autre mode de contamination des bovins est possible, aux conséquences immédiates plus graves, faisant intervenir un chien. Ce parasite présent dans les délivrances des femelles contaminées ou dans les cadavres contaminés (notamment les avortons et les veaux), peut être consommé par un chien, qui aura accès à l’un ou l’autre. Une fois ingéré par un chien, le parasite de la néosporose va se multiplier dans son intestin et être rejeté avec ses crottes. Pour boucler le cycle de ce parasite, il suffira que le chien souille par ses crottes un des aliments ou l’eau distribués aux bovins (voire la table d’alimentation). Par ce mode de contamination, des bovins jusqu’alors sains peuvent brutalement se contaminer. Et si par malchance l’aliment souillé par un chien est distribué à des vaches ou génisses pleines, on peut assister à une série de plusieurs dizaines d’avortements (ou de retours en chaleurs décalés après un début de gestation) en quelques semaines ! L’utilisation de plus en plus fréquente de mélangeuse pour l’alimentation des bovins augmente le risque d’explosion de la maladie lors de recyclage par un chien.Aucun traitement ou vaccin réellement efficace sur la néosporose n’étant actuellement disponible, la prévention sanitaire reste le moyen de lutte le plus approprié.

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Des moyens simples de prévention de la maladie

La porte d’entrée de la néosporose dans un élevage étant souvent l’achat, une sage précaution est de tester par une simple prise de sang tous les bovins reproducteurs (ou futurs reproducteurs) achetés, et de n’introduire que des bovins négatifs.Pour éviter le recyclage du parasite par un chien, les délivrances seront enfouies dans une fosse avec de la chaux et les cadavres d’avortons ou de veaux protégés des prédateurs jusqu’au passage de l’équarrisseur par une cloche ou un bac ou bidon retourné. En raison de la résistance de ce parasite, l’élimination des délivrances dans les fosses à lisier ou sur les tas de fumier est déconseillée.De même pour éviter la diffusion du parasite, tous les chiens présents (de compagnie, de troupeau ou de chasse) sur l’exploitation ne devront pas être laissés en totale liberté sans aucune surveillance de l’éleveur. L’accès des chiens aux bâtiments, à la paille et aux aliments des bovins sera limité. Les crottes de chiens enfermés en chenil ne seront pas éliminées avec le lisier des bovins.Enfin les tontes de pelouses, éventuellement souillées par des crottes de chien, ne seront pas distribuées aux bovins ou facilement accessibles par ces derniers.Ces quelques mesures sont des moyens efficaces pour prévenir l’entrée ou la diffusion de la néosporose dans un troupeau de bovins et peuvent permettre d’éviter une explosion des avortements quelque temps plus tard.

Le renard peut-il jouer le même rôle que le chien ?

Tout comme les chiens, les renards sont attirés par les délivrances et les cadavres disponibles, et peuvent donc être en contact avec le parasite de la néosporose présent dans ces derniers. Par contre les nombreuses expérimentations menées dans divers pays, consistant à faire “manger” ce parasite par des renards élevés en captivité n’ont jamais permis de retrouver ce parasite dans leurs crottes. De même la recherche directe de ce parasite dans les crottes de renards sauvages s’est également révélée négative. Comparativement au chien, le renard ne semble donc pas jouer de rôle majeur dans la diffusion de la néosporose dans les troupeaux de bovins.

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