L'Agriculteur Normand 12 janvier 2011 à 10h55 | Par T.Guillemot

Calvados - Environnement : un coup de pompe sur le marais de 3,2 millions de m3/an

A l’heure du développement durable cuisiné à toutes les sauces, prétendre pomper 3,2 millions de m3 d’eau par an dans un marais sans dommages collatéraux tient de la gageure.

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François Philippe (agriculteur aux portes de Caen) : “nous recommandons aux agriculteurs de refuser les forages d’exploration et d’études car après ils n’auront droit qu’à l’ingratitude des syndicats d’eau , à des servitudes non compensées financièrement et à la perte de valeur de leur exploitation”.
François Philippe (agriculteur aux portes de Caen) : “nous recommandons aux agriculteurs de refuser les forages d’exploration et d’études car après ils n’auront droit qu’à l’ingratitude des syndicats d’eau , à des servitudes non compensées financièrement et à la perte de valeur de leur exploitation”. - © TG

L’enquête publique visant à l’instauration de périmètres de protection de captages d’eau sur le secteur du Marais de Vimont - Sannerville - Giberville s’est achevée jeudi dernier. Un délai supplémentaire de 15 jours avait été accordé par le commissaire enquêteur aux différents protagonistes pour appréhender plus en profondeur un dossier d’une grande complexité. Une souplesse appréciée par les agriculteurs impactés par le projet. François Philippe, céréalier au sud de Caen, est de ceux là. 70 % de son exploitation est concernée.

Un rapport d’étude  au goût d’inachevé
Créer de nouveaux forages pour assurer l’alimentation en eau de bonne qualité d’un bassin de vie pour les 30 prochaines années, personne ne peut s’y opposer. Et certainement pas les agriculteurs qui, depuis plus de vingt ans, ont intégré dans leurs pratiques culturales et d’élevage, la notion de préservation de la ressource en eau. Mais l’étude préalable à l’instauration des périmètres de protection sur le secteur du marais de Vimont/Sannerville/Giberville laisse un goût d’inachevé à certains.
François Philippe, membre de CAPTAGE 14(1), dénonce la qualité de cette étude commanditée par RésEau (Syndicat mixte de production d’eau potable de la région de Caen) que préside Daniel Françoise, maire socialiste de Blainville-sur-Orne. Un document de 200 pages, consultable en mairie mais pas via internet, qui pose plus de questions qu’il n’apporte de réponses.
Sur le fond, les risques de retrait des argiles, de dénitrification naturelle et de salinisation de la nappe (voir encadré) n’ont pas été approfondis. Risques pour l’agriculture avec des réserves en eau qui pourraient se tarir et pénaliser les rendements céréaliers. Risques aussi pour le citoyen lambda qui pourrait voir sa maison se lézarder à cause de l’assèchement de l’argile ou boire, in fine, une eau chargée en nitrate alors qu’elle est à ce jour irréprochable.
Sur la forme, François Philippe dénonce également des manquements. “Nous sommes partenaires de la distribution de l’eau. Nous devions être associés dès le départ aux débats”, regrette-t-il. Selon lui, le dialogue avec RésEau a été inexistant. C’est par l’Agence de l’Eau qu’un peu d’information a circulé. Une information qui manque de clarté au niveau des servitudes qui pourraient être imposées aux agriculteurs impactés. “Le pacage excessif des animaux devra être évité”, stipule par exemple un article. “Ça veut dire quoi juridiquement et techniquement ?”, s’interroge notre agriculteur.

Un manque  de concertation
Autre exemple avec l’interdiction de créer de nouveaux ateliers porcs ou volailles. Où va-t-on positionner le curseur de la nouveauté. Le petit atelier du père développé par son fils, une activité nouvelle ou de l’ancien ? Le redémarrage après quelques années d’arrêt, du neuf ou de l’ancien ?
Grande inquiétude également avec les corps de fermes situés en zone de protection rapprochée. Ils ne pourront quasiment plus évoluer.
Dernière interrogation enfin et non des moindres : les compensations financières face aux servitudes d’exploitation. Un chapitre des indemnisations qui n’a pas été ouvert. Il ne s’agit pourtant pas d’une goutte d’eau.

TH. Guillemot
(1): association de défense des personnes qui se retrouvent dans les zones de protections des forages d’eau publique.
association.captages14@orange.fr

Chronique sulfureuse
Dans un document d’une quinzaine de pages intitulé “Chronique d’un empoisonnement programmé” adressé il y a peu aux élus, CAPTAGES 14 met le doigt là où ça fait mal . Morceaux choisis.
-Station d’épuration de Cagny
“Dans la zone de protection éloignée se trouve la station d’épuration de Cagny, Frénouville et Emiéville. Elle est située sur Emiéville, à 877 m d’un point de captage. Sa capacité vient récemment d’être doublée, ce qui est surprenant car les forages d’exploration de la nappe sur Emiéville ont déjà 10 ans d’existence. Où est la cohérence de la protection des nappes ?  . En plus le canal de rejet passe à 149 m du forage considéré comme vulnérable. A notre connaissance, en tout ce sont 4 stations d’épuration (Cagny, Sannerville, Argences, maison de repos de Vimont) soit 12 600 habitants qui rejettent leurs effluents encore pollués dans la zone de pompage de Vimont. Ces effluents toxiques, passent au pied des forages sans qu’aucun hydrogéologue n’en fasse la remarque. ”.
-Rejet pluvial brut
“Les eaux de nombreux réseaux pluviaux bruts se déversent dans le Marais de Vimont : Cagny, Frénouville, Vimont, Bellengreville, Sannerville, Emiéville. Des kilomètres de routes et de voies qui apportent une eau chargée en huile, métaux lourds, désherbants de voiries et tous les produits chimiques perdus sur les routes,
sans oublier ceux produits par les accidents. Cette pollution chronique est aussi oubliée des experts hydrogéologues”.
-Routes nouvelles
“Le schéma de développement routier, au lieu de s’éloigner de cette région, a et va développer dans le secteur 2 nouvelles 4 voies qui vont passer dans la zone de protection éloignée et frôler la zone de protection rapprochée à 600 m. Ces nouvelles routes vont amener un passage conséquent de voitures et de camions avec les risques que cela comporte en cas d’accident ( transports de produits chimiques). Cette route nouvelle va aussi passer à 260 m du forage de Cagny, alors que les nouvelles voies routières sont interdites dans les zones de protection rapprochées”.

Les trois interrogations de Captages 14

Le retrait des argiles
Le sous-sol du marais de Vimont –Emieville-Saint-Pair et aux alentours, est composé principalement d’argile . Cette argile possède un pouvoir naturel de retrait quant elle s’assèche ce qui entraîne des mouvements de terrain. Ce phénomène connu a été étudié par le BRGM dans le département de la Manche. La baisse du niveau de la nappe va provoquer ces mouvements. Cette anomalie naturelle n’est pas abordée dans l’enquête. Les murs de nos maisons risquent de se lézarder.

Dénitrification naturelle
L’eau située sous le marais de Vimont et ses alentours subit un phénomène de dénitrification naturelle par des bactéries, ce qui permet de fournir localement une eau de qualité. Demain quand il sera prélevé 3.2 millions de mètres cube d’eau, l’activité des bactéries risque d’être perturbée et peut être annihilée. Une étude approfondie sur le sujet doit être faite, ce qui n’est pas le cas.

Salinisation de la nappe
Ce risque n’a pas fait l’objet d’une étude, forage à 86 m sous le niveau de la mer, dans un marais avec présence éventuelle de poche d’eau saumâtre, le tout à 13 km de la mer.

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