L'Agriculteur Normand 11 mai 2016 à 08h00 | Par V. Motin

Coopérative Isigny-Sainte-Mère : volume additionnel “cap maintenu”

La nouvelle usine de poudre de lait infantile de la coopérative doit désormais monter en puissance pour capter la valeur ajoutée. L’entreprise a déjà franchi un cap en 2015, en réalisant plus de la moitié de son chiffre d’affaires à l’export. Explications d’Arnaud Fossey, après un an de présidence de la coopérative.

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En avril, Arnaud Fossey a vécu sa première assemblée générale de la coopérative Isigny-Sainte-Mère en tant que président. En 2015, le prix moyen payé au producteur est de 338,04 € (dont 7,54 € de complément de prix) contre 389,57 € lors de la campagne 2014.
En avril, Arnaud Fossey a vécu sa première assemblée générale de la coopérative Isigny-Sainte-Mère en tant que président. En 2015, le prix moyen payé au producteur est de 338,04 € (dont 7,54 € de complément de prix) contre 389,57 € lors de la campagne 2014. - © VM

>> Après votre première année de présidence de la coopérative Isigny-Sainte-Mère, quel bilan tirez-vous de cet exercice ?
L’année n’était pas facile pour débuter un mandat. Après la réelle effervescence de 2014, la donne a hélas changé.

>> Le découragement pointe dans les campagnes. Parmi vos adhérents, combien d’entre eux ont fait le choix d’arrêter la production laitière ?
Il n’y en a pas à Isigny. Je n’ai pas connaissance d’éleveurs qui se réorientent vers les céréales. Cependant, cela ne signifie pas que nos adhérents ne rencontrent pas de difficultés. Nous en sommes conscients. 

>> Les éleveurs ont parfois l’impression d’être les seuls à subir la crise. Comment le ressentez-vous au niveau de la coopérative ?
Mon rôle est bien de représenter les producteurs. Mais, nos marges de manœuvre sont faibles. Ma priorité est de valoriser au mieux le lait. Notre chiffre d’affaires est en baisse de 6 %. Cette chute s’explique par l’effondrement de la poudre basique. Notre gamme traditionnelle nous permet de nous rattraper. Les beurres et les crèmes fonctionnent bien. Et aujourd’hui, nous avons un beau chantier sur la poudre de lait infantile.

>> Sur leur fermes, les producteurs sont parfois contraints de raisonner au jour le jour, comment les accompagner ?
En 2015, le prix payé au producteur est d’environ 338 €/1000l. Aux 2 €/1000 litres de ristourne pour l’exercice 2015, nous y ajoutons 3 euros de ristournes provisionnées en 2013 et 2014. Le conseil d’administration a souhaité que ces sommes, mises de côté pour les années difficiles, soient rapatriées. Elles seront versées courant mai. Je comprends les attentes des coopérateurs. Aussi sur nos fermes, nous devons impérativement connaître nos coûts de production. Nous proposons donc un service “Ecolait” pour accompagner les éleveurs dans ce sens.

>> La coopérative a publié un résultat net de 5,7 millions d’euros. Soit une hausse de 91 %. Comment s’explique ce chiffre dans le contexte actuel ?
Nous avons eu des incidents techniques sur l’une des nouvelles tours de séchage. Nous avons été indemnisés pour les incidents techniques et la perte d’exploitation. L’enveloppe touchée est d’environ 4 M€.

>> La nouvelle usine de poudre de lait infantile a connu des problèmes techniques. Sont-ils totalement résolus ?
Le chantier s’est très bien déroulé. Il s’est achevé en un temps record : 18 mois. En revanche, nous avons peut-être sous-estimé la complexité d’une telle mise en route. C’est un A380, notre usine ! En fin de chantier, nous avons été confrontés à un incident technique. Une tour était hors service. Nous n’en sommes absolument pas responsables. Nous avons perdu 6 mois. 2016, 2017 sont des années stratégiques pour la coopérative. La production a débuté en juin 2015. Elle monte en puissance, mais l’usine est loin d’être saturée. Ce n’est pas réalisable du jour au lendemain. Nous avons un plan sur 4 ans. Je me répète : la marge de manœuvre est étroite. Nous commençons le remboursement d’un outil qui ne tourne pas à plein régime. Les premiers résultats sont encourageants. L’usine est conçue pour être performante sur le lait infantile et non la poudre classique. L’objectif reste bien sûr de trouver la meilleure valorisation de nos laits écrémés. 

>> En 2015, 42 % du chiffre d’affaire de la coopérative est réalisé avec la poudre de lait “infantile”. La poudre de lait “classique” représentait encore 11 %  du CA, avec une usine qui ne tournait pas à plein régime. Regrettez-vous d’avoir dit à vos adhérents de produire plus ?
Non. Je maintiens notre politique. Nous sommes la seule coopérative française à avoir donné 20 % de lait additionnel et en prix A. Ce n’est pas rien. Il ne s’agit pas d’une fuite en avant. Ces volumes additionnels s’intègrent dans notre stratégie de développement. Certains nous envient. J’ai des demandes d’adhésion sur mon bureau. Aujourd’hui, 12 % de ces volumes ont été réalisé. Ce lait supplémentaire ne bénéficie pas, pour l’instant, d’une rémunération suffisante. Nous investissons pour demain afin de donner des perspectives à nos producteurs. Nous maintenons donc cet objectif de 20 % de plus.

>> En tant que président, vous avez découvert les relations avec votre partenaire chinois. L’entente est-elle toujours au beau fixe ?
Je suis passionné par les activités internationales. J’ai vécu un an à Londres. Alors à Isigny, je me régale. Je peux aujourd’hui dire que la relation avec notre partenaire chinois est excellente. Nous sommes  «gagnant-gagnant». Ce partenariat nous assure un contrat de 15 ans et un cofinancement du projet. Mais, l’usine reste la nôtre. Un réel climat de confiance existe. Je rencontre régulièrement le patron de Biostine. D’ailleurs, il est venu sur mon exploitation, il y a 3 semaines.

>> Quel est son rôle lors des conseils d’administration ?
C’est pour lui une source d’information. Et c’est normal puisqu’il a investi dans le projet. Tout se déroule normalement. Seul changement, le conseil d’administration est réalisé en visioconférence en lien avec Hong-Kong.  

>> Ne craignez-vous pas de devenir dépendant de Biostine ?
Non, non et non. Stratégiquement, il est hors de question de travailler avec un client unique. C’est beaucoup trop risqué. Nous réaliserons un tiers de notre activité avec eux sur le lait infantile. Ramener à l’ensemble du chiffre d’affaires de la coopérative, c’est raisonnable. Déjà présent dans plus de 40 pays, nous avons d’autres pistes : Amérique du Nord et ceinture sino-asiatique (Vietnam, Indonésie). L’Afrique est aussi un continent auquel il faut porter un intérêt.

>> Le développement de la coopérative passe aujourd’hui par l’export ?
C’est une tendance depuis plusieurs années. Pour la première fois, la coopérative a atteint le cap de 51 % de son chiffre d’affaires à l’export. Notre salut vient de là.

>> Les industriels laitiers français se regroupent, fusionnent. Est-ce une question d’actualité pour vous ?
À moyen terme, non. Je ne dis pas  «jamais». Pour l’instant, j’ai une vision très claire de la stratégie de notre entreprise pour les 5 ou 10 prochaines années. Nos deux gammes sont sur deux marchés différents. Nous sommes bien présents à l’international avec des produits premiums. Le risque est bien réparti.

>> Quel est l’impact de l’embargo russe pour la coopérative Isigny-Sainte-Mère ?
Nous ne vendions pas de grosses quantités de beurre là-bas. En revanche, l’Allemagne ou les Pays-Bas n’y ont plus exporté leurs produits. Ils se sont donc réorientés vers la poudre. Cet afflux a contribué à l’effondrement des cours.

>> Sur le marché français, les négociations avec la grande distribution s’apaisent-elles ?
C’est toujours compliqué. Les négociations devaient être bouclées avant la fin du mois de février. Avec l’une des enseignes, nous avons terminé le 29 février à 22 heures. Des baisses ont, certes, été accordées. Cependant, leur niveau reste acceptable. Je constate que les dernières mobilisations syndicales nous ont aidées.

>> Que pensez-vous de l’idée des négociations tripartites ?
Nous sommes dans une coopérative. Je représente déjà les producteurs lors des négociations. 

>> Quelle est votre position sur la cessibilité des contrats des producteurs ?
Nous ne voulons pas créer de marché de gré à gré. Nous souhaitons préserver un lien au foncier qui colle à l’image de notre coopérative. Tout passe par la commission des volumes. Ce travail est parfois compliqué, même s’il est nécessaire. Même les cas particuliers doivent coller aux règles. Je veux que l’équité soit respectée. J’en fais un principe ! 

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