L'Agriculteur Normand 21 août 2008 à 11h21 | Par Antoine Bray ARVALIS - Institut du végétal

Blé, orge et triticale - Comment limiter les risques d’attaques pour la prochaine campagne ?

Depuis 2 ans, on note une recrudescence des attaques de piétin échaudage sur blé, mais aussi, chose inhabituelle, sur quelques parcelles d’orge et de triticale de la région.

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Foyer de plantes attaquées par le piétin échaudage.
Foyer de plantes attaquées par le piétin échaudage. - © DR

Détruire les graminées adventices et allonger si possible la rotation
Le blé tendre est une des espèces de céréales les plus sensibles au piétin échaudage. Il n’existe pas de différence de sensibilité variétale sur blé tendre.
Les rotations avec un retour fréquent de céréales sont favorisantes, en particulier lorsqu’elles se succèdent. Mais les rotations du type maïs/blé sont également risquées. En effet, bien que non attaqué, le maïs est une culture hôte amplificatrice du champignon.
Les cultures non hôtes permettant de couper le cycle du champignon sont l’avoine, le colza, le tournesol, le pois, le sorgho et la pomme de terre. Allonger la rotation avec ces cultures permet de limiter la pression du champignon sur le blé suivant, sans toutefois l’éradiquer.
Pour assurer sa survie, le piétin échaudage recherche le plus vite possible un support vivant, car ses capacités de survie sur les racines contaminées sont limitées. Il est donc essentiel de détruire les repousses de céréales dans l’interculture ainsi que les chiendents et graminées adventices. Leur présence peut limiter fortement l’impact de l’allongement de la rotation en développant des sources d’inoculum.

Choix d’espèces en interculture : un moyen de lutte à explorer

Des expérimentations ont montré des effets positifs de certaines espèces implantées en interculture, pour réduire les attaques. La moutarde et l’avoine implantées en interculture longue avant du maïs, limitent l’impact de la maladie sur le blé suivant. Ces effets sont toutefois variables selon les situations. Lorsqu’elle se décompose, la moutarde libère des glucosinolates, qui ont un effet négatif sur le piétin échaudage. Pour que cet effet subsiste, il est indispensable d’enfouir la moutarde le plus vite possible après sa destruction, les glucosinolates étant très volatils.
En interculture courte, entre deux blés, des effets positifs de la moutarde ont également été observés dans certains essais, mais ce n’est pas systématique. Si certains souhaitent essayer sur leurs parcelles, attention à limiter les repousses de céréales dans la crucifère. En tant que plantes hôtes du parasite, elles pourraient réduire l’efficacité de la plante de coupure.
Des incertitudes persistent notamment sur l’impact de la variété de moutarde. Les variétés de moutarde brune plus riches en glucosinolates que celles de moutarde blanche pourraient avoir un effet plus marqué.

Décaler la date de semis ?
Le piétin échaudage est favorisé par des séquences de températures douces associées à des périodes de pluies au cours de l’automne. Les années à hivers froids lui sont peu favorables (1985, 1986, 1997…).
Décaler la date de semis peut permettre de limiter l’apparition de séquences favorables, à condition que l’hiver ne soit pas doux et humide ! Les semis tardifs de fin novembre ou décembre sont généralement moins exposés aux attaques car les températures sont plus froides à cette époque.
De même, l’utilisation de variétés plus précoces doit permettre de raccourcir le cycle de culture et limiter ainsi le développement du piétin échaudage.

Attention aux remontées trop rapides de pH
Des apports d’amendements calcaires importants provoquent une remontée brutale du pH et détruisent la flore antagoniste du piétin échaudage. Celui-ci a alors le champ libre pour s’installer. Dans les parcelles acides, éviter de laisser le pH descendre trop bas, en privilégiant une stratégie d’entretien régulier du pH plutôt que de redressement brutal. Rappelons que dans nos situations un pH voisin de 6 est considéré comme optimum sur l’ensemble des grandes cultures.

Broyer et répartir les andains de paille
Les sols soufflés, aérés, favorisent les contaminations par le piétin échaudage. Ainsi, le piétin échaudage est moins fréquent en sol tassé ou lorsque l’aération du sol est faible. De même, l’incidence des andains de paille s’explique par un développement plus important des filaments mycéliens compte tenu de sols plus aérés.
Pour limiter les attaques, il est donc recommandé de broyer finement les résidus de paille et de rappuyer les sols soufflés après le semis.

Le traitement de semences recommandé dans les situations à risque
Le produit Latitude (matière active silthiofam) procure la meilleure efficacité sur cette maladie (environ + 8 q/ha en blé sur blé). Néanmoins, elle n’est pas totale (maximum 60 %) et sur les parcelles présentant de très fortes infestations, il peut se révéler insuffisant pour contrôler les attaques. Pour tous les blés sur blés, il est conseillé d’utiliser du Latitude. En revanche, dans nos essais, son intérêt économique n’a pas été démontré sur orge ni triticale.
Afin de limiter le risque de résistance, ne pas utiliser sur une même parcelle des semences traitées avec Latitude deux saisons consécutives.

Peu d’effet du travail du sol et de la densité de semis
L’impact du mode de travail du sol n’est pas constant entre années. Le labour dilue le mycélium mais il peut également entraîner l’inoculum sur des surfaces plus importantes. Au global, le travail du sol est considéré comme sans effet.
Plus que la densité de semis, c’est l’importance du chevelu racinaire qui conditionne la présence et la transmission du piétin échaudage. L’impact de la densité de semis sur la progression de la maladie est faible. Le champignon progresse uniquement par le contact de racines en racines. Sa progression maximum n’est que de 15 cm.
Le piétin échaudage est une maladie complexe dont le développement est dépendant de multiples interactions. Il n’existe malheureusement pas de solutions miracles. Il est donc impératif de ne pas le laisser s’installer en utilisant toutes les possibilités pour limiter son développement.

Quelle conduite tenir en 2008 sur blé ?
Le risque est important si :
- des dégâts importants ont été observés dans la parcelle (le champignon est présent) ;
- la rotation présente fréquemment des pailles ;
- le précédent est une jachère, une prairie ou une paille (hors avoine) ;
- le sol est aéré (léger, sableux…).
Dans ces conditions :
- éviter les semis précoces ;
- broyer finement et bien répartir les andains de paille du précédent de manière à favoriser leur décomposition et limiter les sols soufflés ;
- éviter de remontées le pH trop rapidement ;
- détruire systématiquement les graminées adventices et le chiendent dans la culture et l’interculture ;
- traiter les semences de blé avec du Latitude. Coût approximatif, environ 28 €/q.

Racines noires, typiques d’une attaque de piétin échaudage.
Racines noires, typiques d’une attaque de piétin échaudage. - © DR

Reconnaître les attaques de piétin échaudage par rapport aux autres maladies du pied
Les symptômes d’épis qui blanchissent avant le reste de la parcelle en fin de cycle peuvent être liés à de multiples causes : piétin échaudage, piétin verse, fusariose de la tige, fusariose des épis, morsure de tordeuse, sécheresse précoces dans les zones les plus superficielles… 2 symptômes conjoints sont caractéristiques du piétin échaudage : tous les épis des plantes attaquées se dessèchent en même temps – souvent on observe des zones plus ou moins étendues touchées et beaucoup plus rarement des plantes isolées. Par ailleurs, les racines sont nécrosées (les laver pour mieux voir), contrairement aux zones échaudées à cause de la sécheresse où les racines restent saines.

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