L'Agriculteur Normand 01 septembre 2008 à 15h01 | Par Actuagri

Conflit sur le prix du lait en Bretagne - Les éleveurs font reculer Entremont

Après deux semaines d’actions pour dénoncer la baisse du prix du lait décidée par Entremont Alliance pour le troisième trimestre 2008, les producteurs laitiers bretons ont obtenu gain de cause. Le groupe fromager va appliquer la hausse de 49 euros par 1 000 litres, comme les autres entreprises.

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La réaction de Patrice Lepainteur

Les producteurs laitiers de Bretagne sont parvenus à un accord avec le groupe Entremont Alliance sur le prix du lait payé à la collecte, à l’issue d’une réunion entre les représentants des éleveurs et la direction de l’entreprise, le 28 août dans la matinée. Les producteurs ont obtenu la hausse de 49 euros pour 1 000 litres qu'ils réclamaient pour juillet, août et septembre, après deux semaines d’un intense mouvement de protestation. Les producteurs laitiers ont donc fait reculer le numéro 1 mondial du fromage à pâtes pressées cuites, après avoir amplifié fortement leurs actions à la veille des négociations, bloquant sept sites du groupe fromager en Bretagne (voir encadré).

« Besoin de lisibilité »
Le président de la FNSEA, Jean-Michel Lemétayer s’est réjoui que les responsables d’Entremont « aient retrouvé le chemin de la raison ». « Les producteurs de lait ont besoin de lisibilité pour faire fonctionner et développer leur exploitation. Cela nécessite un minimum de stabilité », a-t-il commenté. La FNSEA attend maintenant que le gouvernement dise « dans le cadre interprofessionnel, quels débats doivent être engagés et de quelles marges de manœuvre disposent les différentes parties de l’interprofession » .
Les producteurs étaient d’autant plus déterminés que la décision du groupe fromager de fixer la hausse du prix pour le trimestre à 30 euros pour 1000 litres, intervenait alors que les charges de production, aliment du bétail et énergie notamment, sont élevées. Entremont va finalement payer 330 euros les 1 000 litres comme les autres entreprises, et c’est « une grande satisfaction car la décision d’Entremont avait ouvert une vraie brèche. Si nous avions lâché là-dessus, cela aurait été la fin de toute démarche interprofessionnelle », a expliqué à Agriculture Information, Joël Limouzin, le président de la FRSEA Ouest. Il a appelé à la fin de tous les blocages des sites du groupe fromager.

Plus de réactivité
Cependant, Joël Limouzin souligne que cet accord est « un préalable », obtenu à « la condition d’un engagement de la FNSEA et de la FNPL à avoir plus de réactivité dans les modalités de fixation de prix, dans le cadre interprofessionnel », comme le souhaite Entremont Alliance. Le président directeur général d'Entremont, Christian Mazurais, a salué, lui, un accord « tout à fait constructif » qui va donner « une plus grande réactivité » à l'ensemble des entreprises du groupe, quelque soit leur type de produits fabriqués, face à la réalité économique du moment.
Que renferme cet accord ? Il prévoit que les producteurs et Entremont discutent dès septembre d'un dispositif tenant compte du niveau de prix et du contexte international pour fixer le prix du lait à la collecte au quatrième trimestre 2008. « Pour rester compétitifs, nous devons avoir un prix comparable à ce qui se passe dans les pays voisins et en même temps, pas six mois plus tard », explique Christian Mazurais. « En fait, Entremont a lancé une bouée à la mer pour faire savoir qu’il n’était plus possible pour le groupe de continuer avec ces niveaux de prix par rapport au fromages notamment, et aux prix mondiaux actuels d’autres produits comme le beurre ou la poudre », décrypte Joël Limouzin.

Contractualisation
Entremont Alliance a accusé au premier semestre 2008 une perte de 14 millions d’euros, se défendait son PDG dans Les Echos daté du 28 août. En cause, la chute des cours mondiaux du beurre et de la poudre de lait, après leur flambée en 2007 liée à de plus faibles disponibilités sur les marchés. 35 % du lait collecté par Entremont sont utilisés pour ce type de produits. Mais Henri Brichart, le président de la Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL), demande que la réactivité « joue dans les deux sens » et qu’elle soit appliquée aussi quand les cours sont à la hausse.
Ensuite, une autre étape est inscrite dans l’accord, l’engagement de négociations, selon un calendrier qui n’a pas encore été arrêté, pour mettre en œuvre un système de contractualisation des prix. Les producteurs n’y sont pas opposés. Pour Joël Limouzin, il s’agit de trouver « un dispositif, en cohérence avec la réglementation européenne, qui permette à chaque maillon de la filière d’avoir un revenu décent ». Henri Brichart, lui, souligne que « le prix sera déterminé par rapport à des indicateurs, et nous souhaitons, du côté des producteurs, qu’ils soient objectifs et donnés par l’interprofession ».
Les producteurs s’interrogent en effet sur le rôle que le gouvernement entend donner au Cniel : « Les pouvoirs publics doivent clarifier leurs positions, nous donner un cadre de discussion, sinon on va vers une balkanisation des discussions sur le prix du lait », prévient Henri Brichart. Et de rappeler que les producteurs se sont engagés à plus de réactivité « seulement dans le cadre d’une discussion avec l’ensemble des entreprises ».

Mouvement dans l’Ouest : La pression n’aura jamais cessé

Dans l’Ouest, le mouvement des éleveurs contre la politique du groupe Entremont Alliance a été emmené depuis plus de deux semaines par la Fédération régionale des syndicats d’exploitants agricoles de l’Ouest (FRSEOA), la Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL) et les JA Bretagne. Pour dénoncer le prix du lait payé par Entremont et faire pression sur les négociations prévues le 28 août avec la direction du groupe, le 27 au soir, plusieurs centaines d’éleveurs bloquaient sept sites d’Entremont, dont la plateforme logistique de Brécé, en Ille-et-Vilaine, l’une des plus importantes du groupe fromager dans l’Ouest, et ce jusqu’à l’issue de la négociation. Un premier blocage du site de Brécé avait été entrepris le 18 août, mais les manifestants avaient évacué les lieux le 20, après la menace d’une intervention des forces de l’ordre. Les autres sites bloqués ont été l’usine de transformation de Malestroit, et les sites Entremont de Montauban-de-Bretagne, Quimper, Carhaix, Loudéac et Guingamp.

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