L'Agriculteur Normand 17 juillet 2014 à 08h00 | Par V. Motin

Des jeunes agriculteurs pas très "avenants"

Dans le cadre des Plans de Développement de l'Exploitation, les avenants se multiplient. Jean-François Osmond est installé à Giéville. Son installation a servi d’exemple pour illustrer les contraintes administratives d’un jeune agriculteur. En ligne de mire : la rigidité du Plan de Développement de l’Exploitation, une démarche obligatoire dans le cadre d’une installation aidée. L’achat d’un tracteur, 6 bœufs supplémentaires ou une nouvelle fosse dans le cadre de la directive nitrates peuvent nécessiter un avenant. Explications.

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L’exploitation de Jean-François Osmond (à gauche) a servi d’exemple pour expliquer  les contraintes administratives 
aux élus et à l’administration.
L’exploitation de Jean-François Osmond (à gauche) a servi d’exemple pour expliquer les contraintes administratives aux élus et à l’administration. - © vm

Pourquoi as-tu été contraint de refaire ton PDE ?
J’ai repris une parcelle de terre d’un voisin. J’ai donc agrandi ma surface et mon quota laitier a augmenté. Je devais donc modifier mon PDE. En plus, j’ai construit un nouveau bâtiment pour accueillir mes vaches. Cet investissement n’était pas prévu dans le PDE initial. Là encore, il faut réaliser un avenant supplémentaire.

Vous jugez ces avenants trop compliqués à exécuter ?
D’abord, c’est compliqué. Ensuite, c’est payant. Le jeune agriculteur doit demander à un comptable de refaire l’étude économique. Le comptable ne travaille pas gratuitement : il prend 500 euros. Et rien ne me dit que l’année prochaine, un tracteur ne cassera pas. Je serai alors contraint d’écrire un nouvel avenant, car ce genre d’achat n’est pas prévu dans les investissements initiaux du PDE. Certains jeunes, sur des exploitations assez conséquentes, font des avenants tous les ans. C’est un peu décourageant.

Selon quels critères, un jeune agriculteur doit-il modifier son PDE ?
Il change quand la marge brute, le montant d’investissement, le nombre d’animaux ou le nombre d’hectares varie de 25 %.

25 %, cette liberté n’est-elle pas suffisante ?
Pas forcément. Nous produisons normalement 6 bœufs. Les cours étant bas, nous sommes passés de 6 à 15 bœufs. Du coup, je modifie dépasse de 25 % mon effectif ! La règle des 25 % peut être très rapidement atteinte sur des petits effectifs.   25 % d’un gros chiffre, je le comprends. Mais lorsqu’il s’agit d’une production minoritaire, c’est une vraie contrainte. À partir du moment où je produis 3 veaux supplémentaires, je dois faire un avenant.

La nouvelle directive nitrates aura-t-elle également une conséquence sur votre PDE ?
Oui. Sur l’exploitation, la capacité de stockage est de 4 mois sur l’atelier lait et de 7,5 mois sur l’atelier porc. Je devrais donc investir pour mes vaches laitières. Je ne pouvais pas prévoir le changement de réglementation. J’ai donc mis la nouvelle fosse dans mon PDE. La nouvelle directive nitrates aura une conséquence indirecte pour de nombreux JA. Ils devront refaire leur PDE ! C’est un peu la double peine.

Vous êtes associés avec vos parents. Ces derniers sont donc impactés…
Avoir un JA comme associé n’a pas facilité leur quotidien ! C’est un souci réglementaire de plus. Par exemple, si on prévoit d’acheter un tracteur en 2016 et que nous ne l’achetons qu’en 2017, c’est une modification du PDE. Le cadre s’avère trop strict. Dans le PDE, on met les investissements sur les 5 ans à venir. Mais sur cette période, les devis peuvent augmenter. Là encore, on ne respecte pas le PDE. Nous sommes chefs d’entreprise, nous investissons tous les ans. Le cadre du PDE laisse peu de libertés et n’incite pas à entamer le parcours à l’installation aidée.

Votre exploitation compte un atelier porc. Comment gérez-vous les contraintes administratives liées à cette activité ?
Nous avions 65 vaches. Avec la reprise de terres, nous aurons 75 vaches. Comparé à l’activité porcine, augmenter son effectif de 1 ou 30 vaches paraîtrait presque simple. Une truie de plus, c’est dur et long. Même si la démarche semble se simplifier, l’enquête devrait néanmoins durer 6 mois, car je reste dans un seuil bas. Je ne demande que 20 truies supplémentaires. Pour des augmentations plus conséquentes, l’enquête publique dure 18 mois.


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