L'Agriculteur Normand 17 novembre 2016 à 08h00 | Par Yves BAILLY-Accompagnateur de sociétés-Médiateur Réseau OT/RH

Construire le changement

Chaque semaine le témoignage de Bruno, un des associés du GAEC. Episode 9.

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« Maintenant je sais observer la structure de mon sol ».
« Maintenant je sais observer la structure de mon sol ». - © Réseau OT/RH des Chambres d’agriculture de Normand

Depuis plusieurs semaines, Bruno, éleveur dans le département de la Manche, nous fait part de son expérience de vie en société. Le personnage de Bruno est fictif mais son témoignage s’inspire de faits réels rencontrés dans les sociétés agricoles. Dans cet épisode, Bruno aborde la question de la dynamique du changement au sein de son GAEC.

« De plus en plus, je suis acteur des évolutions de mon exploitation ». La remarque de Bruno, associé imaginaire, est surprenante dans une période où tout agriculteur à l’impression de subir de plus en plus de multiples contraintes et de ne plus être maître de son destin. Bruno nous explique, comment cette volonté de maitriser le changement se traduit sur son exploitation.

Un intérêt pour le sans labour
Ma fille, Aurélie, a toujours été sensible aux questions relatives au sol. Dès son installation dans le GAEC, elle s’est inscrite à un groupe sur les techniques culturales. Elle est devenue « accro ». De retour de réunion, elle m’évoquait les bienfaits des lombrics sur la structure du sol et le plus qu’apporterait le sans labour sur l’exploitation. De mon côté, j’étais sceptique. Je considérais l’intérêt de ma fille comme une lubie mais pas comme une technique pouvant être développée au sein du GAEC. Je peux même dire que j’avais des craintes que les parcelles se salissent et que la levée des cultures soit compromise.

Un essai sur l’exploitation
Il y a 5 ans, au retour d’une de ses réunions, elle m’a indiqué qu’elle souhaitait introduire le « sans labour » sur l’exploitation. Sa demande m’a laissé interrogatif. Remettre en cause la pratique ancestrale du labour était, pour moi, une révolution. Ma fille a été tenace. Elle m’a expliqué que chaque membre de son groupe avait décidé de prendre en main un essai et qu’elle ne pourrait pas y déroger. A force d’échanges entre nous, elle a fini par briser ma réticence. J’ai donné mon accord pour une phase expérimentale. Si l’essai était convaincant sur plusieurs années, je m’engageais à étendre la pratique à l’ensemble de l’exploitation.

Des éléments positifs
Pour le moment, j’observe un gain sur le temps de travail et sur la consommation de carburant. De son côté, elle me dit observer des effets bénéfiques sur la structure du sol. J’ai plus de mal à m’en rendre compte. Par contre, je vois qu’il faut être très pointu techniquement : les interventions doivent être faites sur un sol ressuyé et Aurélie passe beaucoup de temps à observer les parcelles. Ma fille est enthousiaste. Si je la laissais faire, la charrue serait déjà revendue et toute l’exploitation serait en semis direct. Malgré tout je me suis pris au jeu et j’observe, avec intérêt, tout ce travail. Il m’arrive même d’accompagner ma fille aux réunions de son groupe.

Se fixer un cap
La démarche initiée par ma fille modifie ma vision du développement de l’exploitation. Il ne s’agit pas seulement de transposer sur la ferme les évolutions techniques qui ont marché ailleurs. Nous allons au-delà de l’information en devenant acteur : nous construisons, nous-même, le changement en partageant, avec d’autres, nos propres expériences. Toute évolution doit-être en phase avec l’ambition du GAEC. Pour Aurélie et moi, elle est clairement identifiée : l’exploitation doit dégager du revenu pour nous permettre de vivre et de renouveler nos outils de production ; nous sommes également très sensibles à nos conditions de travail ainsi qu’au respect de l’environ-nement.

La semaine prochaine : Episode 10 : Performance ou déclin ?

Série d’articles réalisée avec la participation financière du Conseil départemental de la Manche et du CasDAR


Avantage de la société : partager les projets…
La mise en société permet d’émettre des idées, de confronter les positions, de relativiser ou de renforcer ses points de vue. Elle facilite le changement car il est plus facile d’oser à plusieurs. Il peut s’agir de créer une activité qu’il aurait été difficile de développer autrement (nouvel atelier, activité commerciale ou touristique), de faire évoluer des pratiques ou plus simplement de réaliser des investissements qui améliorent le fonctionnement de l’exploitation.


…à condition d’être d’accord pour les mener ensemble
Développer de nouveaux projets, petits ou grands, c’est s’interroger sur la façon dont s’opère la prise de décision au sein de la société et d’aborder la question en l’absence d’accord entre les associés. Dans cette situation, la meilleure posture est souvent la discussion : poser les choses, évoquer les différentes possibilités avec leurs avantages et leurs inconvénients. Souvent, la solution devient alors une évidence. Attention également aux conflits générationnels, en particulier dans un cadre père/fils : il faut éviter d’attendre une période de tension pour échanger sur la vision de l’exploitation mais au contraire discuter en amont sur les propositions d’amélioration faites par la jeune génération et, éventuellement, les aménager.

Progresser avec les Groupes « lait »
Vous souhaitez réduire le travail du sol et de préserver la qualité de vos sols, en souhaitant peut-être aller jusqu’au semis direct ? Plus globalement vous souhaitez échanger et améliorer vos pratiques culturales ? Vous voulez trouver des réponses technico-économiques, conforter vos choix et partager vos idées ?
Participez à un groupe technique culture. Le travail s’appuie sur la pratique des membres du groupe et l’observation des parcelles.
Contact : Charlotte Gardon
02 31 53 55 06 - c.gardon@calvados.chambagri.fr

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