L'Agriculteur Normand 30 mai 2018 à 12h00 | Par T.Guillemot

Caresser le cul des vaches n’est plus une politique

A l’heure où un pan de l’avenir de l’agriculture française se jouait à l’Assemblée nationale dans la continuité des EGAlim et nourrissait espoirs et attentes, JA Normandie attendait de pied ferme les réponses du député LREM Xavier Batut.L’élu de Seine-Maritime a défendu la politique gouvernementale et affirmé « qu’il ne suffit pas de caresser le cul des vaches pour régler les problèmes agricoles. »

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lll « Nous sommes dans l’esprit d’un syndicat de propositions ». Dans ses conclusions, Pierre Le Baillif, président de JA Normandie qui dans sa configuration grande région a tenu jeudi dernier à St-Pierre-sur-Dives (14) sa seconde assemblée générale, a souligné « la multiperformance de JA qui s’investit au quotidien et s’engage pour défendre des problèmes concrets ». Ainsi donc, si l’installation reste le fer de lance du syndicalisme jeune, l’actualité immédiate et ses inquiétudes induites ont alimenté les débats. Pierre Le Baillif a notamment lancé un coup de gueule sur la remise en cause du nouveau cahier des charges camembert AOP par « des personnes qui n’y connaissent rien. Que fait l’OGD ? » Il a également surligné quelques points de vigilance sur les zones défavorisées et leur budgétisation sans oublier le dossier « retournement des prairies ».

Des réponses de l’administration

Et c’est Ludovic Genet, directeur régional de la DRAAF Normandie, qui a apporté les premières réponses. Concernant les zones défavorisées, « quelques ajustements sont encore à attendre dans les marais du Cotentin et du Bessin, dans l’Orne et le sud de l’Eure mais au bilan le nombre de communes et d’ayants droit à l’ICHN (Indemnité Compensatrice Handicap Naturel) va doubler ». Néanmoins, l’administration reconnait que 9 exploitations vont sortir du dispositif mais aucun jeune agriculteur ne serait impacté. Quant à l’enveloppe budgétaire nécessaire à partir du 1er janvier 2019, pas de souci, « les JA auront leur bonification et le financement est assuré. Il reste à travailler avec le Conseil régional pour caler le financement européen ». Second point d’achoppement évoqué : le retournement des prairies avec dérogation uniquement pour les exploitations 100 % JA excluant de ce fait les GAEC multigénérationels. « Pas de réponse du ministère mais nous allons insister », a indiqué Ludovic Genet. Dernier dossier avec la modulation DJA. L’administration reconnait quelques problèmes particuliers dans la Manche mais « le système a été simplifié et les dossiers seront réinstruits avec des règles plus simples et plus vertueuses ».

Caresser le cul des vaches ne suffit pas

Au préalable, JA Normandie et ses invités ont débattu autour des EGAlim avec pour objectif « transformons l’essai ». Le projet de loi en cours de discussion à l’Assemblée nationale fait naître quelques espoirs et marque un changement de monde.En témoignent les propos du député de Seine-Maritime, Xavier Batut,  présent à la table ronde : « il ne suffit pas de caresser le cul des vaches pour régler les problèmes agricoles ». C’est entendu pour JA mais l’agriculture française ne doit pas servir de variable d’ajustement avec les pays tiers dans le cadre du Ceta ou du Mercosur. Plus localement, la table ronde a zoomé sur de belles réussites. Gilles Phlipeau, directeur d’un Système U dans le 76, file un parfait coton avec Benjamin Hauzay, producteur de viande. « En produits locaux, on peut négocier en direct. J’ai repris le magasin en 1998. Au rayon boucherie alors, on travaillait des carcasses de 350-380 kg mais ce n’était pas ce que le consommateur voulait. Nous avons donc monté en carcasses pour atteindre 500-600 kg. Le chiffre d’affaires a grimpé parce que nous répondions à l’attente du consommateur ». Vingt ans plus tard, ce sont 70 bêtes par an issues de ce même élevage que l’enseigne commercialise. « On a réussi à squeezer tous les intermédiaires, » se félicitent l’un et l’autre. Valorisation à plus de 5 €/kg pour un prix de vente en rayon accepté par le consommateur. Mais comme les filières courtes ne constituent qu’un segment, Gilles Phlipaux y va de son conseil. « Si vous faites de la filière longue, il faut se grouper parce qu’il faut un équilibre des forces ». L’occasion pour Baptiste Gatouillat, administrateur national de JA de saisir la balle au bond : « on ne peut pas faire que du circuit court. Il faut aussi garder nos parts de marché à l’export ». Le représentant des pouvoirs publics est sur la même longueur d’onde. « Notre agriculture repose aussi sur les marchés internationaux », et de rappeler « que les contrôles font aussi partie de la valeur des produits agricoles produits en France. Regardez ce qui s’est passé avec le Fipronil ».

Communiquer positif

« L’exemple de Cœur de Normandy est emblématique. Il ne faut pas se priver de ce genre de communication positive », a enchainé Ludovic Genet. Auparavant, Nadège Mahé, une des 45 ambassadrices de la marque portée par la FDSEA 50 avait expliqué le concept. Un concept qui repose sur le triptyque solidarité/proximité/économie. Lancée officiellement en septembre dernier à la foire de Lessay(50) en présence du ministre de l’Agriculture, Cœur de Normandy poursuit son bonhomme de chemin tout en consolidant ses bases. 300 points de vente jouent le jeu et les projets fleurissent (teurgoulle, glace, extension de la gamme  lait...). Et la synthèse pour Daniel Génissel. « Personne ne croit en la baguette magique qui va tout régler du jour au lendemain mais intégrer les coûts de production pour la fixation des prix agricoles est intéressant », a conclut le président de la CRAN (Chambre Régionale d’Agriculture de Normandie).

40 % de filles au EPLEFPA Le Robillard
Ne dites plus « lycée agricole du Robillard » mais « l’EPLEFPA du Robillard » a souligné dans ses propos introductifs Claudine Leguen, directrice générale des lieux. Un établissement qui forme chaque année 380 jeunes, 180 apprentis et distille 5 0000 heures de formations adultes. Côté chiffres toujours, 30 % des jeunes sont issus du milieu agricole et le taux de féminisation est de 40 %. L’activité équine explique en partie ce niveau.

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