L'Agriculteur Normand 29 mars 2016 à 08h00 | Par M.Malo

Auschwitz : Ginette se souvient pour les lycéens normands

Ginette Kolinka, rescapée du camp d’Auschwitz Birkenau, a accompagné 140 élèves normands. Organisé par la Région Normandie et le Mémorial de la Shoah, ce voyage a permis aux élèves de découvrir l’atmosphère du lieu, où plus d’un demi- million de personnes ont été assassinées.

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Mercredi 23 mars au petit matin, 7 lycées sont regroupés à Deauville, direction Cracovie, à environ une heure d’Auschwitz. Début de matinée, Ginnette Kolinka, 91 ans, prend le micro dans le bus et témoigne.

Voyages, famille et survie

“Je n’ai jamais eu honte d’être juive mais je ne le criais pas sur les toits”, explique Ginette. Son père est parisien et sa mère Roumaine. En 1942, la famille Kolinka décide de descendre en zone libre. Direction Avignon. Se faisant passer pour orthodoxes, les Kolinka échappent aux mailles du filet jusqu’au 13 mars 1944, un jour ancré dans la mémoire de Ginette. “Après le marché, ma soeur m’a obligé de rentrer manger le midi. J’ai obéi. La Gestapo était chez moi, avec mon père et mon frère”. Le 1er avril, toute sa famille est à Drancy. Le 13 avril, ils sont entre les mains des Allemands, dans le train. “Le voyage a été très dur mais j’étais avec ma famille. Je croyais qu’on nous emmenait dans un camp de travail”, explique-t-elle. Le 16 avril, elle descend sur les quais d’Auschwitz Birkenau, sans se douter qu’elle met les pieds dans le plus grand camp de concentration et d’extermination du Troisième Reich. “Je voyais les cheminées. Pour moi, c’était une usine comme je n’en avais jamais vu. Je n’avais aucune idée alors que je voyais la fumée de la mort. Mon père et mon petit frère ont été envoyés directement aux chambres pendant la sélection”, se souvient Ginette. Tatouée, dénudée et rasée, elle met trois jours à réaliser ce qui se passe sur ce camp. En plus des personnes faibles et maigres, les enfants en dessous de 15 ans sont considérés trop jeunes pour travailler comme les hommes de plus de 45 ans : trop vieux. Les chambres à gaz leur sont destinées dès leur arrivée. “J’ai toujours eu de la chance. En novembre 1944, rassemblement pour partir en train. On est arrivés au camp de Bergen Belsen, j’ai enfin commencé à parler avec des gens”, raconte la rescapée. De février à avril 1945, Ginette va de camp en camp. “Je me souviens de deux femmes mortes dans le train à côté de moi. J’espérais récupérer leur rationnement.» Echec... «Le train s’est alors arrêté devant une bande d’herbe. Nous nous sommes tous jetés par terre pour en manger”. Arrivée dans son dernier camp en avril 1945, Ginette aperçoit enfin des soldats russes. Le camp est alors libéré. “On me regardait enfin dans les yeux. Je n’étais plus une bête. Enfin une personne”, explique-t-elle. Elle a attrapé le typhus mais a survécu, sans famille, aux camps nazis. “J’ai appris que ma mère et mes soeurs étaient en vie. Je ne savais pas comment réagir, presque sans ressentiment. Je suis alors rentrée à Paris et je les ai retrouvées. Deux ans après, je faisais les marchés. Je me suis mariée... J’ai eu un enfant”, termine-t-elle d’un ton solennel.

Projets et émotion

7 lycées normands étaient du voyage et 140 élèves ont foulé le sol d’Ausch- witz Birkenau et Auschwitz 1 sur les pas de plus d’un million et demi de déportés. Par classes, ils se sont imprégnés des lieux. Le sujet de la «déportation» est à leur programme scolaire. Avec ce voyage, ils l’ont touché du doigt. Particularité, il s’agit de la dernière génération à pouvoir entendre le témoignage d’un(e) survivant (e). Ginette les a rapprochés de l’horreur du système nazi. “On a ressenti beaucoup d’émotion à l’écouter. C’est son témoignage qui marque le plus les esprits”, déclarent Alexia et Amélie, lycéennes à Saint- Lô en terminal L. “C’est inimaginable. On a cette impression de décor conçu. Mais la réalité du lieu vous frappe. On a beaucoup de mal à ouvrir les yeux et à se rendre compte de ce qu’il s’est passé ici”. Beaucoup d’élèves se sont déclarés «moralement lessivés».

Mémoire et compréhension ont animé cette journée. “Se souvenir, c’est cela l’important. L’homme est capable d’atrocités inimaginables. Venir aujourd’hui constitue un engagement pour nous tous. C’est aussi important de garder ces lieux en l’état pour ne pas reproduire les mêmes bêtises...”, énoncent-elles. Le projet des lycéennes est l’écriture d’un roman biographique sur les juifs de Saint-Lô. Une expérience riche qui leur permet une vision plus éclairante sur la déportation et le rôle de la France dans cet épisode. “Il faut vraiment y aller pour comprendre même si l’atmosphère est pesante. Chaque pas nous rapproche de ce que c’était. On ne peut s’imaginer l’horreur de ces crimes tant qu’on ne l’a pas ressentie”.

90% exterminés

La visite s’est déroulée en deux parties. Le matin, celle du camp d’Auschwitz Birkenau et l’après-midi, celle d’Auschwitz 1. Ce premier site, d’une super- ficie de 170 hectares (10 terrains de foot), a été le berceau de l’extermination nazi (principalement juive et tzigane). Sans doute le camp le plus connu mondialement. En 1942, débute la construction de 4 chambres à gaz-crématoire et Birkenau devient le site principal de la mise à mort des Juifs d’Europe à l’échelle industrielle. L’après-midi, visite d’Auschwitz 1. Ici reste la première chambre à gaz. Un bâtiment symbolique et très marquant pour les élèves. Ce deuxième site , beaucoup plus petit, regroupe dans ses baraquements les différents objets des déportés : chaussures, lunettes, prothèses... “Cette partie a été plus dure. Quand vous vous retrouvez devant une tonne de cheveux, représentant des milliers de personnes, vous vous rendez compte du massacre”, énonce Amélie. La population juive en Pologne était la plus grande d’Europe : 3 500 000 sujets. Après la guerre, il n’en reste plus que 350 000. 90% ont été exterminés.

 

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