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Clément veut monter sa bergerie

Si le Calvados compte seulement 91 éleveurs de moutons, Clément Debargue n'est pas découragé. Bien au contraire, il a bien l'intention de s'installer dans le Bocage virois en faisant de la production ovine une activité complémentaire de l'exploitation laitière, de son future associé.

© SB

Pour s’installer, Clément Debargue mise sur les moutons. À 25 ans, il a trouvé un associé, une activité complémentaire pour permettre son installation sur une ferme laitière. Les moutons cohabiteront avec les vaches. Son projet n’a rien de farfelu. Le jeune homme a déjà derrière lui une belle expérience. “Pendant mes études au lycée agricole Le Robillard à Saint-Pierre-sur-Dives, j'ai été vacher sur la ferme de l’établissement. Et à l'issue de ma formation, au lieu de poursuivre en licence, j'ai continué au lycée pendant cinq ans comme responsable du troupeau laitier et du verger” explique-t-il. Le milieu agricole ne lui était pas inconnu auparavant. Ses parents étaient à la tête d'une exploitation ovine. “J'ai baigné dans les moutons tout petit” sourit-il. L'idée d'avoir son propre cheptel ne l'a jamais lâché. Aujourd'hui, il est à deux pas de passer à l'action. La semaine dernière, il a sélectionné 75 mères dans la région d'Orléans, 75 bêtes qui arriveront sur l'exploitation à Montchauvet prochainement. “Il n'y a plus que l'accord de la banque à obtenir” lâche le jeune.

Miser sur la prolificité
Clément Debargue est un passionné. Cela ne fait aucun doute. Il attend avec impatience l'arrivée de ces brebis de race romanov, des animaux d'origine russe, croisés avec un bélier Bérichon du Cher. “C'est une race rustique, maternelle et prolifique, une notion primordiale à la rentabilité de l'élevage”, précise l'éleveur. Et pour améliorer encore le troupeau, il va acquérir des béliers charolais, réputés pour leurs caractéristiques bouchères. “C'est ce qui fait le revenu de l'agriculteur” conçoit Clément.
Ces agnelles ont déjà leur bâtiment, un bâtiment sous-utilisé. Elles iront paître dans une parcelle de 7 ha, elle aussi sous valorisée, et ce dès le début juillet. Et en décembre, normalement, pas moins de 110 agneaux sont attendus.

Tester son caractère
Ce cheptel viendra compléter l'exploitation de Colin Georges, lui-même installé depuis 18 mois, et qui a pris Clément Debargue en contrat de parrainage depuis le début du mois d'avril. “Ceci dans le but de s'associer” précise le jeune stagiaire. Ce contrat permet de “tester les différents outils, mais aussi le caractère. Il faut avoir plaisir à travailler ensemble” note Clément. Si à l'issue de cette période d'un an, “nous avons des doutes, nous ne prendrons pas le risque. Mais pour l'instant, ça nous plaît bien. Il faut que notre travail soit un épanouissement personnel” assure le jeune homme. Adossée à une ferme de polyculture élevage, l'activité ovine permet de “ne pas mettre tous les oeufs dans le même panier” et de pallier à des variations de cours d'une production ou d'une autre. 

Une vision commune
Les deux jeunes, âgés de 25 et 26 ans, partagent déjà une vision commune de l'agriculture. “Nous ne partons pas sur un système intensif”, précise Clément Debargue. Bien sûr, “il faut avoir un regard économique sur ce qu'on fait. Il faut réussir à en vivre et il faut qu'il y ait du plaisir” assure-t-il. Et par conviction, ils pourraient à terme étudier la possibilité de passer en bio. Aujourd'hui, l'élevage est composé de 80 vaches laitières de race normande, prim'holstein et montbéliarde, représentant 400 000 l de lait, avec 85 ha de cultures et 85 ha d'herbe.

Déterminé
Avec l'agneau, Clément Debargue y trouvera certainement son équilibre. Un choix bien réfléchi et guidé par son enthousiasme. “C'est vrai que la filière n'était pas florissante il y a quelques années. Mais la situation a changé. La Nouvelle-Zélande a diminué sa production parce qu'elle a misé sur l'irrigation et par conséquent la production laitière. Et l'Asie consomme de plus en plus de moutons”, souligne le jeune. À ses yeux, la France peut retrouver une place dans l'exportation. Autres données qui ne lui a pas échappé : la situation de l'hexagone. “La France ne produit que 40 % de ce qu'elle consomme. Et 50 % des éleveurs ont plus de 50 ans”. Alors, “il y a une place à prendre” martèle-t-il.
Clément Debargue veut avant tout redonner le goût de manger de l'agneau et pas seulement à Pâques. “Ce n'est pas seulement deux gigots et deux épaules. On peut très bien manger une côtelette, un tournedos... Et ce toute l'année. J'espère que cette image va évoluer parce que les jeunes générations n'en mangent pas”.

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