L'Agriculteur Normand 23 septembre 2011 à 14h18 | Par David LEDUC CA 76

Culture - Sol compacté : faut-il systématiquement intervenir ?

Parfois vos cultures ont du mal à s'implanter ou à pousser même quand l'eau, la température ou les éléments minéraux ne manquent pas. Souvent l'explication n'est pas loin. Elle se trouve sous vos pieds : c'est le tassement du sol. Cet ennemi invisible peut causer de gros dégâts. Et pourtant on ne l’élimine pas systématiquement. Explications pour y voir plus clair.

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Enracinement fourchu (ici une betterave) : pas de doute, le sol est compacté.
Enracinement fourchu (ici une betterave) : pas de doute, le sol est compacté. - © D. Leduc
“En bas de ma parcelle, une partie du colza a mal poussé, mais sans nuire au rendement. Avec une bêche, j'ai creusé une petite tranchée dans le sol, histoire de voir ce qui s'est passé. A ma grande surprise, je n'ai trouvé aucune racine à plus de 30 cm. Pourtant je sais qu'il aurait dû s'enraciner au-delà”. Enracinements contrariés, avec une zone sans fissure, ni cavité, ni galerie de vers de terre ? Pas de doute, votre sol est tassé. Restructurer profondément le sol sera-t- il rentable ?La réponse n'est malheureusement pas simple. Votre choix va dépendre de trois facteurs. D'abord la gravité du compactage. Ensuite s’il peut être réduit par le climat et le travail classique du sol. Et enfin, si la culture que je souhaite implanter va bien se développer. En labour, restructurer un sol en profondeur est rarement nécessaire. Sauf en systèmes légumiers où souvent les besoins en terre fine demandent une intervention régulière. Si un tassement profond (à plus de 30 cm) est suspecté, décompacter ou sous-soler mérite réflexion car l'intervention coûte cher (60 €/ha). Mieux vaut d'abord vérifier sa présence par un profil racinaire. L'enracinement reste le meilleur indicateur de tassement à ce jour. Il est d'autant plus révélateur que la culture est sensible (lin, pomme de terre, maïs, betterave). En non-labour les agriculteurs cherchent en général à bouleverser le moins possible leur sol pour ne pas perturber la vie biologique et mélanger les horizons. Cependant, la baisse naturelle de porosité des sols les interroge. Comme pour le labour, les problèmes de tassements sévères ou de lissage en profondeur peuvent nécessiter une intervention. Mais même si aucun accident n'a été diagnostiqué, un travail profond peut améliorer le comportement de la culture (meilleur ressuyage, enracinement plus facile, réchauffement du sol…). Ce constat est surtout vrai pour les sols à tendance limoneuse, En effet, ce sont les plus sensibles au compactage et les moins aptes à se régénérer. Dans les sols limoneux à moins de 16 % d'argile, restructurer son sol va dépendre de la culture à implanter et du travail du sol prévu (voir tableau). Les sols limoneux avec 16 à 22 % d'argile ont une capacité de restructuration qui peut permettre de réduire sensiblement les interventions. Il suffit de se référer à la dernière colonne du tableau, quel que soit le travail du sol prévu. Dans ce cas, le suivi et le diagnostic seront encore plus importants. En cas de tassement sévère et avant l'implantation de pommes de terre, une intervention systématique s'impose. Pour les sols sableux (60 % de sable grossier), comme en Vallée de Seine, le compactage n'empêchera jamais l'enracinement ou la circulation de l'eau et de l'air. Une intervention au-delà de 20-25 cm n'est pas nécessaire. Pour les sols d'une teneur en argile supérieure à 22 %, la structuration naturelle permet bien souvent d'économiser une intervention profonde.
- © D. Leduc

Se fier d'abord au diagnostic et à l'expérience

Sachez qu'aujourd'hui aucune règle ne remplace votre expérience dans le domaine du travail profond. Seules plusieurs années d'observation des parcelles vous permettent d'adapter votre stratégie à vos contraintes (sol, système, équipement). Vous pouvez construire votre propre référentiel en regardant comment évoluent des bandes que vous avez implantées avec ou sans restructuration. Vous devez régulièrement aller voir ce qui se passe dans vos sols en utilisant une bêche. Cela vous permet d'estimer le comportement de vos sols et des racines dans la zone travaillée. C’est d’autant plus important en non-labour où l’on espère, à terme, limiter les interventions mécaniques grâce au développement de l’activité biologique des sols. Le diagnostic intervient ponctuellement pour comprendre un accident de culture ou juger de la nécessité d'une intervention avant implantation.Vous avez décidé de restructurer votre sol. Comment choisir l'outil le mieux adapté à votre tassement et à votre système de culture ? Pour le tassement, c'est sa localisation qui va statuer. En labour, la charrue résout les problèmes de tassements jusqu'à 25-30 cm. Au-delà, vous devrez utiliser un décompacteur ou une sous-soleuse. En non-labour, comme il n'y a pas de charrue, un problème de compactage avant 30 cm pourra être résolu par un déchaumage profond ou un ameublissement.


Choisir un outil adapté à son système et au tassement

Au-delà, même chose que pour le labour. Concernant les cultures, certaines nécessitent un sol plus ou moins fragmenté (petite motte et terre fine). Par exemple dans une rotation avec des pommes de terre, vous aurez besoin d'un outil “agressif” pour affiner au maximum le sol. Tandis qu'en rotation céréalière (blé, orge, colza, pois), une simple fissuration pourra suffire. Par ailleurs la localisation du travail du sol (Strip Till) présente de nombreux avantages théoriques qui doivent encore être éprouvés dans nos milieux et nos systèmes où la structure du sol se dégrade parfois rapidement. En année pluvieuse, comme nous avons pu l’observer avec des décompactages, la localisation du travail du sol localise aussi les problèmes : l’eau a tendance à se concentrer dans les zones travaillées ce qui peut asphyxier les cultures (colza en particulier). Pour vous guider sur vos choix d’outils, l’article suivant expose notre conseil illustré par une démonstration réalisée en 2006.

Témoignage : “Ne gâchez pas une bonne décision en intervenant en mauvaises conditions”

Hubert Boizard est spécialiste du travail du sol à l'INRA de Laon-Reims-Mons (Somme). Depuis 1990 il étudie l'évolution de la structure du sol en fonction du système de culture, des conditions d'intervention et de l'intensité du travail du sol.


Quelles sont les conditions optimales pour intervenir ?

H. Boizard - L'intervention doit fragmenter et fissurer un maximum de volume tassé avec un minimum de puissance. Elle doit donc se faire lorsque le sol est “travaillable”, c'est-à-dire ni trop sec, ni trop humide. En condition sèche, le sol a une cohésion plus importante qui le rend difficile à fragmenter. Le restructurer va demander une puissance de travail importante avec une usure rapide de l'outil pour un travail moins homogène. De plus, le mottage plus grossier qui en résulte, va amplifier le dessèchement du sol et la descente de terre fine, qui peut ensuite prendre en masse en profondeur. A l'inverse, en condition humide le sol très “plastique” empêche toute fragmentation et se lisse au passage des dents.


Concrètement, à quelle période intervenir ?

H. Boizard - C'est le type de sol qui va orienter ce choix. Pour les sols filtrants et pauvres en argile (limon sableux), le ressuyage est rapide et la cohésion faible. La plage de travail est donc plus large. On peut intervenir à l'automne comme au printemps tout en restant vigilant sur les risques de prise en masse l'hiver. Le décompactage avec semis ou sous un couvert peut néanmoins résoudre ce problème. En sol de limon intermédiaire (16 à 22 % d'argile), il faut être plus vigilant sur les conditions d'humidité du sol lors de l'intervention. Généralement dans celui que j'étudie sur le site de Mons, les interventions peuvent poser problème pour les semis de printemps précoces (orge de printemps, betteraves, lin...). En sol argileux, les jours favorables sont peu nombreux. Il faudra intervenir quand on peut. C'est en début d'automne que l'humidité du sol sera a priori la plus propice.

Le tassement sous toutes ses formes

Le tassement ou compactage peut survenir à différentes profondeurs. Il résulte, soit de passages d'engins sur la parcelle, soit d'actions mécaniques de l'eau (battance, prise en masse). Dans tous les cas, il se traduit par une diminution de la porosité du sol. Il réduit, voire empêche, la circulation de l'eau, de l'air, et l'exploration racinaire. Son impact sur le rendement peut être important. Et la qualité pénalisée : par exemple, des betteraves fourchues vont augmenter la tare terre. Les principaux problèmes rencontrés en labour sont la battance et la semelle de labour. Hubert Boizard, chercheur à l'INRA, s'inquiète aussi des tassements profonds. “Dans les systèmes avec légumes et cultures industrielles, les récoltes répétées en conditions humides peuvent engendrer des compactages à plus de 30 cm. Une zone tassée peut aussi apparaître lorsque l'on relève le labour entre l'ancienne profondeur et la nouvelle”. En non-labour permanent peuvent s'ajouter des semelles dues aux déchaumages intensifs et un affaissement de l'ancien fond de labour (entre 15 à 30 cm de profondeur).

Doit-on décompacter les passages de pulvé ?

En labour, le décompactage est souhaitable si les ornières sont très marquées et si l'on change de voies de passage l'année suivante. Dans le cas contraire, le décompactage ne fait qu'empirer les problèmes (sol plus creux). En non-labour permanent, sauf cas exceptionnel, il est préférable de “sacrifier” cette zone pour y faire systématiquement circuler les engins (pulvérisateur, mais aussi bennes, chariot...). A noter : après une récolte en conditions humides (ensilage, récolte de betteraves…), les ornières peuvent aussi justifier un travail profond. Même en non-labour, où les sols sont plus portants. Car il permet d'aplanir le sol et de semer dans de meilleures conditions.

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