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Cultures en avance : quelles conséquences ?

25 janvier 2012 Elodie JOUANNEAU Clémence ALIAGA ARVALIS - Institut du végétal Vu 358 fois


Dans la région, les semis ont été réalisés en moyenne entre début octobre et mi-novembre.

- © S. LEITENBERGER

De par les températures douces que nous avons eu jusqu’à ce jour, les cultures sont aujourd’hui fortement développées et ont environ 8 jours d’avance par rapport à une année “normale”. Ce contexte de semis précoce couplé à un début de campagne doux nécessite d’adapter la conduite des cultures et en particulier la fertilisation azotée et le désherbage.


Quels sont les risques ?

Pour les parcelles semées tôt, l’avance des stades et le fort tallage des cultures augmentent les risques vis-à-vis d’un certain nombre de facteurs agro-climatiques :

- l’avance des stades pourrait exposer davantage les cultures au risque de gel courant montaison. En effet, la plante devient sensible à des températures négatives inférieures à - 4° C à partir du stade épi 1 cm. L’accident se traduit par une destruction des tiges les plus développées. Cette destruction pourrait toutefois être compensée par les nombreuses talles présentes ;

- le développement végétatif abondant des cultures dans certaines situations est un facteur aggravant vis-à-vis des risques de verse, de pression de maladies (oïdium, …) souvent déjà présentes en culture. Un excès de végétation fragilise également les cultures face à la sécheresse ou à des excès thermiques de fin de cycle.


Quelles conséquences sur la conduite des cultures ?

Eviter au strict minimum les apports d’azote précoces

Aujourd’hui, de par le fort développement végétatif des cultures il faut rationner les cultures pour ne pas entretenir de talles inutiles et accroître le risque de verse et de maladies.Certaines cultures peuvent montrer ou vont bientôt montrer des signes de carence en azote (cas d’orges développées notamment) et la tentation de faire un premier apport va vite se faire sentir. Ces jaunissements sont normaux compte-tenu des biomasses et des quantités d’azote absorbées, et des rayonnements assez faibles des derniers jours. Néanmoins, rien n’indique que les cultures manquent effectivement d’azote ; au contraire, rationner les cultures au stade tallage dès maintenant pour éviter des couverts encore plus exubérants est préférable pour limiter les risques de verse et le développement trop important des maladies.Dans les semaines à venir, le repositionnement des apports d’azote sera nécessaire en fonction des stades d’avancement de cultures et de leur rythme de développement. La première des précautions à prendre sera donc de limiter au strict minimum les apports d’azote précoces. Dans bon nombre de cas (parcelles avec de bonnes implantations et de bons tallages), aucun apport d’azote n’est à envisager avant mi-février. Dans les situations exubérantes, il sera préférable de supprimer le premier apport d’azote et de conserver les doses prévues pour des apports plus tardifs (courant montaison). Les apports tallage seront réservés aux blés peu développés en sortie d’hiver avec un apport maximum de 40 u. A l’heure actuelle, aucun apport d’azote n’est à envisager avant mi-février.

 

- © Source : 4e Programme d’action directive nitrates

Désherber avant de fertiliser

Les bonnes conditions de l’automne ont permis dans de nombreuses parcelles de bénéficier d’un premier désherbage. Pour celles qui n’ont pas été encore désherbées, il est indispensable de désherber avant de fertiliser. Le retour des températures douces est favorable au désherbage des céréales pour les parcelles ressuyées. Quelques précautions doivent toutefois être prises pour s’assurer de l’efficacité et de la sélectivité des produits et respecter la réglementation.

- Si aucun désherbage n’a été réalisé jusqu’à présent (cas rares), les adventices levées à l’automne sont aussi très développées et le désherbage devient prioritaire. Les doses de produits doivent être adaptées aux stades des plantes les plus avancées.

- De nombreux désherbages ont été réalisés cet automne. Malgré tout, certaines parcelles justifient des compléments tant en dicots que graminées dès que possible.

- Lorsque l’on vise les dicots, il est préférable aujourd’hui de s’orienter sur des produits systémiques (type Mextra … ou produits à base de sulfonylurées…) qui seront plus efficaces sur des plantes développées que des produits de contact stricts comme le Brennus+, Arbalete … à appliquer sur plantes jeunes. (NB : il n’est plus rentable de viser les véroniques lorsqu’elles sont fleuries : leur nuisibilité directe s’est déjà exercée).

- Contre les vulpins et ray-grass développés, il faut s’orienter vers les foliaires qui sont peu exigeants en températures (Archipel, Atlantis, Abak, Axial Pratic…) dès que possible en fonction de l’état de salissement de la parcelle (en tendance des adventices très développées). Pour les folles avoines, la gamme de produits peut s’élargir aux Fops.


Diagnostiquer le risque de verse

Pour les parcelles très proches du stade Epi 1 cm et à fort risque de verse (un nombre de tiges conséquent), l’application d’un chlorméquat chlorure (type Cycocel C5) pourrait s’envisager, dans le cadre d’un programme, en attendant toutefois le retour d’une période douce (T min > -1° C dans les jours suivants et des Tmoy proches 8/10° C). Si le temps froid persiste, il est préférable de reporter la régulation sur des stratégies de mi montaison (à partir de 1 nœud).Pour les autres parcelles, n’ayant pas encore décollé, on peut attendre pour décider d’éventuelles applications en fonction du risque (trop tard, à 1 nœud, on n’utilise plus le C5 or c’est ce qui coûte le moins cher).Pour les orges d’hiver, il n’y a pas de produits homologués pour des applications aussi précoces sans risque de phytotoxicité.


Surveiller les maladies

Aujourd’hui, de l’oïdium et de la rouille jaune sont observées dans certaines parcelles de céréales. Leur présence est d’autant plus importante que la végétation est dense. Actuellement, aucune lutte contre les maladies n’est à envisager. Celle-ci s’est toujours avérée non rentable avant le début montaison quel que soit les maladies. Des traitements foliaires permettent certainement de retarder le développement des maladies, mais restent très largement moins efficaces que les mêmes traitements réalisés au printemps. Ils ne sont donc pas rentabilisés. Cependant, nous vous invitons à garder une attention particulière d’ici la montaison (observation, modélisation, bulletin de santé du végétal, …).

 

 

 
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