L'Agriculteur Normand 03 avril 2018 à 18h00 | Par Solene Lavenu

Clément Lebrun : parole d’engagé

À 46 ans, Clément Lebrun est installé depuis dix huit ans. En Gaec sur une ferme laitière d’abord, et avec des allaitantes, ensuite. Et, il compte encore davantage d’années de syndicalisme. Chez les Jeunes agriculteurs et à la FNSEA du Calvados. Engagé localement, le responsable du canton de Dozulé croit, avant tout, au dialogue pour faire évoluer les situations. Rencontre avec une force. Tranquille.

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- © SL

>> Pourquoi être syndiqué à la FDSEA du Calvados ?
Je me suis engagé avant même d’être installé. À l’époque, j’étais « aide familial » et je suis entré au conseil d’administration des Jeunes Agriculteurs. Je trouvais important de m’impliquer dans la vie du métier et de donner mon avis, mes envies… De plus, je ne côtoyais pas d’autres agriculteurs. Cela m’a permis d’en rencontrer et de prendre conscience de toutes les problématiques rencontrés, de connaitre toutes les structures… Avant, je ne connaissais rien ! Et une fois qu’on a mis un pied dans le monde syndical, je crois qu’on ne le quitte plus ! Après les JA, je me suis donc engagé à la chambre de l’agriculture et à la FNSEA. 

>> À l’heure actuelle, quel est votre principal combat ?
Je pense qu’il y a beaucoup de choses à faire au niveau départemental. En partant du local, nous pouvons faire bouger les choses. Et c’est pour améliorer, à petites échelles, nos conditions de travail, que j’ai signé. Par exemple, les nuisibles sauvages sont l’un des fléaux du coin sur lesquels nous devons et pouvons agir. Nous rencontrons les chasseurs, mais aussi la DDTM pour qu’elle accorde davantage de battues administratives ! Beaucoup de sangliers, blaireaux… sont sur des terrains privés en friches où les chasseurs n’ont pas l’autorisation de chasse. Il y a aussi le problème de l’Échinococcose, la maladie du renard, qui est apparue dans le Calvados et qui rappelons-le peut être mortelle pour les agriculteurs. Il faut trouver des solutions à tous ces problèmes. Et je crois que c’est par le dialogue qu’on peut en trouver. Chacun doit comprendre les problématiques des uns ou des autres pour qu’on puisse coexister en bonne intelligence. 

>> Une vingtaine d’années de combat, quel souvenir gardez-vous ?
Il y a des bons moments en manif, c’est une occasion de nous retrouver. Mais, il y a aussi des moments difficiles. Avec des personnes vraiment à bout ! La crise du lait en 2009, par exemple, a vraiment été, pour tout le monde, un moment douloureux. La division entre les agriculteurs, c’est ce qui m’a le plus marqué.
Il y a aussi évidemment, ce qui se passe en ce moment. Parce que ce sont des collègues, mais aussi des copains qui sont actuellement en jugement pour les dégâts occasionnés lors de la manifestation de 2015. La situation des agriculteurs est très difficile. Beaucoup sont sous pression financière constante. Alors je ne suis pas pour les débordements, mais avec le phénomène de groupe et le désespoir, on peut comprendre les quelques bennes de lisiers déversées !

>> Justement, la forme des actions syndicales doit-elle changer ?
J’ai évolué avec l’âge. Et je pense, aujourd’hui, que les blocages ne marchent pas. Même si on fait perdre de l’argent à une grande surface ou à une centrale d’achat, nous n’en gagnons pas pour autant ! Notre image est alors écornée et ça ne résout finalement rien. Je suis davantage pour des opérations péages gratuits, par exemple. Mais aussi et surtout, je suis pour le dialogue et la compréhension de l’autre. Je vais peut-être passer pour quelqu’un d’utopiste, mais j’ai l’impression que nous pouvons résoudre quelques problèmes de cette manière. En commençant par résoudre le problème localement. Nous avons par exemple, ici à Dozulé, rencontré le directeur d’Intermarché de Dives sur Mer. Nous avons écouté ses problématiques et nous avons exposé les nôtres. Peut-être que ça n’occasionnera aucun changement, mais il va aussi peut être davantage réfléchir à nos conditions de travail ou exposer nos discussions à d’autres directeurs…. Nous devons également expliquer nos pratiques sur les réseaux sociaux par exemple. Ou même accueillir les gens dans nos fermes ! Mais c’est toujours difficile de faire venir les visiteurs, alors qu’ils y reviennent toujours avec plaisir !

>> Vous êtes également engagé dans d’autres organisations, pouvez-vous nous en dire un mot ?
Je suis en effet, à la caisse locale du Crédit agricole, secrétaire du groupement d’employeurs du 14, président du service de remplacement de la Vallée de la Dives et enfin président de Bois haienergie 14, une association dont le but est de valoriser le bois. Je m’implique dans les boîtes où je suis adhérent finalement.
C’est assez naturel, et je pense que tout le monde doit s’impliquer, localement, à hauteur du temps qu’il a à donner. Mais c’est ainsi que les choses bougent. Quand tout le monde participe !

>> Comment voyez-vous l’avenir de l’agriculture ?
Les villes se développent, et j’ai du mal à imaginer l’agriculture de demain. Je pense qu’on aura toujours une place, mais nous devons communiquer sur nos métiers et nous adapter aux problématiques actuelles, comme la protection de l’environnement par exemple… C’est bête à dire, mais nous devons répondre à la demande du consommateur !

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