L'Agriculteur Normand 06 avril 2016 à 08h00 | Par V. Motin

Désilage : 20 ans de fibre collective

Il y a 20 ans, les membres de la CUMA de Crouttes faisaient figure de pionniers dans l’Orne. À l’époque, 5 agriculteurs s’associent pour acheter une désileuse automotrice. En 1995, c’est le premier groupe à développer cette activité en CUMA. La semaine dernière, tous les acteurs de cette aventure humaine ont fêté cet anniversaire.

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llll La CUMA de Crouttes (Orne) a fêté ses 20 ans, la semaine dernière. Le groupe a trouvé son rythme de croisière. Ils sont aujourd’hui 8 agriculteurs à se partager la désileuse sur un parcours de 22 kilomètres. Ensemble, ces exploitations pèsent 5,4 millions de litres de lait (avec l’équivalence en taurillons).

Des débuts avec 5 agriculteurs
Si ce genre d’initiative est aujourd’hui démocratisé, ces cumistes ont d’abord joué les précurseurs. En 1995, ils sont cinq à se lancer dans le projet. “Chez plusieurs d’entre nous, nos parents partaient en retraite. Nous devions trouver une solution pour avoir de la main-d’œuvre”, raconte Pascal Choisnard, l’actuel président de la CUMA. Sur le secteur de Crouttes, la solidarité et l’entraide se cultivent depuis plusieurs années.
Le terrain semble fertile pour l’implantation d’une CUMA. Tous ces éleveurs se connaissent bien et sont de la même génération. Certains collaborent à la “banque du travail”, créé par leurs aînés en 1960. Mais, l’idée de partager une désileuse en CUMA s’avère novatrice sur le département dans les années 90.

Une première machine à 400 000 fr
Pour concrétiser leur projet, ces agriculteurs ont observé des initiatives bretonnes.
À la fin de l’année 1995, leur machine réalise ses premiers tours de roue. Sur la question mécanique, leur choix s’est porté sur une Mutti Adolfo. L’engin affiche une capacité de 12 m3. “Nous l’avons acheté à l’aveugle. Nous l’avons payé 400 000 fr”, se souvient Pascal Choisnard.
Depuis cette expérience, les éleveurs ont trouvé leur marque... Ils n’ont ensuite acheté que des Storti. La dernière a été livrée en décembre. Seul regret : “avoir opté pour un modèle de 16 m3 lors de notre précédent achat. Avec la double vis, nous n’avons pas gagné beaucoup en capacité comparée à une 14 m3 simple vis. Notre dernière acquisition est donc une 20 m3”. C’est la 7e désileuse du groupe. Le renouvellement est régulier. “La machine réalise 2000 heures par an. Nous les changeons donc tous les 3 ans environ”, détaille Laurent De Bie, agriculteur à Crouttes et président de la CUMA de 2005 à 2015.
Avec la volonté de maîtriser les coûts comme moteur, l’organisation est bien rodée. Ce service de la CUMA revient à environ 15 €/1000 litres pour les adhérents.
La densité des fermes sur le parcours permet d’employer un chauffeur à temps plein.

Compétitivité : 15 €/1000 litres
Et la fidélité est donc au rendez-vous. Le salarié n’a pas changé depuis 20 ans. Ce dernier commence sa tournée à 6 heures du matin et travaille 6 jours par semaine. Le vendredi, il distribue 120 à 140 % de la ration puis 160 % le samedi. “C’est une des clés de la réussite. Il fait un chauffeur pointilleux qui entretient bien la machine et ne défibre pas trop les ingrédients de la ration”, souligne Laurent De Bie.
Le système de facturation a, lui, évolué au fil des ans. “Nous payons ce service au temps passé et au tonnage distribué. C’est plus simple pour notre gestion. Au début, nous raisonnions au temps et à l’UGB”.
Le secret de la longévité du groupe est sans doute la science du compromis. “C’est toujours difficile de trouver la machine ou le fonctionnement qui plaît à tout le monde. Mais quand nous regardons le temps que nous devrions consacrer et le coût, il nous semble compliqué de faire mieux tout seul sur sa ferme”, estime Pascal Choisnard et Laurent De Bie. Ici point de règlement d’écrit, les hommes misent sur leur parole et les échanges.

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