L'Agriculteur Normand 07 décembre 2011 à 10h42 | Par T.Guillemot

CRAN - L’écologie scientifique défend une agriculture productive

Michel Griffon, agronomiste et économiste, a plaidé devant les élus de la Chambre Régionale d’Agriculture de Normandie réunis en session vendredi dernier pour une agriculture écologiquement intensive.

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Pour Michel Griffon (au micro), de nouvelles opportunités s’ouvrent à l’agriculture. “De plus en plus de monde à nourrir donc plus de céréales à produire et à exporter dans certaines régions de la planète. Des biocarburants à développer en réponse à la rareté du pétrole. Un besoin en nouvelles molécules pour la fabrication de fibre en lignine à destination de la plasturgie... A condition de produire de la qualité”.
Pour Michel Griffon (au micro), de nouvelles opportunités s’ouvrent à l’agriculture. “De plus en plus de monde à nourrir donc plus de céréales à produire et à exporter dans certaines régions de la planète. Des biocarburants à développer en réponse à la rareté du pétrole. Un besoin en nouvelles molécules pour la fabrication de fibre en lignine à destination de la plasturgie... A condition de produire de la qualité”. - © TG
Grâce à Michel Griffon, l’adjectif “productif” n’est plus un gros mot. Ce Berrichon de racine à la carrière internationale d’exception (plus de 50 pays à son actif professionnel) le fait même rimer avec “écologique”. A la question, “peut-on avoir une agriculture moderne et hautement environnementale ?”, il répond droit dans ses bottes : “c’est compatible avec l’écologie scientifique et non pas avec l’écologie politique”. Et de considérer : “c’est l’agriculture qui doit prendre à bras-le-corps les questions environnementales”.

Une cinquantaine de fonctionnalités à doper
Au-delà d’un discours rassembleur mais sur lequel rebondissent les élus normands en ce qui concerne son volet économique, Michel Griffon aborde le dossier de l’agriculture à HVE (Haute Valeur Environnementale) avec beaucoup de pragmatisme. “Inventer une agriculture en mécanismes écologiques diversifiés et en amplifiant les mécanismes naturels. Quelque chose qui n’a jamais été fait, plaide-t-il. Une cinquantaine de fonctions peut être mise à profit”.
Entrant dans le vif du sujet, c’est l’interculture qu’il cite en premier exemple. “En semant au printemps, en récoltant en été et en laissant le sol nu en hiver, on n’utilise que 40 % de son potentiel. Il faut donc privilégier un couvert végétal permanent avec notamment des légumineuses pour fabriquer de l’azote. Cela permet de recharger aussi les sols en matières organiques”. Autre exemple avec les produits insecticides dont on peut considérablement diminuer l’utilisation grâce aux lois naturelles. “Il faut créer des habitats aux prédateurs des ravageurs. Je connais un agriculteur en Vendée, 350 ha, qui cultive une trentaine de plantes différentes autour d’un réseau raisonné de haies. Depuis 10 ans, il n’utilise plus aucun insecticide.”
Et contre les mauvaises herbes ou les maladies, on fait quoi ? “Il n’est pas question de se passer de l’assurance d’un fongicide ou d’un herbicide. L’objectif n’est pas de les interdire mais de les diminuer”.

Différent de l’AB
Loin de vouloir opposer les genres, Michel Griffon fait le distinguo avec l’AB pour laquelle il éprouve cependant un profond respect. L’Agriculture Biologique est faite de contraintes. Pas l’agriculture écologiquement intensive. Pour lutter contre les adventices, en AB on laboure. Surtout pas dans son système : “le labour est une technique très gourmande en énergie et qui émet beaucoup de gaz à effets de serre. Un jour, on va le taxer”. L’Agriculture biologique, avec ses performances mondiales, ne permet pas de nourrir la planète considère notre scientifique. Mais, “l’agriculture super intensive, raisonnée, le tout OGM..., ça ne marche pas non plus”. Voilà pourquoi il faut emprunter de nouvelles pistes sur la base d’une ingéniérie se nourrissant des connaissances acquises et à venir de l’AB tout autant que des nouvelles technologies. Les Chambres d’Agriculture ont à ce titre un rôle à jouer.
Et il y a urgence. Le réchauffement climatique, la rareté du pétrole et de l’azote, une demande alimentaire mondiale qui va crescendo, les attentes sociétales (...), constituent autant de clignotants orange qui risquent de passer rouge si l’agriculture, mais aussi tous les autres pans de l’économie, ne s’y préparent pas. De nouvelles contraintes vertes ? “Non de vraies opportunités de développement”, rassure Michel Griffon.

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