L'Agriculteur Normand 11 septembre 2014 à 08h00 | Par Samuel RELLO Conseiller cultures et chargé de synthèse désherbage céréales Réseau Agro-PV Normand

Bas volume : une année riche d’enseignements

Avec la forte pression maladies de l’année, le groupe “bas volume” de la Chambre d’agriculture met cette technique à l’épreuve. Les premières estimations de résultats sont prometteuses.

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Visite de la plateforme de l’Ouest à Harcourt (19/06/14)
Visite de la plateforme de l’Ouest à Harcourt (19/06/14) - © CA NORMANDIE

Avec la technique du bas volume, l’objectif est double : intervenir pendant les meilleures conditions de traitement pour optimiser l’efficacité des produits. La réduction du volume d’eau permet entre autres d’augmenter le débit de chantier. Il faut traiter un maximum de surface lorsque les conditions sont optimales. De nombreux produits étant systémiques, les conditions idéales sont : une hygrométrie supérieure à 80 %, présence de rosée sur les feuilles, absence de vent et conditions poussantes. L’utilisation des adjuvants est souvent préconisée pour sécuriser l’efficacité. Pour obtenir de bons résultats, l’application des fongicides en bas volume se fait juste avant les contaminations à plus faibles doses  en augmentant les passages si nécessaire.

Premières étapes et conclusions

L’ensemble des expérimentations des années précédentes nous permet désormais d’avoir une approche globale de la technique. Les premiers objectifs étaient simples :- évaluer l’effet volume (60 litres par hectare) sur l’efficacité, les doses restant identiques ;- évaluer l’effet dose : les doses ont été divisées par deux par rapport à la modalité “conventionnelle” (voir schéma et tableau).Ces expérimentations nous permettent d’affirmer qu’il n’y a pas d’effet volume ni d’effet dose. Nous testons également les programmes et les doses les plus adaptés au secteur.Conséquence : le meilleur gain net est obtenu pour la demi-dose utilisée en conventionnelle à un volume réduit à 60 l/ha.

Deuxième étape : affiner les connaissances

Parmi l’ensemble des expérimentations, 2 essais fongicides comprenant 10 modalités chacun ont été réalisés sur la variété Expert près du Neubourg. Dans cet essai, les objectifs sont multiples : - obtenir la meilleure protection à moindre cout (gain net) ;- réaliser des courbes de réponse des différentes doses de fongicide ;- déterminer l’intérêt de chaque traitement ;- obtenir des références sur les nouvelles SDHI ;- choisir ses adjuvants.Le bas volume permet de réduire les coûts fongicides, même en ajoutant le prix des adjuvants, ce qui permet d’optimiser les charges dans un contexte de prix plus faible.En terme d’IFT (Indice de Fréquence de Traitement), la réduction entre une pratique “conventionnelle” et une pratique “Bas volume” est elle aussi intéressante. Elle est d’environ 20 %, cependant en choisissant d’autres fongicides la réduction pourrait être plus importante. Cette année la campagne fut longue et avec une pression maladie très importante à cause de la rouille jaune (très précoce et importante) mais aussi une forte pression septoriose en fin de cycle. La nuisibilité est proche de 50 quintaux pour des variétés sensibles, les enseignements seront donc nombreux. Cette année la technique bas volume a nécessité 5 à 6 passages selon la pression maladie. Les traitements effectués juste avant la contamination fonctionnent bien sur la septoriose et présentent également un intérêt sur la rouille jaune. Cependant il est particulièrement important avec cette technique de maintenir les passages. En effet la réduction de dose engendre une moindre rémanence des fongicides ce qui nécessite, lorsque la pression est importante, des passages plus resserrés.
Ce qu’il faut retenir- L’intérêt majeur du bas volume est d’augmenter le débit de chantier.- L’efficacité est au rendez-vous.- La réduction des coûts fongicides peut-être de l’ordre de 40 %.- La réduction d’IFT de 20 %.

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Les conditions de réussite de la technique

Comme toute technique, le bas volume nécessite un temps de prise en main et surtout d’avoir du matériel adapté. La buse est l’organe de pulvérisation le plus prépondérant. Elle doit assurer la répartition et le transport de la bouillie de pulvérisation à l’endroit où l’efficacité de la matière active est requise. Les buses sont donc très importantes pour la qualité de pulvérisation, l’endroit où se dépose le produit et surtout, la qualité de couverture des feuilles. Il faut donc rechercher le type de buse qui convient à l’utilisation que l’on souhaite en faire et prévenir les effets indésirables tels que la dérive. 
NB : une buse n’est pas éternelle, il est primordial de la renouveler régulièrement. En moyenne une buse doit pulvériser entre 80 et 100 hectares avant d’être usée. Par exemple, un pulvérisateur 28 mètres = 56 buses = seuil de renouvellement 4 500 ha. Une exploitation de 120 ha à 7 passages = 840 ha /an. Renouvellement au bout de 5 campagnes. Pour un achat de 60 buses à 5 € cela représente un investissement de 300 € soit 60 €/an.
Aujourd’hui le type de buses privilégiées est les buses basse pression (XR Teejet, AXI Albuz, ABX Nozal). Elles présentent l’intérêt de travailler à de faibles pressions tout en gardant l’angle du jet constant dès un niveau de pression de 1 à 1.2 bar. La réussite d’un traitement phytosanitaire dépend avant tout de la bonne adéquation entre la date de traitement (stade de la cible visée), le produit, et la dose. Par ailleurs, il apparaît que les conditions climatiques interviennent de manière non négligeable sur la réussite d’une application phytosanitaire. Ainsi, attendre les conditions optimales pour effectuer un traitement permet d’assurer le maximum d’efficacité de l’application. La température et l’hygrométrie sont les deux critères essentiels pour une bonne pulvérisation.En gros pour les agriculteurs pratiquant le bas volume les interventions se font entre (5 h et 8 h du matin. “Il faut être rentré quand les autres agriculteurs sortent”.Cette technique ne peut convenir à toutes les exploitations mais il est important d’accompagner les agriculteurs souhaitant y participer. De plus lors d’année à forte pression comme cette année le nombre de passages est plus important que pour une méthode “conventionnelle”. En effet le nombre de passages cette année est de 5 à 7. De plus les heures d’application matinales peuvent parfois être mal perçues par le voisinage de plus en plus méfiant.



Pas de réductions de doses pour les herbicides

Contrairement aux fongicides, réduire les doses avec les herbicides peut s’avérer délicat. En effet la présence de ray-grass et vulpin résistants sur la quasi-totalité de nos secteurs (Neubourg, Roumois, Saint-André, Louviers….) constitue un facteur de risque important  pouvant entrainer des échecs. En effet un des mécanismes de résistances est la détoxication. La plante possède des enzymes qui sont capables de dégrader les matières actives. Ces substances actives ne peuvent donc pas altérer le fonctionnement de la plante. L’utilisation répétée de produits ayant un même mode d’action augmente le risque de sélectionner des individus résistants à ce mode d’action (ce qui ne semble pas le cas pour les fongicides car beaucoup de substances actives différentes sont utilisées). De même il semblerait que la réduction des doses d’herbicide augmente ces risques. C’est pourquoi aucune réduction de dose pour les herbicides n’est préconisée, par contre le volume d’eau est diminué en utilisant des buses adaptées.


La force d’un réseau !

Depuis près de 4 ans la Chambre d’agriculture de l’Eure a mis en place des essais sur la thématique du bas volume. Avec le printemps humide de cette campagne les essais sont plus concluants et permettent de tester la robustesse de cette technique. Les différentes Chambres d’agriculture normandes, dans le cadre du réseau Agro-PV ont mis leur travail en commun, notamment les Chambres d’agriculture du Calvados, de la Seine maritime et de l’Eure. La Chambre d’agriculture de l’Orne avait également travaillé cette thématique les années précédentes. Le but est d’échanger sur la technique dans le cadre d’expériences de terrain mais aussi d’établir des protocoles d’essai en commun pour obtenir des références fiables et transposables pour le conseil. La Chambre d’agriculture de l’Eure continuera ses expérimentations sur ce thème et les étendra à d’autres cultures pour la campagne 2014-2015.

Un groupe bas volume organisé sur le Neubourg et le Roumois

A la suite d’une demande formulée par des agriculteurs des GDA du Neubourg et du Roumois, un groupe bas volume s’est constitué. Afin que chacun puisse appréhender cette technique, plusieurs journées de formation furent organisées. Une demi-journée fut consacrée aux adjuvants, une seconde dédiée au choix des buses et la dernière à la rencontre d’agriculteurs pratiquants. Pour préparer la campagne et accompagner au mieux les agriculteurs désireux de mettre en pratique cette technique, nous avons organisé des rencontres et rédigé des documents techniques. Aujourd’hui, près de 80 agriculteurs sont accompagnés par la Chambre d’agriculture de l’Eure sur cette technique. Les agriculteurs disposent d’une messagerie fax spécifique, de tours de plaine au printemps, de notes techniques spécifiques bas volume et de réunions “Bilan moisson” et “morte saison”. Le conseil agribox s’appuie sur des essais locaux mis en place chez les agriculteurs, permettant d’avoir une réponse adaptée à leur zone géographique.Samuel Rello - 02 32 35 95 31.


Groupe Culture

- Vincent Marqué (CA 76) (responsable)

- Samuel Hardy (CA 14)

- Fabien Le Ny (CA 27)

- Gabriele Fortino (CA 50)

- Cécile Primois (CA 61)

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