L'Agriculteur Normand 11 mai 2011 à 15h04 | Par Anne-Sophie HERVILLARD Anne PLOVIE ARVALIS - Institut du végétal

Culture - Lutte contre la fusariose des épis : à l’approche de la floraison, être prêt à intervenir si nécessaire

La présence de fusariose est préjudiciable pour le rendement et la qualité sanitaire. Il est important d’en maîtriser le risque.

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Les symptômes de fusariose apparaissent longtemps après la contamination, durant le remplissage des grains.
Les symptômes de fusariose apparaissent longtemps après la contamination, durant le remplissage des grains. - © DR

L’année 2011 est particulièrement précoce pour les floraisons, stade sensible aux contaminations. Avec 10 à 15 jours d’avance, les floraisons auront lieu au cours de la 2e quinzaine de mai. La décision de traiter devra tenir compte à la fois du risque parcellaire et du climat à venir. Dans les situations nécessitant une intervention, il faudra veiller à bien positionner le traitement au stade début floraison avec un volume de bouillie suffisant (> 150 l/ha).


2011 : plus de 10 jours d’avance sur les floraisons

Les stades des blés avancent vite en Basse-Normandie et le stade dernière feuille étalée a été atteint entre fin avril et début mai dans la majorité des parcelles. Les températures cumulées excédentaires depuis le début du mois de mars, renforcées par endroit par le déficit hydrique, ont abouti à une montaison “éclair” qui se termine avec près de 15 jours d’avance par rapport à une année médiane ! En conséquence, la floraison des blés aura lieu cette année en mai (deuxième décade).

- © ARVALIS-Institut du végétal

Le climat du mois de mai sera déterminant pour décider des situations à traiter

La lutte contre la fusariose des épis ne doit pas être systématique. Elle doit être raisonnée à la parcelle en fonction du système cultural (variété, précédent, travail du sol) et des conditions climatiques de l’année. Pour aider à la décision, une grille de risque agronomique (ci-contre) a été établie sur la base de nombreux résultats d’essais. Son utilisation permet à chacun de s’évaluer.Si les conditions climatiques du mois de mai restent défavorables à la fusariose (absence ou faible pluie entre l’épiaison et la floraison) alors seules les parcelles en précédent maïs conduites en non labour avec des variétés moyennement sensibles ou sensibles justifieront un traitement spécifique contre la fusariose (parcelles en risque agronomique 5 ou 6).Dans les autres parcelles, le traitement anti-fusariose devient inutile. Si un traitement avait été prévu dans le programme initial, il faut évaluer le besoin de remplacer l’anti-fusariose par une intervention spécifique contre la septoriose. Dans les parcelles les plus précoces et terres superficielles correctement protégées au stade dernière feuille étalée, un traitement contre la septoriose ne sera pas nécessaire a priori car à ce stade la fin du cycle approchera vite. Pour les blés en sols profonds, la persistance du traitement à dernière feuille risque d’être insuffisante pour protéger les feuilles jusqu’au bout, surtout en cas de retour de conditions contaminantes. Un traitement dans les 5 à 8 jours suivants le début de la floraison pourra être envisagé, avec un antiseptoriose spécifique à dose réduite (ex : opus 0.3 à 0.5, Joao 0.3, …).En revanche, si les conditions climatiques étaient amenées à se dégrader (climat humide pendant la période épiaison - début floraison, maintien d’une forte hygrométrie), les situations qui justifieront un traitement spécifique anti fusariose seront plus nombreuses (parcelles en risque 2b et au-delà dans la grille de risque) :

- variétés sensibles derrière colza, céréales ou protéagineux ;

- tous les blés derrière maïs sauf les variétés peu sensibles derrière un maïs labouré ou les variétés moyennement sensibles derrière un maïs fourrage labouré. Généralement, les printemps cumulant plus de 4 jours de pluies dans les 10 jours qui encadrent la floraison sont des années à haut risque.


Une fenêtre d’intervention courte de 4 à 5 jours : le stade début floraison

Les résultats d’essais ont montré que les meilleures protections anti-fusarioses ne dépassaient pas 50 % à 60 % d’efficacité pour un bon positionnement. Cette efficacité modeste se dégrade très rapidement en dehors du bon stade d’intervention.Le stade “début-floraison” (quelques étamines sorties dans la partie médiane des épis) est le stade clé pour le traitement qui vise prioritairement les fusarioses. Pour se repérer, il faut retenir que le début floraison a lieu en moyenne et habituellement 8 jours après l’épiaison pour les variétés précoces. Cette année, compte tenu des conditions chaudes et sèches actuelles, la floraison pourrait suivre de plus près l’épiaison. Attention, la période de floraison et la fenêtre d’intervention est courte : 4 à 5 jours en moyenne. Au-delà, on considère que le positionnement n’est plus le bon et que la rentabilité du traitement n’est plus forcément assurée.


Minimum 150 l/ha de bouillie

Même si les produits utilisés pour protéger l’épi contre les fusarioses sont systémiques, leur mobilité exclusivement ascendante autorise peu de redistribution dans l’épi. Mais surtout l’épi en position verticale est une cible difficile à atteindre. Pour assurer une bonne couverture, les essais conduits par ARVALIS-Institut du végétal ont montré que le volume de bouillie par hectare est le facteur essentiel, quelle que soit la buse utilisée. Il est recommandé d’appliquer un volume de 150 l/ha minimum pour maximiser les efficacités.

La sortie des premières étamines au milieu de l’épi marque le stade “début floraison”, stade optimal pour l’application des traitements anti-fusariose.
La sortie des premières étamines au milieu de l’épi marque le stade “début floraison”, stade optimal pour l’application des traitements anti-fusariose. - © DR

Choisir un produit polyvalent efficace contre la fusariose et la septoriose

Comme le positionnement, le choix du fongicide a aussi son importance. En particulier en Basse-Normandie, la solution anti-fusariose doit également être un bon anti-septoriose (ma-ladie n°1). Les solutions à base de metconazole ou de prothioconazole répondent à cette exigence (ex : Caramba Star, Joao, Prosaro ou Osiris Win).Pour 2011, notre choix s’orientera de manière privilégiée vers le meilleur rapport efficacité/prix à savoir le Prosaro (ou Piano) à la dose de 0.6 l. A défaut, on s’orientera vers les autres solutions polyvalentes en veillant à maîtriser le coût.
Prosaro : une nouvelle référence technique et économique du marché des anti-fusarioses2010 et 2011 ont vu l’arrivée de nouvelles spécialités efficaces : Prosaro (ou Piano), Osiris Win (ou Korema), Topsin 500 SC (ou Cercobin)… Ces dernières innovations dépassent sans discussion les spécialités plus anciennes Caramba Star ou Horizon, mais souvent à des coûts qui, à résultat technique équivalent, ne permettent pas d’assurer un meilleur retour sur investissement. Seul le Prosaro à base de prothioconazole (comme dans le Joao) et tébuconazole (comme dans l’Horizon) fait exception.Testé depuis 2004 dans nos essais, Prosaro a largement montré ses qualités de spécialiste de la fusariose. Dans les essais où F. graminearum était dominant, Prosaro devance significativement le témoin Horizon. Les résultats supérieurs, même à demi-dose, confirment la robustesse du produit. Avec un prix indicatif de 48 €/l, Prosaro 0.5 l (24 €) procure une efficacité similaire, un rendement en tendance supérieur et une qualité sanitaire équivalente à Horizon 1 l (32 €). Comparés aux autres produits, aux doses préconisées pour lutter contre la fusariose dans les situations à risque fusariose fort, Prosaro 0.6-0.8 l (29-39 €) présente les mêmes efficacités que Osiris Win 2-2.4 l (46-55 €) ou encore Joao 0.5-0.6 l (39-46 €), pour un coût inférieur.

Traitement contre la fusariose : réponses à vos questions

L’utilisation de buses à injection d’air dégrade-t-elle l’efficacité des traitements anti-fusariose ?Non - Même si les buses à injection d’air font de plus grosses gouttes que les buses à fente classique, les résultats d’essais ont montré que le type de buse n’était pas un facteur déterminant de l’efficacité. L’utilisation de buses à injection d’air n’est pas préjudiciable à condition que les applications soient réalisées à des volumes supérieurs à 80 l/ha. 
Y a-t-il un intérêt à utiliser des adjuvants dans la lutte contre la fusariose ?Non, les adjuvants sont rarement rentables dans cette situation. Actuellement, les adjuvants ne se justifient ni pour l’efficacité ni pour le rendement. Rappelons que nos essais ont toujours montré une tendance favorable aux volumes de bouillie les plus élevés. Ainsi, il peut être judicieux de rajouter 50 l/ha d’eau plutôt que d’investir dans un adjuvant aux effets incertains et très aléatoires.
Que penser des buses doubles fentes ?Aucun gain significatif d’efficacité n’a été mis en évidence dans nos essais avec l’utilisation de buses doubles fentes qui couvrent mieux les épis, par rapport aux buses classiques. Leur utilisation n’est pas pour autant déconseillée. Attention cependant aux risques accrus de dérive et de bouchage avec certaines d’entre elles. Le choix des systèmes double buses ou double fentes à injection d’air nous semble préférable.
Est-il plus intéressant d’encadrer la floraison que d’intervenir en un passage ?L’une ou l’autre des techniques se valent. L’encadrement de la floraison permet de diviser le traitement prévu en 2 applications. La première est réalisée au stade début floraison et la deuxième 7 à 8 jours après. Dans la plupart des cas, cela revient à fractionner la dose en deux fois, ou d’appliquer deux produits différents chacun à demi dose. Il faut savoir que les meilleures efficacités sont toujours obtenues pour des applications uniques proches de la période de contamination. Cependant le fait d'appliquer deux fois du produit permet d’augmenter les chances d’intervenir au bon moment si les contaminations sont multiples. Attention cependant à des pluies trop fréquentes qui empêcheraient le relais dans les 7 jours et qui cette fois-ci dégraderait la protection.

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