L'Agriculteur Normand 04 octobre 2014 à 08h00 | Par Viviane SIMONIN avec l’équipe des réseaux lait de l’ouest (Pays de la Loire, Bretagne et Normandie)

Bonne dynamique de l’élevage laitier bio de l’Ouest

De 2009 à 2013, les élevages laitiers bio de l'ouest de la France, ont connu plusieurs évènements, notamment climatiques, qui les ont amenés à évoluer dans leurs structures et leur fonctionnement.

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- © CA Normandie

L’analyse d'un échantillon constant de 30 fermes laitières bio des réseaux d'élevage de Bretagne, Normandie et Pays de la Loire sur la période considérée met en évidence des évolutions sensibles qui témoignent d'un réel dynamisme : évolution des structures, maîtrise des charges opérationnelles pour produire 1 000 litres de lait, bonne efficacité économique des systèmes avec plus de 50 % d'EBE/Produit.


Des structures qui bougent

Sur la période 2009 à 2012 (en 3 ans), parmi les 30 élevages bio des réseaux d’élevage suivis, 1 éleveur sur 2 a augmenté sa surface. Dans le même temps, les volumes de lait produits par ces élevages se sont accrus malgré les déficits fourragers de 2010 et 2011 liés aux sécheresses (tableau 1).Pour faire face à ces volumes supplémentaires, les éleveurs ont conservé une main d’œuvre familiale stable mais continué à embaucher. Le collectif de travail passe de 2,2 UMO par exploitation en 2009 à 2,4 UMO en 2012. Le troupeau laitier moyen par élevage a également suivi cette dynamique d’augmentation avec en moyenne 1 vache en plus par exploitation et par an (tableau 1).Avec 10 hectares et 25 000 litres de lait vendus en plus par exploitation sur 3 ans, ces élevages ont connu des évolutions moyennes proches de celles des autres élevages laitiers de l’ouest.Compte-tenu de la progression de la main d’œuvre dans les mêmes proportions que la surface et le quota, ces élevages ont, par contre, en moyenne, conservé la même productivité du travail contrairement aux élevages conventionnels qui n’ont pu accroître leur main d’œuvre au prorata de leur dimension. La relative stabilité du prix du lait bio à un niveau plutôt élevé sur la période (par rapport à la moyenne depuis 10 ans) explique certainement en partie cette stratégie spécifique des élevages bio. La surface fourragère et la surface en herbe a progressé dans les mêmes proportions que la SAU dans ces élevages avant tout laitiers (graphique 1).

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Des performances techniques sensibles aux aléas climatiques

Les systèmes fourragers des élevages laitiers bio sont très sensibles à la pousse de l’herbe et, dans une moindre mesure, au rendement du maïs ensilage et d’autres cultures fourragères de printemps (sorgho, betteraves). De 2009 à 2012, plusieurs évènements climatiques ont pénalisé les rendements fourragers en bio.Au cours de l’année 2010, les éleveurs laitiers bio des 3 régions ont perdu, en moyenne, environ 1,4 t MS/ha de surface fourragère, à la fois sur l’herbe et sur le maïs (graphique 2), en lien avec un printemps et un été secs. Avec un chargement en moyenne de 1,3 UGB/ha SFP, cette perte de rendements fourragers se traduit par un manque d’environ 1 t MS/UGB en 2010. L’année 2011 avec un printemps chaud et sec a été moins problématique pour les éleveurs grâce au retour des pluies sur l’été qui ont sauvé le rendement du maïs et qui ont permis une bonne repousse de l’herbe à l’automne.


Conjoncture lait favorable et maîtrise des charges opérationnelles

Le prix du lait laiterie se maintient autour de 440 €/1 000 l. En parallèle, un produit viande de l’atelier lait à hauteur 76 € en moyenne et un niveau d’aides pour l’atelier lait d’une trentaine d’euros conduisent à un produit de l’atelier lait stable (aides = maintien AB, PHAE, MAE …hors DPU) (tableau 2).Les charges opérationnelles sont maîtrisées malgré un coût alimentaire en hausse en année climatique difficile. Le coût alimentaire des exploitations bio explique les 2/3 des charges pour produire 1 000 l de lait. En 2011 et 2012, années durant lesquelles les épisodes humides et/ou secs altèrent les rendements fourragers, les achats de fourrages viennent augmenter d’une quinzaine d’euros le coût alimentaire.Avec des frais véto maîtrisés à hauteur de 9 €/1 000 l en moyenne, des frais d’élevage stables à 34 € et un achat de paille d’une dizaine d’euros mais plutôt à la hausse, les charges opérationnelles pour produire 1 000 l de lait s’élèvent à 164 € en moyenne sur 4 ans, ce qui conduit à une marge de l’atelier lait de l’ordre de 380 €/1 000 l.

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Un déficit fourrager coûte 25 à 30 €/1 000 l

Le coût alimentaire est directement impacté lors d’aléas climatiques : achat de fourrages, de co-produits, de concentrés, de paille. Outre ces charges en plus, ce sont des produits en moins comme la viande avec des réformes vendues plus vite pour préserver les stocks, et au final un impact allant jusqu’à 30 € pour 1 000 l (graphique 3).


Une efficacité économique bonne à très bonne

Les charges de structure progressent en moyenne de 12,5 % soit + 100 €/ha de SAU mais certains postes comme la main d’œuvre et la mécanisation  sont plus touchés. Par exemple, entre les amortissements matériel et la hausse du carburant, c’est 2 500 € de plus à l’échelle de l’exploitation moyenne. Pour le bâtiment et le fermage, les augmentations sont liées à l’agrandissement des structures.L’efficacité économique de ce groupe constant d’exploitations est élevée : plus de 50 % d’EBE/Produit sur les 4 années consécutives.Après une baisse en 2010, l’Excédent Brut d’Exploitation progresse et se maintient à un bon niveau avec plus de 64 000 € par UTH familial. La diminution de l’EBE, - 4 400 € /UTH et du revenu disponible, - 7 000 €/UTH, sont à relier aux déficits fourragers de l’année. En 2011, une seconde année climatique délicate, est heureusement compensée par un prix du lait en hausse de 12 €/1 000 l et un volume supplémentaire de 8 000 l/UTH.En parallèle, sur les 4 années,  les annuités augmentent de plus de 5 000 € et contribuent à l’érosion du revenu disponible, qui cependant reste d’un bon niveau, avec plus de 36 000 € /UTH familiale chaque année (graphique 4).


Un bilan positif mais …

Globalement, l’efficacité technico-économique de ce groupe constant de 30 exploitations laitières biologiques est élevée. L’impact “aléa climatique” est fort, avec une baisse des récoltes fourragères, des achats de co-produits ou de fourrages et, en parallèle, une baisse du produit viande de l’atelier lait.La gestion économe reste toujours de mise sur ces exploitations qui, sur cette période, bénéficient d’un prix du lait supérieur à 430 €/1 000 l. L’augmentation des volumes de lait alloués aux exploitations laitières, couplée à une bonne conjoncture lait, favorisent l’agrandissement de ces exploitations : pour plus d’une exploitation sur deux, ces augmentations de structure ont nécessité des investissements donc des annuités supplémentaires d’où la diminution du revenu disponible.Ainsi, si demain ces exploitations subissent un nouvel aléa climatique ou si le prix du lait diminue, ANTICIPER sera le maître mot :- anticiper en identifiant la stratégie la mieux adaptée à son système ;- adapter le chargement au potentiel fourrager moyen de l’exploitation ;- épargner les bonnes années et limiter les investissements en matériel notamment.Le poids des aides va également être un facteur à prendre en compte dans l’évolution de la stratégie de l’entreprise les prochaines années : le mécanisme de convergence européen va entrainer une évolution du montant des aides découplées de 2015 à 2019 pour se rapprocher de la moyenne France, ce qui va affecter les systèmes bio. En effet, en 2012, sur cet échantillon bio grand ouest, le poids des aides varie selon les systèmes de 11 à 30 % du produit brut, ce qui forcément n’induira pas les mêmes conséquences.

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