L'Agriculteur Normand 10 mars 2011 à 11h12 | Par Alice DENIS et Christian SAVARY Chambre d’Agriculture 50

CULTURE - Zoom sur le semis de printemps simplifié avec la technique du “Strip-Till”

Techniques Culturales Sans Labour (TCSL).

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- © www.soils.wisc.edu/extension/materials/ste2

En Normandie, c’est le type de sol le plus fréquent est limoneux (environ 40 % des sols sont des limons éoliens ou des limons sur schiste). Ces sols ont une structure fragile et sont susceptibles d’être dégradés : reprise en masse, croûte de battance, ruissellement, érosion, etc. Les techniques de travail simplifié du sol, comme le semis direct, sont un levier possible pour limiter ces phénomènes de dégradation des sols.Certains agriculteurs qui choisissent de passer en TCSL le font pour limiter ces phénomènes mais leurs motivations peuvent être bien différentes. En effet, les enjeux de ces techniques sont variés :

• des avantages agronomiques :

- maintien des organismes du sol car les horizons ne sont pas retournés ;

- non dilution de la matière organique et des autres éléments dans la couche de labour ;

- préservation de la structure du sol et meilleure portance ;

- limitation de la remontée des cailloux en surface ;

• des avantages économiques :

- réduction des charges de mécanisation ;

- diminution du besoin de main d’œuvre.

Du fait d’un travail plus superficiel, la puissance du tracteur peut être limitée et la vitesse augmentée. De plus, le nombre de passages de tracteur est généralement réduit ;

• des avantages environnementaux :

- limitation de la dégradation des sols (érosion, ruissellement, etc.) ;

- réduction des pertes d’éléments (nitrates, phosphore, phytosanitaires, etc.) ;

- amélioration de la biodiversité du sol ;

- diminution des émissions de gaz à effet de serre.

Attention néanmoins, la simplification du travail du sol ne s’improvise pas et nécessite l’évolution de tout le système de production. Cela passe notamment par l’allongement et la diversification des rotations ainsi que par une couverture maximale des sols. Les adventices, les nuisibles et les maladies sont gérés différemment. Leur contrôle peut s’avérer difficile dans les premiers temps, avant qu’un équilibre entre les populations ne s’installe. En TCSL, les interventions dans les parcelles sont également à raisonner autrement : observer avant d’agir ! Moins de temps sur le tracteur, c’est autant de temps pour regarder l’état de votre sol et intervenir au bon moment.Avec cette technique, originaire des Etats-Unis, seule la ligne de semis est ameublie et préparée sur 15 à 25 cm de profondeur et 15 à 20 cm de largeur. Cette technique est proche du semis direct mais le sol est travaillé sur une plus grande profondeur au niveau de la ligne de semis. Elle combine ainsi les avantages du travail du sol sur la ligne de semis : réchauffement et ressuyage ; avec les fonctions de protection du sol recherchées en semis direct pur.Avec un tel outil, les perturbations verticales du sol sont limitées et la couverture du sol par les résidus peut être importante (entre 2/3 et 3/4 de la quantité de résidus laissés en surface en semis direct pur). Les avantages agronomiques du non labour sont conservés sur la majorité de la surface. Ainsi la germination des mauvaises herbes entre les rangs est limitée et cette zone non travaillée permet un meilleur stockage de l'eau. Le travail étant assez profond au niveau de la ligne de semis, le strip-till permet la mise en place d'une plante à cycle de végétation court plus facilement qu’en semis direct pur. L’oxygénation et le réchauffement de la terre sont facilités. Des études réalisées aux Etats-unis indiquent que la température du sol au contact des graines est similaire à celle d’un labour conventionnel. La levée et la croissance rapide de la plante sont favorisées, ce qui lui permet de mieux résister aux éventuelles attaques de maladies ou d’insectes ravageurs. Bien que l’outil puisse fonctionner en combiné, il semblerait qu’un passage du Strip-Tiller 2 semaines à 1 mois avant le semis laisse le temps au sol de se refermer ce qui assure un meilleur contact de la graine avec le sol. Aux Etats-Unis, le Strip-Tiller est parfois utilisé dès l’automne, après la récolte de la culture précédente avant que le semis ne soit réalisé au printemps.

- © Christian Savary - Chambre d’Agriculture 50

EN SAVOIR PLUS

Informations techniques concernant l’outil

Chaque élément du Strip-Tiller est généralement constitué d’une roue ou d’un disque ouvreur, suivi de chasses débris rotatifs. Ensuite une dent fine fissure le sol en profondeur. Elle est encadrée par 2 disques gaufrés qui complètent l’émiettement et referment la zone creuse laissée par la dent. Enfin une roue (à doigts ou FarmFlex) ou bien un mini rouleau vient aplanir la bande et compléter le rappuyage. Le passage du Strip-Tiller s’effectue à 8-10 km/h, soit un débit de 3 ha/h en 6 rangs: c’est un bon compromis pour limiter l’usure et la consommation de fioul. Le semis peut éventuellement être combiné au passage du Strip-Tiller (DURO), mais dans ce cas il convient d’attendre que le sol soit suffisamment réchauffé. Il est possible d’opter pour une fertilisation localisée au moment du semis (engrais starter) à l’aide du semoir ou d’un localisateur d’engrais monté à l’avant du tracteur.Les principales marques (liste non exhaustive) sont: DURO-France, KUHN, ORTHMAN, AGRISEM.L’investissement dans ce type d’outil oscille entre 9 000 à 30 000 €, selon la conception, le nombre de rangs (4 à 8), le type de sécurité (Boulon, non stop)… Avec un amortissement sur 10 ans, il faut prévoir 50 à 150 hectares par an pour obtenir un prix de revient d’environ 25 €/ha (hors tracteur et main d’œuvre).

Zoom sur cette technique déjà largement utilisée sur le continent américain

Il existe tout un panel d’itinéraires simplifiés qui vont du pseudo labour au semis direct pur. De plus en plus en plus d’éleveurs s’intéressent à ces techniques. Certains ont franchi le pas pour les céréales, mais restent très prudents avec les cultures de printemps tel que le maïs. La Chambre d’agriculture de la Manche travaille actuellement avec des agriculteurs motivés qui pratiquent les techniques culturales sans labour depuis plusieurs années. En 2011, des démonstrations de semis simplifié de maïs ensilage seront réalisées avec différentes techniques plus ou moins innovantes. Une technique dont l’offre se développe mais pour laquelle nous n’avons pas beaucoup de recul chez les éleveurs de la Manche sera testée : le “Strip-Till”. Elle suscite de nombreuses questions, il nous semble donc intéressant de vous en donner les grands principes.


Témoignage de trois utilisateurs de “Strip-Till” (DURO)

Le Strip-Till est une technique intéressante pour les semis de maïs et de colza. Le semis peut être combiné au passage du Strip-Tiller (DURO) ce qui permet de limiter les passages d’engins et de gérer seul le chantier (1,5 à 2 ha/h en 4 rangs). Néanmoins, le semis combiné est difficile à mettre en place dans les terres très argileuses et nécessite que le sol soit suffisamment réchauffé. Dans cette situation, le passage en solo, 3 semaines à 1 mois avant le semis est recommandé. Ces trois agriculteurs utilisent des engrais de ferme qu’ils enfouissent superficiellement par le passage préalable d’outils comme le Compil (bêches roulantes), le cover-crop ou la herse rotative. Agronomiquement, les sols conservent une bonne structure et l’implantation des céréales, en semis direct derrière le maïs, est facilitée. La matière organique n’est pas diluée en profondeur ce qui profite aux racines. Il est recommandé d’équiper le semoir à maïs de chasse débris rotatifs et de bonnes roues plombeuses afin d’assurer un bon contact entre les graines et la terre fine. Globalement, ces premiers utilisateurs sont satisfaits du Strip-Till pour des terres qui se travaillent bien. Un tel investissement semble donc envisageable pour des agriculteurs ayant déjà un peu de recul sur les techniques culturales simplifiées.  Stéphane Leguy (Sarthe), Eric Debray (Orne) et Philippe Taupin (Mayenne)



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