L'Agriculteur Normand 16 janvier 2011 à 14h38 | Par Loïc DEVEYER Conseiller Agro-machinisme Chambre d’Agriculture de l’orne

Désherbage alternatif sur colza - Objectif : tester la faisabilité d’une culture de colza en l’absence ou en cas de forte restriction herbicide

Lors de la précédente campagne 2009-2010, la Chambre d’agriculture de l’Orne a mené une expérimentation sur le désherbage alternatif du colza. L’essai implanté dans le Perche sur l’exploitation de Eric Dezecache a mis en avant plusieurs techniques, allant du binage à la couverture du sol par des espèces gélives en passant par la modulation de densité colza. L’objectif : produire du colza en l’absence ou en cas de forte restriction d’herbicide, depuis l’implantation jusqu’à la récolte. Retour sur les conclusions de cet essai.

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Photo 1, 2, 3 : outre des réglages difficiles, les conditions pédo-climatiques de l’ intervention d’automne (29/10) n’ont pas permis une destruction satisfaisante des graminés (vulpin pour l’essentiel). Par contre, l’intervention de printemps au 11 mars a pu être réalisé en condition séchante : gestion de nombreuses dicots et graminés. Un second passage dans des conditions identiques aurait sans doute abouti à un résultat très intéressant… (© DR)

L’essai a été mis en place le 21 août 2009 à St-Céronnes les Mortagne chez Eric Dezecache avec l’appui de Frédéric Legendre, Stéphane Fassier et la Cuma de Blavou. Le contexte est particulier : nous sommes sur des argilo-calcaires, décompacté puis déchaumé, en précédent orge paille ramassée avec une flore difficile : vulpins, géraniums, gaillets… en nombre : typiquement un contexte céréalier sur une rotation colza-blé-orge en non labour depuis des années. Autant dire que pour cet essai,  nous ne cherchions pas la facilité ! L’idée est de voir comment nous arriverions à gérer le salissement, l’impact sur le rendement et la qualité de récolte.


Un contexte difficile : rotation colza-blé-orge en non labour… sur argilo-calcaires

L’essai comporte 8 modalités (Tableau 1) auxquelles se rajoute un témoin conduit de manière conventionnel (désherbage en post semis-pré-levé puis 2 anti-graminés). Chaque modalité a été répétée 3 fois. Avant l’implantation, il a été décidé de passer comme pour le restant de la parcelle agriculteur un round up à 1,5 l sur les repousses d’orge déjà très développées. La terre avait été préparée au 14 juillet (fumier épandu et enfoui, décompacté et dé-chaumé) et depuis cela avait bien reverdi. Seul autre écart au protocole : un anti-graminé spécifique (Pilot à 0,8) a été passé en plein au 26 septembre une fois de plus sur repousses d’orge afin de limiter la casse. Au-delà de ces 2 passages de pulvé, la zone d’essai n’a reçu aucun autre désherbant : ni Colzor trio, ni Colzamid, ni Axter, Kerb ou autre anti-graminé. Pour les autres interventions, insecticides et fongicides, nous avons suivi la conduite de la parcelle.

Photo 4 : colza dans le mé́lange de couvert gé́lif. Tournesol + Nyger + lentille + pois.
Photo 5 : Zone de couvert gé́lif et colzas mal dé́veloppé́s. Dé́faut de levé́e.
Photo 4 : colza dans le mé́lange de couvert gé́lif. Tournesol + Nyger + lentille + pois. Photo 5 : Zone de couvert gé́lif et colzas mal dé́veloppé́s. Dé́faut de levé́e. - © DR

Une pratique innovante : faire lever du colza avec des couverts végétaux gélifs

Les modalités 5 à 8 visaient à tester une méthode innovante employée par certains Tcistes. L’idée est de couvrir au maximum et le plus rapidement le sol avec des couverts végétaux, semés en même temps que les colzas. Ces couverts ayant à disparaître à terme pour laisser le colza se développer, ne sont employés à cet usage que des espèces gélives : tournesol, nyger, pois et féveroles de printemps, sarrasin, lentilles… (Photo 4 et 5). Au final, à défaut de voir lever géraniums, gaillets et autres dicots nuisibles, le couvert prend place et se développe parmi le colza. Plusieurs modalités sur ce principe ont été testées : modulation  de densité semis colza, apport de 18-46 sur le rang de colza pour aider le colza à prendre le dessus, semis au combiné du couvert et du colza en 1 passage comparé à un semis du couvert au combiné puis semis du colza au monograine. Au final, nous nous rendrons compte que la mise en œuvre de cette pratique dans un contexte de salissement difficile (rotation colza-blé-orge en non labour), qui plus est sur un contexte pédo-climatique mettant à mal les taux de levée est risqué….mais apporte un léger plus aussi surprenant soit-il…

- © DR

Des modalités binées qui sortent du lot, des couverts gélifs qui apportent un léger plus…

La récolte a été faite à la batteuse d’expérimentation sur une surface de 40 m². Les échantillons ont été triés afin de mesurer les impuretés et humidités et recalculer les rendements corrigés à 9 % d’humidité (Tableau 2).


Conclusions

- 1er constat : quoi qu’il arrive, les niveaux d’impureté ne sont pas acceptables. - 2e constat : seules les modalités binées se démarquent tant au niveau des rendements qu’au niveau des impuretés (Photo 6 et 7).- 3e constat : ce sont plutôt les modalités semées au monograine qui présentent les meilleurs rendements. - 4e constat : peuvent être comparés les modalités 2 (rotative puis monosem 28 gr/m²) et 5 (couvert gélif en combiné  puis monosem 28 gr/m²) : le couvert semble apporter un gain de rendement : 31,4 qx pour la modalité 2 contre 33,8 qx pour la modalité 5, résultats significativement différents. On peut faire le même constat pour les modalités 1 et 7. Ceci est à confirmer mais d’autres études semblent aller dans ce sens. - 5e constat : la comparaison entre les modalités XY et la modalité 2 montre l’impact du non désherbage sur le rendement : la modalité XY valant la modalité 2 avec un désherbage anti-dicot/anti-graminés efficace, soit près de 11,2qx !En bref, le contexte particulier de la parcelle doit faire prendre conscience qu’il est impossible de cultiver du colza sans désherbage sur une rotation colza-blé-orge en non labour… Par contre, cet essai met en évidence les niveaux d’efficacités des modalités étudiées tant sur le rendement que sur les niveaux d’impuretés. De quoi alimenter quelques réflexions pour la mise en place d’autres essais…

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