L'Agriculteur Normand 12 janvier 2011 à 14h04 | Par Isabelle DE LA BORDE Chargée d’études économiques, Chambre d’agriculture de Seine-Maritime, Groupe Economie et Prospective des Chambres d’Agriculture de Normandie

CONJONCTURE - Prix du blé : des prévisions difficiles à court terme !

Pourquoi la flambée des céréales 2010 n’avait-elle pas été prévue ?

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Après une campagne 2009/2010 de prix bas, le retournement du marché des céréales en juillet 2010 a déjoué tous les pronostics de fin de campagne. Avant flambée, malgré une analyse reposant sur des paramètres objectifs et communs, les prévisions divergeaient quelque peu entre les experts. Pour la plupart des analystes, les fondamentaux purement céréaliers (rapport offre/ demande, niveau de stocks, …) ne devaient pas être déterminants sur les cours 2010/2011, laissant plutôt la place à des paramètres économiques exogènes comme la parité euro/dollar, annoncée comme essentielle, les cours de l’énergie, la logistique et les marchés financiers. La qualité européenne des blés et les disponibilités mondiales en maïs étaient identifiées comme des inconnues pouvant peser sur l’orientation du marché. La mesure de la volatilité sur le cours du blé en mai et juin 2010 n’avait alerté ni les marchés, ni les opérateurs ! (graphique 1).


Retour des fondamentaux…

Il faut dire que dans tous les pays du monde, et sur toutes les productions, la nature avait été généreuse depuis 2008. Mais, dès juin 2010, le climat s’est acharné : canicule autour de la Mer Noire (principale cause de la flambée), inondations au Canada (qui ont affecté les semis de colza et de céréales de printemps), rendements décevants des maïs américains avec des conditions de récolte difficiles, sécheresse partielle en Argentine et Australie, inondations en Inde, Chine, Pakistan puis en Australie au moment de la récolte… Les effet de la Nina sont évoqués et semblent même se poursuivre sur 2011. Les tensions sur les marchés en ont été les conséquences directes : c’est le retour du “weather market”.La canicule en Russie a transformé le marché du blé en un véritable brasier : 20 Mt de blé ont manqué subitement. Avec les mesures de restriction à l’export des Russes et l’Ukraine et le Kazakhstan, qui connaissaient des problèmes similaires, ce sont 30 % des exportations mondiales qui ont été remis en question. En 4 mois, les perspectives de stocks report mondiaux 2010/2011 pour l’ensemble des céréales ont perdu 40 Mt, soit plus de 8 %. Mais plus que la quantité, c’est la qualité et la disponibilité des marchandises qui ont joué. L’offre d’exportation s’en est trouvée désorganisée. Dans l’attente de la récolte de l’hémisphère sud, seuls les Etats-Unis et la France ont été en capacité d’exporter. Parallèlement la récolte de maïs américain s’est trouvée inférieure aux prévisions de près de 20 Mt. Les stocks de maïs US se sont retrouvé à seulement 8 % de la demande, sur un marché déjà structurellement tendu depuis plusieurs années par le plan éthanol. La situation inquiétante du maïs a encore accentué la tension sur le marché du blé.

Une hausse pourtant annoncée par les prévisions à long terme

Trois organismes publient annuellement des prévisions à long terme sur les prix des produits agricoles : l’USDA, le FAPRI et la FAO (en collaboration avec l’OCDE). Ces trois organismes annoncent régulièrement des tendances haussières sur le marché des céréales depuis plusieurs années : les prévisions du FAPRI et de la FAO convergent autour des 220-230 $ à 10 ans (prix négoce à l’export) celles de l’USDA annoncent 175 $ pour la même période (prix au producteur).Dans l’établissement de ses prévisions à long terme, la conjoncture du moment joue évidemment un rôle important. Cette influence de la conjoncture est bien illustrée par les chiffres du FAPRI concernant le blé (graphique 2).Toutefois, ces prévisions intègrent surtout les fondamentaux des marchés en mesure d’influencer durablement les cours. Même après la baisse des cours de 2009, les prévisions haussières apparues en 2007 ont été maintenues par ces modèles. Le retour d’un épisode de hausse tend à conforter les projections élevées qui avaient été faites dans les rapports des années précédentes. Ces projections avaient été étayées de constats sur les bilans par produits, et trouvaient une justification objective à ces hausses : en particulier le programme éthanol américain interagissant avec la hausse du pétrole, avec un effet sur l’ensemble des végétaux (souligné par FAPRI), et le développement de la consommation en Asie (consommation carnée : souligné par OCDE-FAO).Les projections de ces organismes sont donc à interpréter comme des tendances de moyen terme. D’après les auteurs de ces projections eux-mêmes(1), il est illusoire d’afficher des prévisions année par année. D’autre part, ces études ne donnent pas d’indication sur la variabilité des prix à venir (indice de variabilité inter annuelle par exemple, ou fourchette haute/ basse). Les stocks mondiaux de céréales, même s’ils sont remontés depuis 3 ans, tendent à rester en de ça de niveaux antérieurs (1995-2005). Cela suggère pour l’avenir une variabilité plus forte des prix, le même événement (climatique, politique, etc.) ayant un impact plus marqué sur fond de stocks faibles que lorsqu’ils sont abondants.

(1) : Jacinto Fabiosa, FAPRI, Colloque Pluriagri, déc. 2008

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