L'Agriculteur Normand 06 octobre 2010 à 14h53 | Par Jean-Claude DORENLOR Chambre d’Agriculture de la Manche

Conjoncture - Prix des céréales élevé, prix de la viande faible : un contexte difficile pour l’engraissement

Le contexte est à nouveau difficile pour les engraisseurs de taurillons. L’augmentation du prix des céréales et, dans la foulée, de la plupart des aliments du bétail, a une incidence importante sur les coûts de production.

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De plus, cette augmentation arrive dans un contexte de prix difficile pour la viande et la situation fourragère est délicate pour beaucoup d’éleveurs. Aujourd’hui, tous les leviers de maîtrise du coût de production doivent être activés.

Des coûts de production qui vont augmenter de 10 à 15 %, sans garantie de hausse du prix de vente

Les augmentations du prix des céréales, des maïs sur pied et de la paille, ont une incidence sur le coût alimentaire de l’ordre de 135 € pour un taurillon charolais de 420 kg et de 150 € pour un taurillon laitier de 350 kg. Ramené au kg de carcasse, c’est l’équivalent de 0.32 € pour les taurillons de race à viande et 0.43 € pour les taurillons laitiers.

Dans un contexte où les marges taurillon sont déjà estimées insuffisantes au regard des charges de structure générées par la production, le risque de découragement des engraisseurs est réel. Au prix actuel des céréales et du maïs sur pied, les marges dégagées par la vente de ces cultures seront, comme en 2007, pratiquement du même niveau que celles calculées sur les surfaces destinées aux taurillons. De plus, aujourd’hui avec le découplage total des primes, il n’y a plus aucune incitation spécifique au maintien de l’engraissement.

La grande inconnue pour prendre la décision de continuer les mises en place, malgré l’augmentation des coûts de production et parfois le déficit fourrager, est le prix de vente des taurillons l’an prochain. Si les prix restent sur les mêmes bases que ceux de cette année, la rentabilité de l’engraissement sera faible.

Des prix d’intérêt avant rémunération de la main d’œuvre et amortissements  de 2.90 € pour les veaux laitiers et de 3.30 € pour les taurillons de race à viande

La question qui se pose aujourd’hui aux engraisseurs est à quel prix revendre les taurillons pour ne pas perdre d’argent par rapport à la vente des céréales stockées et des maïs prévus pour l’atelier d’engraissement.

Sur la base de veaux laitiers holstein à 100 €, de broutards charolais de 300 kg à 750 €, et de céréales à 180 € la tonne, le prix de vente devrait être de l’ordre de 2.80 € pour les taurillons laitiers et de 3.30 € pour les charolais. Ces prix objectifs sont calculés pour des performances correctes mais sans prendre en compte la rémunération du travail (0.20 à 0.30 €/kg) et sans intégrer les amortissements des installations en place (0 à 0.30 €/kg). Depuis un an, les taurillons charolais se sont vendus autour de 3.20 € le kg de carcasse et les taurillons holstein autour de 2.60 €.

Cela souligne que, dans un contexte d’aliments du bétail chers, la production de taurillons de race à viande d’un bon potentiel de croissance et de conformation est préférable à celle de veaux laitiers dont les performances et les classements sont logiquement limités. Cependant, ce constat sous-entend que les risques sanitaires liés à l’introduction de broutards soient correctement maîtrisés.

Ce type de calcul souligne aussi la relation entre l’intérêt économique de la production de taurillon et le prix des céréales.

L’autre élément important du calcul est le prix des broutards et des veaux. Cependant, la baisse du prix du maigre ne peut être une solution compte tenu des difficultés économiques rencontrées par les naisseurs.


Les leviers de maîtrise des coûts de production doivent être tous activés

Il est évident aujourd’hui, dans un contexte toujours haussier du prix des céréales, que la maîtrise commerciale et technique de l’atelier d’engraissement doit être parfaite.

Le premier levier sur lequel les éleveurs peuvent agir est le prix du veau et du broutard. Tout d’abord, si les veaux ou les broutards sont nés sur l’exploitation ou achetés en direct chez un naisseur, il y a une première économie à faire sur le prix du maigre et sur les coûts de démarrage des animaux. Cependant, pour que cette économie soit assurée, il est nécessaire que les animaux présentent un bon potentiel de croissance et un état sanitaire correct. En race à viande, le travail en commun entre un naisseur et un engraisseur, sur la durée, est une bonne stratégie. Cela permet de sensibiliser le naisseur à l’intérêt de choix génétiques pertinents pour produire des animaux d’un bon potentiel de croissance, tout en maintenant les qualités élevage de son troupeau reproducteur. L’engraisseur, quant à lui, peut espérer recevoir des animaux d’un potentiel de croissance connu et dans de bonnes conditions. Par ailleurs, concernant la production de veaux laitiers, il est important de constituer des lots en fin d’été, quand les veaux ne sont pas chers, et de vendre à partir de 16 mois, en début d’année, avant la baisse saisonnière des cours. Dans un contexte d’alimentation chère, pour un taurillon holstein, le gain de poids carcasse obtenu au delà de 350 kg carcasse couvre à peine le seul coût alimentaire.

L’autre levier important est la maîtrise du coût alimentaire. Les éleveurs qui ont la chance d’être proches des usines produisant des co-produits de qualité (sucrerie, usine d’éthanol, brasserie...) peuvent se fournir en produits humides tels que les pulpes et les drèches, à des prix compétitifs. Pour les éleveurs situés loin de ces usines, il y a aussi des possibilités de contrat en aliments déshydratés.

Les périodes difficiles sont aussi l’occasion de se rappeler les fondamentaux de l’alimentation des taurillons.

- Assurer des transitions alimentaires.

- Faire consommer suffisamment de paille pour une bonne rumination.

- Assurer une complémentation azotée autour de 100 g de PDI par UFV. Moins de 90 g, c’est prendre le risque d’une baisse de performance coûteuse. Plus de 100 g, c’est augmenter inutilement le coût alimentaire. A ce titre, le tourteau de colza et les drèches sont compétitifs par rapport au tourteau de soja.

- Bien raisonner le prix des concentrés achetés en tenant compte de leur valeur alimentaire. Dans ces périodes d’instabilité des prix des matières premières, il y a des écarts significatifs selon les produits.

 

Ne pas compromettre l’avenir

Dans les situations difficiles comme celles du moment, il est important de ne pas compromettre l’avenir de l’exploitation.

Les éleveurs laitiers en situation de déficit fourrager, sans possibilité d’achat d’aliments à des prix abordables, doivent privilégier le troupeau laitier et ajuster le nombre de taurillons produits aux stocks disponibles afin d’éviter une coûteuse rupture de stocks. De la même façon, les naisseurs engraisseurs qui manquent de stock, peuvent aussi décider de vendre leurs broutards au sevrage ou alourdis. La demande italienne permet encore des prix corrects sur ce type d’animaux. Les éleveurs qui n’ont pas de problème particulier de stocks sont tentés de maintenir leur volume habituel de production tout en étant très vigilants sur les choix techniques et commerciaux.

Par contre, sur le long terme, si le prix des céréales devait rester élevé, voire très élevé comme en ce moment, seule une augmentation significative du prix de la viande serait de nature à stabiliser la production de taurillons dans les élevages de l’ouest. Les discussions sur une contractualisation à la hauteur des coûts de l’alimentation, de l’investissement et de la rémunération du travail vont dans ce sens.


Prix d’intérêt

Prix objectif au kg carcasse pour un même résultat entre la valorisation des surfaces par la production de jeunes bovins et par la vente de cultures.

La formule

(Prix du maigre + charges opérationnelles/JB + charges de structure spécifiques*/JB + marge brute culture sur surfaces consacrées/JB)/Poids de carcasse

*Les charges de structure sont celles directement générées par l’activité bovine (carburant, entretien matériel et bâtiment, frais financiers court terme, divers frais généraux). Elles peuvent être calculées avant ou après rémunération de la main-d’œuvre et amortissement des bâtiments.

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