L'Agriculteur Normand 08 octobre 2016 à 08h00 | Par Elodie QUEMENER JOUANNEAU et Cynthia TORRECILLAS-ARVALIS Institut du végétal

Blé tendre : quelles sont les bonnes raisons pour ne pas semer trop tôt ?

Les semis des céréales à paille ont tendance à se précocifier depuis plusieurs années, hors ils accentuent souvent certains accidents en culture par la suite.

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En effet, la plante est alors exposée à une plus grande période de contamination aux maladies ou aux ravageurs d’automne. Alors quelles sont les bonnes raisons pour ne pas semer trop tôt ?

3 semaines pour semer !
En Normandie, la période de semis idéale pour l’implantation d’une céréale se situe sur une plage d’environ 3 semaines entre la mi-octobre et début novembre. D’après les résultats d’un essai conduit dans l’Eure entre 2012 et 2014, à l’exception de l’année 2012, les rendements ont été inférieurs lorsque la date de semis correspondait à fin septembre et ce, quelle que soit la précocité variétale (figures 1 et 2).
Il est inutile d’anticiper cette période. Les pertes à la levée sont limitées et la culture a le temps d’émettre suffisamment de talles avant la sortie de l’hiver. Ceci permet d’optimiser les densités de semis qui ne doivent pas dépasser 250 grains par m².

Le piétin échaudage favorisé par les semis trop précoces
Le piétin échaudage est un champignon du sol qui contamine les racines séminales des plantes hôtes à l’automne et envahit le système vasculaire. Cette colonisation du système vasculaire va entraîner un déficit d’alimentation de la plante et engendrer, au printemps, la formation d’épis vides et blancs, symptômes caractéristiques de cette maladie. Et donc au final une perte de rendement qui peut atteindre 40q/ha.
Le principal levier pour lutter contre cette maladie est la rotation (figure 3). En effet, le piétin échaudage est un champignon saprophyte peu compétitif dont l’inoculum primaire décline rapidement sans la présence de plantes hôtes (ex : colza, pomme de terre, pois).
Il est également conseillé d’éviter les semis trop précoces qui augmentent la durée de contamination à une période où les températures douces favorisent le développement du champignon . Comme le montre les résultats suivants, un blé semé début octobre présentera en moyenne entre 20 et 40 % de racines nécrosées par le piétin échaudage contre 0 à 20 % pour un semis de fin octobre (figure 3).
Enfin, le travail du sol et plus précisément le labour constitue également une solution pour limiter le développement du piétin échaudage dans la parcelle (figure 3).
Dans toutes les situations où du piétin échaudage a été observé, il est donc déconseillé de semer avant le 25 octobre. Si les conditions climatiques restent favorables, il est même préférable d’attendre début novembre pour semer.

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Le piétin verse : choix variétal et date de semis pour limiter le risque
Le piétin verse est une maladie qui s’installe à la base du pied des blés. Les hivers doux et humides sont favorables à l’expression de la maladie. Les semis précoces, en augmentant les périodes de contamination, favorisent l’installation de la maladie.
La tolérance variétale permet d’atténuer sensiblement le risque. Ainsi, il est important de choisir une variété peu ou pas sensible lorsque des dégâts ont été observés dans la parcelle, et particulièrement pour les semis précoces.
Les variétés résistantes notées 5 à 8 par le GEVES (Fluor, Grapeli, Lyrik, …), présentent une tolérance au piétin verse qui permet  d’éviter un traitement spécifique.
Pour les variétés sensibles (notes 1 et 2 - tableau), il convient d’éviter les semis précoces dans les situations à risques (limons battants, dégâts déjà observés dans la parcelle…).

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JNO : risque accru en semis précoces
Les pucerons d’automne peuvent transmettre le virus de la Jaunisse Nanisante de l’Orge (JNO) lorsqu’ils piquent les plantes pour se nourrir. La gravité de la maladie dépend notamment de facteurs liés aux insectes (effectifs, durée de présence dans la parcelle), et aux virus (virulence, agressivité). Un semis précoce tend à exposer davantage les cultures à une présence accrue de pucerons (conditions climatiques plus favorables à leur activité). De plus, les semis précoces s’accompagnent d’une plus faible densité, ce qui tend à accroître le risque. L’orge, espèce plus sensible que le blé au virus de la JNO, est ainsi plus fortement exposée.
Les parcelles abritées, situées en bordure de bois, de haies, ou à proximité de repousses de céréales sont généralement les plus concernées.
Dans tous les cas, il conviendra d’être particulièrement attentif en cas de semis précoces.
Les traitements de semences à base d’imidaclopride (Gaucho 350, Gauchos Duo FS…) permettent d’attendre le stade 5 feuilles sans risque. Au-delà de cette période, un traitement insecticide foliaire peut s’avérer nécessaire si le risque persiste.
En l’absence de traitement de semences, un traitement insecticide foliaire efficace apportera une protection maximale de 2 semaines. En effet, les feuilles sorties après l’application ne sont pas protégées ce qui peut conduire à réaliser une nouvelle application.
Réduire la période de sensibilité des cultures en évitant les semis précoces avant le 20 octobre constitue déjà un des facteurs de limitation des risques.

Les semis précoces favorisent les levées de certaines graminées
Certaines adventices germent préférentiellement à l’automne, et notamment au mois d’octobre (vulpin, brome, ray-grass par exemple). En décalant la date de semis du blé tendre à une période moins favorable à la levée des adventices (1ère décade de novembre par exemple), la quantité de levées dans la culture sera donc moindre que pour un semis du 20 octobre.
Le décalage de la date de semis est très adapté aux adventices automnales et plus particulièrement aux graminées (brome, vulpin, ray grass). Ce levier sera très peu efficace sur les espèces à germination automnale tardive (véronique à feuilles de lierre par exemple) ou à germination indifférenciée (matricaire, pâturin annuel…).
Ces pratiques sont efficaces et sont donc à mettre en œuvre sur les parcelles très infestées (échec de désherbage et/ou problèmes de résistance) afin d’appliquer les solutions herbicides dans les meilleures conditions, c’est-à-dire sur des populations réduites.

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