L'Agriculteur Normand 15 mars 2016 à 08h00 | Par T.Guillemot

Casse-tête porcin: investir pour durer

Au GAEC de La Bauquière (50),le prix de vente du porc couvre tout juste les coûts de production. Mais attention, pas d’annuité à rembourser. Ça change tout mais ça ne pourra pas durer.

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«Si on n’investit pas, les résultats techniques vont tout doucement se dégrader. Or, de bons résultats techniques, c’est cela qui nous permet de tenir la route» analyse François Capelle qui mène avec Stéphane et Antoine les destinées du GAEC de La Bauquière à Guehébert (50).
«Si on n’investit pas, les résultats techniques vont tout doucement se dégrader. Or, de bons résultats techniques, c’est cela qui nous permet de tenir la route» analyse François Capelle qui mène avec Stéphane et Antoine les destinées du GAEC de La Bauquière à Guehébert (50). - © TG

llll Malgré une crise qui dure depuis trop longtemps, François Capelle tient bon le manche. Au sein du GAEC de La Bauquière (3 associés et 3 productions) à Guéhebert (50), il gère l’atelier porcin de 180 truies naisseur - engraisseur démarré il y a 35 ans. «On travaille à zéro sachant qu’il n’y a pas d’annuité à rembourser sur cet atelier», confie-t-il.

On travaille à zéro
Et de faire ses comptes. «1,11 €/kg ce jour en prix de base + 0,14 à 0,15 €/kg de plus-value musculaire, ça nous fait du1,25 ou 1,26 €/kg pour un coût de production sur les 6 derniers mois de 1,27 €/kg, main-d’œuvre comprise». Opération blanche donc et si les chiffres ne virent pas dans le rouge, c’est tout simplement que sur son atelier porc, le GAEC de La Bauquière n’a plus d’annuité à rembourser. Dans quelques jours, François Capelle pourra ajouter une plus-value supplémentaire de 0,04 €/kg pour un porc sans antibiotique. Un tout petit plus qui ne changera rien à la donne. Pas question cependant de baisser les bras. «Vu mon âge, je n’ai pas envie d’arrêter la production porcine. Si j’avais plus de 50 ans, je verrais sans doute les choses différemment».

Obligés d’investir...
Autant paradoxal que cela puisse paraitre, c’est par l’investissement que l’avenir est envisagé. «Si on n’investit pas, les résultats techniques vont tout doucement se dégrader. Or, de bons résultats techniques, c’est cela qui nous permet de tenir la route».  La réflexion est en cours. «On se donne quelques années pour réinvestir». Le temps, par exemple, que les annuités liées à l’atelier lait soient digérées. Le GAEC de La Bauquière n’a pas mis tous ses œufs dans le même panier (porc, céréales et lait).   Cela amène sans doute un peu de sérénité, mais cela ne fonctionne durablement aussi que si au moins une des productions tire son épingle du jeu. Une remontée des cours est donc un passage obligé.

... mais avec une remontée des cours
La crise porcine a démarré en 2007 avec l’envolée du prix de l’aliment. Le prix du porc n’a pas suivi. L’embargo russe n’a pas arrangé les choses. «Mais il ne faut cependant pas tout lui coller sur le dos, estime François pour qui il y a un problème de prix de vente à la consommation en France. «On trouve du porc espagnol, c’est rageant alors qu’on produit de la qualité en France dans le respect de l’environnement mais ces normes ne sont pas valorisées à la vente». Au consommateur d’assumer ce qu’il veut en d’autres termes mais un consommateur peut-être aussi un peu déformé par le tube cathodique. «Marre des émissions destructrices sur France 5», déplore notre éleveur. Au GAEC de La Bauquière, pas d’antibiotique et ailleurs, beaucoup moins que ne le font croire les médias. «Nous faisons tous preuve de rigueur sanitaire, de rigueur dans la gestion des bandes...»

- © TG

PAROLE D’EXPERT : Xavier Trincot (Président de l’ARIP)
« L’Angleterre produit 35 % de sa consommation. Le reste, ils vont le chercher ailleurs ». C’est en ces termes que Xavier Trincot, président de l’ARIP (interprofession régionale porcine) pose la question du devenir de la production porcine en Normandie et, par extension, en France. Si les éleveurs sont aux premières loges de cet enjeu, des milliers d’emplois amont et aval sont également concernés, sans parler de «l’indépendance alimentaire qui constitue une vraie arme».
Dit autrement, veut-on se contenter en France de produire les 20 % de produits segmentés (bio, label...) et déléguer à des pays tiers les 80 % de production standard ?

Combler un déficit de compétitivité
Si la réponse appartient aux politiques, du côté des producteurs, on a déjà tranché dans le lard. C’est un «oui» massif d’autant plus qu’il concerne toutes les productions animales. «Nous avons besoin, au sens noble, d’une production de masse pour répondre à la demande du consommateur», souligne Xavier Trincot. Mais pour résoudre l’équation, la production de masse à la française, confrontée à la mondialisation et donc à la réalité économique, doit gagner quelques points de compétitivité. Un impératif pour cela : gommer les distorsions de concurrence au moins avec nos voisins européens. Cela passe par du social, du fiscal, de l’environnemental (...) harmonisés. Après, elle saura faire à condition toutefois de raisonner filière. «Nos maillons sont très dépendants les uns des autres. S’il faut travailler sur un porc Normand, on le fera mais on doit disposer chez nous d’un outil d’abattage sinon ça va être dur de communiquer sur le sujet», illustre à titre d’exemple Xavier Trincot. «Même chose si on nous demande un porc nourri à la farine d’orge». La porcherie normande a donc de l’avenir sous condition. Rendez-vous le 25 à Caen pour appréhender d’autres solutions. Cochon qui s’en dédit !

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