L'Agriculteur Normand 27 novembre 2013 à 08h00 | Par Bertrand OMON Ingénieur agro-environnement

Culture - Penser rotation des cultures sur votre exploitation : pourquoi et comment ?

Notion agronomique ancienne apprise dans vos formations agricoles, la rotation réapparait parmi les réponses à des questions actuelles. S’agit-il d’un effet de mode ? D’un nouvel “impératif technique” ? Quelles sont les raisons de s’y intéresser ? Comment s’en servir et avec qui ?

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- © CA NORMANDIE

Comprendre ce qui s’est passé à propos des rotations, afin de les remobiliser avec l’agronomie

Un retour sur l’évolution des systèmes de cultures ces dernières décennies met en évidence une simplification, parfois extrême, de ceux-ci (1 ou 2 cultures). Le contexte économique favorable à certaines cultures, couplé à une recherche phytosanitaire performante (nouvelles molécules), ont souvent dicté et sécurisé les choix de l’agriculteur, s’affranchissant ainsi de l’agronomie.La diminution des productions animales a également contribué au retournement des prairies et à l’arrêt de cultures fourragères (betteraves, maïs, luzerne) réduisant les rotations, la biodiversité et la fertilité naturelle des sols.Aujourd’hui, l’accroissement des bioagresseurs (mauvaises herbes, maladies) et le dépassement des seuils en nitrates (> 50 mg/l) et de certaines molécules dans les captages d’eau interpellent les agriculteurs et doivent constituer un début de réflexion sur le changement de système.


Les raisons actuelles de mobiliser la rotation en agriculture : champs cultivés et systèmes de culture, lieux des interactions et objets d’échanges pour l’agronome et l’agriculteur

Pour l’agronome, le champ cultivé (la parcelle) est l’objet de travail avec l’agriculteur qui y prend des décisions et les met en œuvre. C’est donc le lieu des interactions entre le sol, le climat et le peuplement végétal sous l’effet des pratiques décidées et appliquées par l’agriculteur. A l’échelle d’un ensemble de parcelles conduites de manière identique ou très proche, on parle de Système de culture.- Un 1er niveau de caractérisation (celui qu’il faut remobiliser) : la rotation et les autres éléments structurant de nature pluriannuelle comme le travail du sol profond ou non, le labour ou SL, la taille des parcelles ou les éléments fixes extérieurs (éléments de nature pluriannuelle).- Un second niveau de caractérisation, plus habituel pour les praticiens : les itinéraires techniques annuels pratiqués sur chacune des cultures qui appartiennent au système de culture. (Sebillotte 1979).Le système de cultures permet donc de coupler les moyens de production (matériel, main d’œuvre, foncier, travail du sol) aux facteurs de production (intrants). Lorsque l’on parle système de culture, c’est donc sa stratégie qu’il faut reconsidérer : investissement matériel, conduite culturale, diversité de cultures.La rotation est donc à considérer au sein du Système de culture, et il faut éviter  de retenir des règles généralistes du type “allonger les rotations”, et plutôt considérer en bon normand “ptet ben qu’oui, pte ben qu’non, ça dépend !”.Outre sa durée, la nature des cultures et leur ordre sont les descripteurs de la rotation. Vous êtes nombreux à considérer à “ne pas avoir de vraie rotation”. Certes, elles ne sont pas toujours figées, mais lorsque l’on cherche avec vous à les retrouver dans le passé, certains éléments structurant se dégagent et “font rotation” : pas de blé/blé, une culture de printemps parfois et du TCS ou bien   labour et une betterave tous les 6 ans, ou bien encore une prairie temporaire de 4 à 6 ans suivi de un ou 2 cycles de maïs-blé... Cette connaissance, enrichie des autres éléments du Système de culture, permet d’aider à un diagnostic de la situation agronomique actuelle.


L’approche Système de culture permet de décrire les liens entre les pratiques passées ou envisagées et de comprendre leurs effets

Globalement, lorsque l’abandon de raisonnement à l’échelle de la rotation (et donc du système de culture) est le plus fort, et que la spécialisation des cultures est la plus forte, alors la spécialisation  des bioagresseurs et des besoins est en retour la plus forte également. Quelques exemples pour l’illustrer :- les besoins croissants en azote et en phosphore (non renouvelable) ;- une augmentation de la pression  maladies : la spécialisation des champignons pathogènes est avérée dans de nombreux cas : maladies des racines sur blé-phoma du colza-rhizomanie de la betterave-cortège de pathogènes sur le lin-mildiou sur pomme de terre-aphanomyces euteiches non connu et apparu sur pois suite,  à des rotations très courtes ;- davantage de ravageurs et de nématodes : pour les nématodes, ils sont inféodés à la parcelle et les seuls moyens de lutte sont agronomiques.Les limaces sont à la fois favorisées par la présence de colza et ses repousses dans les rotations, combiné à un de travail du sol simplifié.Enfin les autres ravageurs sont présents à une échelle plus large, celle du grand territoire, et là c’est la combinaison de rotation et systèmes de culture identiques qui amènent à la spécialisation et au développement des populations de ravageurs. C’est le cas des ravageurs du colza dans leur ensemble, de la pyrale, de la chrysomèle du maïs, et de l’explosion de rouille brune dans les années 80 avec la variété Fidel (région Centre) ;- effet négatifs sur les adventices. C’est sans contexte la catégorie de bioagresseurs pour laquelle les décisions au niveau de la rotation sont les plus déterminantes.Une règle simple à décliner et à adapter sur vos systèmes de culture : despécialiser l’ensemble des pratiques pour despécialiser la flore adventice.Retrouver une maitrise des adventices dans la durée avec moins d’herbicide répond aux questions les plus aigües actuellement : techniques, économiques, environnementales. Les raisons de raisonner au temps de la rotation sont multiples :- limiter le besoin en fertilisants, et par voie de conséquence la consommation en énergie et le rejet en GES (azote minéral 1er poste de consommation d’énergie des systèmes cultivés, et directement et indirectement lié au rejet de N20) ;- maintenir les taux de matière organique des sols pour assurer leur fertilité durablement.

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Travailler sur le temps de la rotation avec les Systèmes de culture : Comment s’y prendre ? Avec qui ?

La construction d’un système de culture doit permettre de gérer les problèmes actuels (décrits ci-dessus) afin de répondre aux enjeux futurs. Pour illustrer ces propos, les enjeux et les objectifs auxquels doi(t)(vent) répondre votre (vos) système(s) de culture sur votre exploitation sont par ex : le bilan fourrager, la surface d’épandage, l’organisation du travail et le nombre de passages en culture, l’organisation du “couple matériel-main d’œuvre”, la délégation de travaux, la période de congé,…).Au niveau des enjeux locaux : ex : la périurbanisation et le mitage de parcelles dans les zones habitées, l’aire d’alimentation de captage, la voirie, l’érosion.Enfin au plan des enjeux globaux : ex : la consommation en énergie fossile non renouvelable et le rejet de gaz à effet serre (GES) ont un effet sur le réchauffement climatique.

Comment s’y prendre ?

- Commencer la construction du système par le niveau de la rotation : la rotation actuelle con-vient-elle à ces enjeux nouveaux ou non ? - Ensuite, décrire des itinéraires annuels prévisionnels renforçant les combinaisons d’effets pour répondre aux enjeux et objectifs retenus. Le dosage de la modification de l’existant, de l’ajustement  à une refonte plus profonde est à considérer au cas par cas (tableau 1).


Avec qui travailler ce sujet agronomique ?

“A froid”, avec des collègues et un accompagnement agronomique.Mener une réflexion  sur son système de cultures et la ou les rotations lui appartenant, suppose de prendre de la “distance” par rapport à sa façon de conduire ses cultures actuellement. Il ne s’agit pas d’accueillir un préjugé bon ou mauvais, mais de s’autoriser une réflexion  par rapport à ce qui est actuel dans ce que vous attendez de cette conduite des cultures.Le temps adapté est plutôt celui de la “morte saison” fin d’automne-hiver.Le regard extérieur de collègues ni trop complaisants, mais sans jamais de jugement de valeur, a fait ses preuves pour renforcer la distance et penser “neuf” (œil extérieur).Vos accompagnateurs, si vous leur en donnez le mandat, doivent vous aider à partager des principes agronomiques, parfois des références, à capitaliser celles de votre entourage professionnel, à formaliser votre travail de réflexion et de construction, à vous aider à porter un pronostic sur les résultats à la fois agronomiques et de performances par rapport aux enjeux retenus (exemple conception Système de culture polyculture et fourrage en Normandie ci-dessous).

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