L'Agriculteur Normand 07 mars 2013 à 09h04 | Par T.Guillemot

Calvados - Lait : “il suffirait de 2 centimes”

Lors d’une conférence de presse qui s’est déroulée jeudi dernier à la ferme de Fumichon à Vaux-sur-Aure, FDSEA et JA ont tenu à souligner la situation très difficile de l’élevage départemental. Derrière la vitrine du SIA, se cache un quotidien qui n’est plus soutenable.

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© TG

Pour sauver la filière, il suffirait d’augmenter le prix du litre de lait UHT de 2 centimes ou bien encore celui du camembert de 6 centimes  sachant que, pour une même référence, le différentiel de prix atteint 30 centimes selon l’enseigne. Une hausse qui pourrait être répartie tout au long de la filière. Notre volonté est que transformateurs et distributeurs ajustent aussi leurs marges pour éviter que ce ne soient que les producteurs et les consommateurs à chaque bout de la filière qui supportent les hausses de charges.”Calculette en mains, Philippe Marie, producteur de lait en GAEC dans le Bessin, fait ses mauvais comptes d’hiver. La flambée du tourteau de soja fait virer les trésoreries dans le rouge. La plupart des éleveurs ne sont en effet plus couvert depuis novembre/décembre.
Les charges d’aliment ont augmenté de 30 e/1 000 l. “Sur les mois d’hiver, le différentiel par rapport à l’an dernier s’est nettement creusé. Ça devient ingérable”. A cet effet ciseau, s’ajoute la menace de la nouvelle directive “nitrates” qui imposerait aux éleveurs d’augmenter leur capacité de stockage des effluents d’élevage alors qu’ils n’ont pas encore fini de rembourser leur précédente mise aux normes environnementales. La situation de Philippe Marie n’est pas un cas isolé. Autour de la table, Damien, Olivier, Julien, Jean-Philippe, Charles et les autres témoignent. Ils sont producteurs de lait ou producteurs de viande, jeunes ou aînés. C’est tout le secteur de l’élevage qui trinque.

L’envers de la vitrine parisienne
“Derrière les animaux endimanchés pour le SIA, il y a le revers de la médaille. C’est ce que nous avons voulu montrer à travers cette conférence de presse, rebondit Patrice Lepainteur, président de la FDSEA. Le côté fastidieux et astreignant du métier d’éleveur avec une présence 365 jours par an. Nous assistons à un véritable découragement plus particulièrement chez les jeunes qui représentent l’avenir de la filière. On n’arrive pas à se faire entendre de la grande distribution”.
Les enjeux sont majeurs et pas seulement pour l’agriculture départementale. La Calvados pourrait se “déverdir” en retournant ses prairies au profit des productions céréalières. En viande bovine déjà, beaucoup d’ateliers n’ont pas fait le plein à l’automne. “Le tourteau est passé de 280 à 410 e/t en quelques mois et le broutard a pris 200 à 300 e”, explique Julien, responsable du dossier aux JA.Les premières répliques se font sentir. Les outils d’abattage et de transformation commencent à tourner au ralenti. La menace de plans sociaux sur l’aval plane à moyen terme. Parallèlement, moins de lait produit aurait des conséquences similaires au niveau des laiteries. L’amont souffrirait également.Ce sont donc, in fine, les 7 emplois induits par chaque agriculteur qui sont dans la balance.
Au-delà, économiquement, socialement, culturellement, écologiquement (...), importer en France et plus particulièrement en Basse-Normandie du lait produit à l’étranger aurait-il du sens ? Même interrogation avec la viande bovine en proie aux affaires. Produire localement pour consommer localement présente les meilleures garanties de traçabilité.
Sous l’égide des pouvoirs publics et à la demande de la FRSEA, une table ronde réunissant tous les acteurs de la filière élevage devrait se tenir dans les prochains jours.La grande distribution y est attendue de pied ferme. “Attention à la politique de la chaise vide, préviennent FDSEA et JA. Ce n’est pas comme cela qu’on fait avancer les choses. Et puis, ça pourrait radicaliser certains esprits”.Quelques enseignes semblent de bonne composition (lire ci-contre). D’autres pas en avant sont espérés.

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