L'Agriculteur Normand 10 octobre 2017 à 08h00 | Par T.Guillemot

Bertrand Bunouf : un nouveau planteur pour une vieille passion betteravière

A quelques années de la retraite, Bertrand Bunouf arrache aujourd’hui ses premières betteraves sucrières grâce au concours de l’ETA Belliard de Cormolain (14). Un nouveau planteur,sur un nouveau territoire du Calvados (Bessin), est né de la fin du quota sucre.

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- © TG

lll «Aux planteurs historiques qui pourraient craindre une nouvelle forme de concurrence, je tiens à signaler que nous sommes venus nous chercher». Bertrand Bunouf, chef d’exploitation à Sallen (14) dans le Bessin, ne veut pas semer la zizanie dans le champ de betteraves à sucre. «C’est le bouche-à-oreille qui a fonctionné au départ. On savait que les quotas betterave allaient sauter et que la sucrerie de Cagny (Ndlr : Saint-Louis-Sucre) était à la recherche de 250 000 T supplémentaires. Alors, ils sont venus prospecter dans notre coin». Dans les zones traditionnelles de production, les assolements arrivent quasiment à saturation, c’est donc par un développement externe dans les zones limitrophes que passait la solution.

Un train qu’il faut prendre
Saint-Louis-Sucre a donc organisé une «réunion d’approche» tout début 2017 dans ce coin du Calvados. Une dizaine d’agriculteurs était présente. Bertrand Bunouf était de ceux-là. «Il était nécessaire d’avoir les infos justes. Après, c’est un train qui passe, on le prend ou on ne le prend pas». Bertrand l’a pris et pour plusieurs raisons. Tout d’abord, la betterave constitue une bonne tête d’assolement, notamment pour le blé. A la Ferme du Bois, on cultivait déjà des pois, du lin, du colza et du chanvre, c’était donc l’occasion de se diversifier.
Ensuite, la betterave, il connait. Etudiant jadis à l’IREO de Maltot (14), il lui a même consacré un rapport. Ses différents stages dans la plaine de Caen l’ont amené à compiler des connaissances et à jouer les apprentis betteraviers à l’époque.
Et enfin, cette culture ne lui demandait aucun investissement. Le semis et l’arrachage sont assurés par l’entreprise (ETA Belliard de Cormolain). Pour le reste, il disposait déjà de tout le matériel nécessaire sous le hangar.

1000 T/an sur 3ans
Quelques jours après cette réunion et comme une dizaine de collègues du coin, Bertrand Bunouf a donc contractualisé. Dans son cas, 1000 T/an sur 3 ans. Les semis, 12 ha 60 d’un seul tenant, ont été effectués le 28 mars dernier. «On ne connait pas le potentiel betterave de nos terres mais on est parti sur du 85 T/ha» Il faudra encore attendre quelques semaines pour porter un jugement définitif mais l’objectif à ce jour semble atteignable, voire dépassable. En blé, la moyenne décennale atteint 85 qt/ha.
«J’ai été étonnement surpris du comportement de la culture, analyse avec le recul Bertrand Bunouf. Le seul «hic», c’est la maitrise du désherbage. Chez moi et même si tout n’est pas parfait, j’ai suivi les conseils du technicien de la sucrerie et ça va mais certains de mes collègues ont rencontré quelques soucis». Restent les betteraves montées, il leur a consacré une journée avec son apprenti.
Au rythme d’un hectare à l’heure, La Ferme du Bois arrache donc aujourd’hui, semaine 41, sa première tranche. La seconde est programmée en semaine 46 pour un enlèvement en 49. Peut-être faudra-t-il alors bâcher le silo mais là encore, c’est l’affaire de l’entrepreneur.

Peu de risques
Le pari de la betterave hors zones traditionnelles est-il osé ? «Il faut s’y donner. Cela demande beaucoup de surveillance mais elles ont ici tout ce qu’il faut pour se nourrir». Bertrand n’est donc pas inquiet d’autant plus qu’il a semé 2 variétés différentes (Chlœlia et Vulcania) pour lisser la prise de risques. En tout cas beaucoup moins inquiet que pour son lin qu’il n’a toujours pas enroulé car trop humide.
Et puis, il y a les petits plus. En tant que planteur, il a récupéré 201 T d’écume de betterave. Un amendement riche en calcaire qu’il va épandre à raison de 10 T/ha. «C’est une culture que j’adore,» conclut-il. Renouvèlera-t-il son contrat au terme de ces 3 années ? Lui, sans doute pas, puisque l’heure de la retraite aura sonné mais son successeur à La Ferme des Bois,

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