L'Agriculteur Normand 16 mai 2014 à 08h00 | Par Benjamin POINTEREAU ARVALIS institut du végétal

Culture - Protéagineux : la lutte contre les maladies commence à la floraison

Sur les cultures de protéagineux, la période critique vis-à-vis des maladies commence au stade début floraison et s’achève environ 10 jours après la fin floraison.

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Sur pois, l’anthracnose est la maladie la plus nuisible. (© ARVALIS-INSTITUT DU VEGETAL)

La nuisibilité des maladies sur pois et sur féverole est en moyenne très inférieure à celle qu’on peut observer sur les céréales à paille. Cependant, en cas de conditions humides pendant la floraison, une protection fongicide se justifie, pour éviter les pertes de rendements et conserver la qualité des graines. L’observation des cultures, du stade début floraison jusqu’au stade FSLA (Fin du Stade Limite d’Avortement, tous les grains sont formés), est essentielle pour piloter correctement la stratégie fongicide.


Sur pois, l’intensité d’anthracnose pilote la lutte

Sur pois, le risque principal est celui de l’anthracnose qui se manifeste par un noircissement de la base des tiges et la montée des ponctuations sur le feuillage et les gousses. La maladie ne se développe qu’en condition pluvieuse, qui fait progresser l’inoculum sur les étages supérieurs des plantes. En cas de forte attaque, la perte de rendement en absence de traitement peut atteindre plus de 20 quintaux par hectare. En cas de printemps sec, la nuisibilité peut être très faible.La protection de base reste le chlorothalonil. Cette matière active présente un bon rapport qualité/prix. La dose ne doit pas être inférieure à 1 000 g/ha de chlorothalonil lorsque le produit est utilisé seul. Certains produits associent le chlorothalonil à d’autres matières actives (azoxystrobine, cyproconazole, pyriméthanil). En présence des premiers symptômes, on interviendra une première fois au stade début floraison. Le traitement pourra être renouvelé 10 à 15 jours plus tard si les conditions climatiques sont favorables, notamment en cas de pluie pendant la floraison. Le botrytis et le sclérotinia sont les deux autres maladies qui peuvent causer des dégâts significatifs aux cultures de pois. Le botrytis est à surveiller particulièrement à la chute des pétales, si la floraison se déroule en conditions favorables à la maladie (humidité et température). Il s’agit d’une pourriture grise s’installant d’abord sur les pétales puis sur les gousses. L’intervention est réalisée avec un produit associant chlorothalonil et pyriméthanil (Walabi ou Maori à 1.5 l/ha). Le sclérotinia est plus rare mais semble en recrudescence, notamment dans les rotations avec oléagineux. Il n’y a plus actuellement de produit autorisé en végétation sur pois (tableau 1).

Sur féverole : ne pas confondre anthracnose (à gauche) et
Sur féverole : ne pas confondre anthracnose (à gauche) et - © ARVALIS-Institut du végétal

 


Sur féverole, attention à la rouille en fin de cycle

L’anthracnose peut être présente sur tiges, feuilles et gousses. La perte de rendement peut atteindre plus de 10 quintaux par hectare, en cas de forte attaque. Les jeunes taches sont de petites taches de couleur cendrée diffuse avec un diamètre souvent supérieur à 3 mm. Les taches âgées sont de type “brûlure de cigarette” : pourtour noir, centre clair avec présence de nombreuses ponctuations noires. Par la suite, le centre de ces taches se nécrose, trouant les feuilles. Les tiges sont très rapidement attaquées en profondeur et finissent par casser. Sur les gousses, des nécroses circulaires de plusieurs millimètres et de couleur gris noir, sont visibles à leur surface. Dans les cas les plus graves, les gousses attaquées éclatent, ce qui infecte les graines, et produit des graines tâchées, non vendables en alimentation humaine. De plus, les semences atteintes sont une source de propagation de l’anthracnose.Le botrytis se présente sous la forme de nombreuses petites taches brun-chocolat dispersées sur la feuille, souvent de 2-3 mm de diamètre. Ces tâches finissent par provoquer des nécroses importantes à l’origine de la chute précoce des feuilles. Ce n’est pas une pourriture grise comme sur le pois. Ce champignon provoque une couleur anthocyane superficielle des tiges, mais ne semble pas provoquer de dégâts sur les gousses et les graines. Sa nuisibilité reste en général faible, même si les premiers symptômes peuvent parfois être précoces. Des températures supérieures à 20-22°C, en présence d’une humidité saturante, sont favorables à son développement.Sur les feuilles de féverole, il peut y avoir confusion entre le botrytis et les jeunes tâches d’anthracnose. Il y a rarement plus de 2 taches d’anthracnose sur une feuille, alors qu’en présence de botrytis, on a très vite de nombreuses petites tâches dispersées sur la feuille. Les taches de botrytis sont de couleur plus uniforme que celles d’anthracnose et elles ne présentent pas de pycnides (points noirs).Une intervention se justifie à l’apparition des 1ères tâches d’anthracnose, à début floraison ou au plus tard à DF + 15 jours. Banko 500 à 2.0 l/ha présente une efficacité moyenne. En cas de présence simultanée d’anthracnose et de botrytis, on utilisera un produit Amistar à 0.5 l/ha, Priori Xtra à 0.6 l/ha ou Opéra à 0.5 l/ha, voire une association Banko 500 1.5 l/ha + Amistar 0.4 l/ha.La rouille peut également se développer en fin de cycle, notamment sur féverole de printemps. C’est la maladie la plus nuisible pour le rendement. Un traitement est conseillé à l’apparition des 1ères pustules avec un produit à base de triazole : Horizon EW à 0.5 l/ha. En cas de risque conjugué de rouille et d’anthracnose/botrytis, on associera Banko 500 1.5 l/ha à l’un de ces produits, ou on utilisera Priori Xtra à 0.6 l/ha ou Opéra à 0.5 l/ha.Pour les interventions tardives, il faut être attentif au délai avant récolte (35 à 42 jours selon les produits, voir l’étiquette) (tableau 2).

Anthracnose sur lupin : tige nécrosée et courbure caractéristique.
Anthracnose sur lupin : tige nécrosée et courbure caractéristique. - © Arvalis-Institut du végétal

 


Sur lupin : principalement l’anthracnose

L’anthracnose est la maladie la plus nuisible, sur lupin d’hiver ou lupin de printemps. Elle démarre par petits foyers et se manifeste par des nécroses sur la tige entraînant une courbure du haut de la plante caractéristique. Le traitement de semence Wakil XL est fortement conseillé car il diminue le risque en végétation. Les premiers symptômes en végétation doivent déclencher une intervention avec Amistar (0.8 l/ha). En l’absence de traitement, ou en cas d’intervention trop tardive, la nuisibilité est forte (plus de 10 quintaux par hectare). Une attaque de rouille, plus rare, peut être maîtrisée avec une triazole (tébuconazole ou metconazole).

Mélanges fongicide + insecticide à la floraison : des précautions à prendre

Durant la floraison ou au cours des périodes de production d’exsudats, les mélanges contenant au moins un produit insecticide de la famille des pyréthrinoïdes (ex. Karaté Xpress) et un produit fongicide de la famille des triazoles (ex. Opéra ou Priori Xtra) sont interdits.De plus, durant la floraison ou au cours des périodes de production d’exsudats, un délai de 24 heures doit être respecté entre l’application d’un insecticide pyréthrinoïde et l’application d’une fongicide triazole. Dans ce cas, l’insecticide est obligatoirement appliqué en premier.

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