L'Agriculteur Normand 22 février 2016 à 08h00 | Par Jean LIEVEN - Terres Inovia

Charançons de la tige du colza : discrets mais dangereux

Ce ravageur quitte ses quartiers d’hiver à la faveur de journées calmes, ensoleillées et de températures autour de 9-10° C. Les perturbations actuelles apportant pluies et vent, parfois en rafales, font pour l’instant office d’obstacle.

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Dégâts de charançon de la tige du colza.
Dégâts de charançon de la tige du colza. - © (Terres Inovia)

La colonisation des parcelles peut être précoce et très progressive ou au contraire, tardive, plus franche et massive (comme en 2015 dans la région). Mais surtout pour compliquer les choses, le charançon de la tige du colza est difficilement observable sur les pieds de colza.

Règle n°1 : cuvette jaune obligatoire

A ce jour, seules de rares captures ont été enregistrées, dans le sud de la région. La mise en place d’un réseau de pièges reste le meilleur indicateur pour détecter les arrivées du ravageur et appréhender le risque encouru par la culture. Les cuvettes doivent être positionnées à hauteur de végétation. Car après avoir gagné la parcelle, bon nombre de charançons vivent cachés sous le couvert et y poursuivent leur activité d’alimentation et reproduction. Il devient alors difficile de les remarquer. En plus des cuvettes jaunes, le service proPlant, disponible gratuitement sur www.terresinovia.fr représente un bon outil prévisionnel d’alerte.

Des dégâts directs et indirects

Les œufs déposés par le charançon dans les tiges engendrent potentiellement de graves dégâts, d’autant plus apparents (tige éclatée ou déformée) que la ponte s’effectue dans une tige en croissance rapide. D'une manière générale, même sans gros dégâts apparents, les pontes sensibilisent les plantes aux stress ultérieurs et limitent leurs capacités de compensation. Une attaque de méligèthes ou un stress hydrique sur un colza affaibli préalablement par le charançon de la tige sont ainsi généralement plus dommageables. La sensibilité du colza à certaines maladies fongiques peut aussi être augmentée.

- © (Terres Inovia)

Bien comprendre le risque

Le risque repose sur la présence d’insectes aptes à pondre conjuguée à la présence de tiges tendres (colza en cours de montaison). Après quelques jours d’occupation de la culture, les femelles, considérées comme aptes à pondre, cherchent à pondre en piquant la zone de la tige la plus tendre. Le risque potentiel pour la plante débute donc dès l'apparition des premiers entre-nœuds (stade C2) et se poursuit jusqu'à la fin de la montaison (stade E). Cette année, l’avance très importante des stades du colza doit inciter à une vigilance particulièrement précoce. Par ailleurs, le début d’année 2016 discrimine fortement les variétés sur le critère de la précocité à reprise de végétation. A prendre en compte également.

Opter pour une lutte préventive

En période de risque, la lutte vise à limiter au maximum le nombre d’adultes avant l’entrée en ponte des femelles. Pour ce ravageur, aucun seuil d’intervention n’est établi. Le nombre d’insectes piégés dans la cuvette n’est absolument pas corrélé à la gravité du risque. La seule présence du ravageur dans les parcelles constitue une menace.

Vigilance !

La tactique de lutte doit forcément se fonder sur les relevés rapportés par les réseaux de cuvettes jaunes (BSV ou autres) et le stade du colza (colza en cours de montaison). La règle consiste à intervenir dans les 8 jours qui suivent les premiers signalements de captures. Il est parfois difficile de protéger le colza sur la totalité de la période de sensibilité. Il faut chercher à trouver le meilleur compromis entre stade du colza, dynamique de captures et conditions optimales de traitements. Une bonne dose d’intuition est souvent nécessaire pour faire le bon choix.

Gare aux résistances et aux auxiliaires !

Les cas de résistance aux insecticides pyréthrinoïdes tendent à se développer (pucerons, méligèthes, charançons du bourgeon terminal et depuis 2015 : altises). Pour préserver les insectes auxiliaires et limiter le risque de sélection de ravageurs résistants, il convient de proscrire tout traitement hâtif ou systématique à des fins purement sécuritaires. Au printemps, afin de limiter la pression de sélection, si cela s’avère nécessaire, ne pas épandre plus de 2 insecticides du même mode d’action même contre 2 insectes différents. Respecter la réglementation et les règles de décisions de lutte contre l’ensemble des ravageurs du colza.

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