L'Agriculteur Normand 14 février 2013 à 13h38 | Par J. Rébillard

Daniel Génissel, Président de la section viande bovine de la FRSEA de Basse-Normandie. - “C’est la colère qui prime”

L’affaire de la viande de cheval mélangée à a viande bœuf des lasagnes d’un marque de surgelé défraie la chronique. L’avis de Daniel Génissel, président de la section viande bovine de la FRSEA de Basse-Normandie.

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Comment réagissez-vous à l’annonce de cette affaire de viande de cheval mélangée à de la viande bœuf ?
Tout d’abord, c’est la colère qui prime. Alors que l’on demande toujours plus de rigueur aux éleveurs pour garantir aux consommateurs de bonnes pratiques d’élevage, on s’aperçoit que certaines entreprises sont moins scrupuleuses. Elles jouent les apprentis-sorciers. Ensuite, on voit que certains n’ont pas appris des affaires plus anciennes. De telles pratiques, si elles sont avérées, constituent des trafics inacceptables pour les consommateurs. On n’a pas le droit de mentir comme cela, ni aux consommateurs, ni aux producteurs, ni à l’opinion publique. Ensuite, c’est l’incompréhension : comment justifier qu’avec toute la viande produite en France certains en soient réduits à des circuits mêlant des intervenants aux quatre coins de l’Europe pour produire des lasagnes ? Enfin, je précise que ce sont des intermédiaires de la filière qui sont mis en cause, les pratiques des éleveurs sont irréprochables en la matière.

Cette affaire intervient alors que les prix de la viande bovine avaient retrouvé des couleurs. Est- ce que le prix de la viande en va pas en subir les conséquences ?
C’est bien nos craintes. En agissant de la sorte, ces opérateurs nourrissent la méfiance des consommateurs à l’égard de la viande et, encore une fois, ce sont les producteurs qui risquent d’en faire les frais. Une fois de plus, on voit que les pratiques de quelques opérateurs peuvent nuire à toute la filière et à tous les producteurs.

Pourtant, il n’y a pas de risque sanitaire à consommer de la viande….
Non et c’est ce qu’il faut rappeler : la qualité sanitaire de la viande bovine n’est pas remise en cause. Les consommateurs peuvent faire leurs achats sans crainte. Mais l’amalgame est vite fait. Les media ne font pas dans la nuance. Les informations qui paraissent actuellement valent plus que des dizaines de pages de publicité dans la presse. Pour contrecarrer les effets de ces messages négatifs, il faudra du temps et beaucoup d’argent.

Après les épisodes de la vache folle, on croyait la filière sortie de ces travers, il n’en est rien ?
Ne soyons pas les premiers à tomber dans la sinistrose et la généralisation. L’affaire en cours doit être prise pour ce qu’elle est et il ne faut pas en tirer de conclusions hâtives. Toutefois, on aurait pu espérer que tout le monde avait tiré les leçons des errements du passé. On se rend compte que non : il y a toujours dans notre filière des gens qui ont des pratiques condamnables parce que malhonnêtes. Ils font courir des risques à tous les autres qui sont sérieux dans leur travail : les éleveurs, les entreprises qui sont loyales dans leur commerce…C’est pourquoi nous exigeons que les responsables des malversations dont on parle soient identifiés et condamnés comme il se doit. La Fédération Nationale Bovine va déposer une plainte. Nous serons partie civile parce que nous aussi, nous sommes victimes dans cette affaire.

Les responsables sont dans la filière viande…
Pas seulement. A force de faire pression à la baisse sur les prix, de refuser de répercuter la hausse des coûts de production, la distribution a aussi sa responsabilité. Elle doit s’interroger sur ses pratiques. A toujours tirer les prix vers le bas, il ne faut pas s’étonner que certains se livrent à des pratiques de ce genre.

Cela c’est à court terme. Et à plus long terme ?
Il faut mieux mettre en valeur l’origine du produit. Nous disposons d’un logo “VBF”, les opérateurs peuvent facilement l’utiliser. L’affaire en cours démontre toute la pertinence de la démarche “VBF”. Elle démontre l’attente des consommateurs quant à l’information sur l’origine, ce à quoi le logo “VBF” répond. Il est d’ailleurs urgent de l’utiliser aussi pour les plats préparés à base de viande bovine. La commission européenne peut aussi en tirer les conclusions. Elle a proposé récemment un étiquetage “UE” ou “Hors UE”. On voit bien que les consommateurs veulent connaître le pays d’origine de la viande. Cela fait des années que les éleveurs français demandent la généralisation de l’étiquetage “VBF”. A chacun de prendre ses responsabilités pour avancer.

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