L'Agriculteur Normand 03 février 2016 à 08h00 | Par T.Guillemot

CCC : "on peut penser qu'on est dans le creux de la vague"

« On peut penser qu'on est dans le creux de la vague. On souffre mais à l'étranger aussi ». Les membres du CCC (Club des Cochonniers qui Cogitent) se sont réunis le 13 janvier pour débrieffer la crise porcine. Ils se retrouveront en assemblée générale le 17 février à Sées (61). Ils veulent encore y croire. Rencontre avec Marc Simoën, président de cette association atypique qui privilégie la relation humaine.

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Marc Simoën et Rémi Bunel : “la performance technique est importante mais ce n’est pas la réponse à la crise. Nos charges et nos contraintes sont plus importantes qu’à l’étranger”.
Marc Simoën et Rémi Bunel : “la performance technique est importante mais ce n’est pas la réponse à la crise. Nos charges et nos contraintes sont plus importantes qu’à l’étranger”. - © TG

En présence de spécialistes du Crédit Mutuel et du Cefiga (centre de gestion), les éleveurs de porcs fédérés au sein du CCC ont posé leurs chiffres sur la table lors de leur réunion annuelle du 13 janvier ayant pour thème : « Evaluation économique et financement des élevages porcins ».

1,56 € de prix de revient
Premier chiffre posé, le prix de revient. Il s’établit à 1,56 € « alors qu’on vend le kg à 1,05 €. On perd 25 € par porc par rapport à l’an dernier soit 60 000 € sur un an pour un élevage moyen », calculent Marc Simoën et Rémi Bunel. « Il y a de quoi devenir morose. On poursuit notre activité mais, pour la génération d’après, on ne sait pas de quoi sera fait l’avenir de nos élevages ». Comment en est-on arrivé là ? « En Allemagne, c’est 150 à 200 truies par personne. En France, 100. Outre-Rhin, une ferme de 1 000 vaches, voire plus, ne pose aucun problème à personne (...). Nous n’avons pas modernisé nos outils alors que les Espagnols et les Allemands l’on fait. Il ne sera pas facile de rattraper ce retard. On fait durer nos bâtiments mais les résultats techniques s’en ressentent et nos conditions de travail sont déplorables (....). Ce n’est pas difficile de nous mettre un genou à terre puisqu’on ne peut quasiment pas faire de rétention. Tout juste une semaine, et encore, pas tous (....). » Pas de fatalité donc. Les causes de ce marasme sont multifactorielles et d’y ajouter au passage « certains faux culs de séminaristes de la grande distribution ».

Un lâchage de l’élevage ?
Pour la France et particulièrement le Grand Ouest, la production porcine s’apparente à une bérézina. C’est presque tout autant vrai pour les autres secteurs de l’élevage. «Il y a une part de cynisme sur lequel on ne peut pas mettre de noms. Des forces économiques, des forces financières, qui souhaitent la disparition de l’élevage conventionnel au profit de niches ou du tourisme. Peut-être même que ça arrange nos élus ?, s’interroge Marc Simoën. Faire du porc dans le Perche, c’est compliqué. Mais attention, si on ne fait rien, la production porcine dans l’Orne va disparaitre ».
Que l’on ne s’y trompe pas cependant, le CCC n’est pas un club de vieux « ronchons ». « Nous sommes de petits Gaulois, s’amuse Rémi. Notre motivation d’éleveur est intacte. Notre métier est passionnant. C’est un métier de gestionnaire, de précision, de maîtrise. Quand on a un problème sur l’exploitation, on ne cherche pas un bouc émissaire. On joue les Nestor Burma pour mener l’enquête et comprendre le problème. On a une obligation de résultats ».
Et puis, l’Orne a ses atouts avec sa production de céréales qui peuvent être autoconsommées en production porcine. Ses surfaces d’épandage pour le lisier généré. Non pas un effluent, mais un coproduit valorisé.

Arriver à se refaire
« On a l’expérience des crises mais, auparavant, elle ne durait qu’un temps limité et on pouvait se refaire, conclut Marc Simoën et d’espérer « que nous sommes au creux de la vague ». En attendant, les Bonnets Roses ont fait leur apparition il y a peu. «C’est le témoignage d’une situation très grave et silencieuse. C’est la plus dangereuse».


Le CCC, dont "bienvenue" est le maître mot,  est ouverte à tous  .
Renseignement au 06 81 50 35 15.

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