L'Agriculteur Normand 21 août 2018 à 11h00 | Par Jean-Claude Dorenlor Référent Bovins Viande Chambre d’agriculture de Normandie

Elevage allaitant : plusieurs solutions pour limiter l’impact de la sécheresse estivale

lll A ce stade, les conditions climatiques 2018 ne sont pas favorables aux systèmes allaitants herbagers. Les conditions de mise à l’herbe ont été difficiles du fait d’une fin d’hiver pluvieuse qui a obligé beaucoup d’éleveurs à retarder la mise à l’herbe et d’un été sec qui conduit aujourd’hui beaucoup d’éleveurs à affourager et donc à entamer les stocks hivernaux. Plusieurs pistes existent pour s’adapter au mieux à cette situation.

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Sécheresse estivale : paille pour les allaitantes et nourrisseurs pour les veaux en attendant que la pluie revienne. B. Griffoul
Sécheresse estivale : paille pour les allaitantes et nourrisseurs pour les veaux en attendant que la pluie revienne. B. Griffoul - © B. Griffoul

Ne pas attendre pour vendre les réformes
Si le déficit fourrager s’annonce important, le premier levier est d’anticiper les ventes des animaux à réformer. L’objectif est de réserver l’herbe encore disponible aux reproductrices qui ont souffert du déficit fourrager, et d’envisager des récoltes d’enrubannage d’herbe ou de foin en septembre/octobre pour reconstituer les stocks hivernaux, à la condition cependant, qu’il pleuve un peu plus que la semaine passée. Vendre au plus vite les vaches prévues pour être réformées est commercialement cohérent. En fin d’été, les cours sont proches de leur meilleur niveau et compte tenu qu’habituellement les cours baissent en automne, la recherche d’un meilleur état de finition n’est pas toujours judicieuse. Détecter au plus vite les vaches vides par un diagnostic de gestation permet aussi d’anticiper leurs ventes.

Sevrer précocement les veaux allaitants
Le sevrage des veaux à partir de 6 mois est possible. Cela permet d’anticiper la réforme des vaches vides et de sauvegarder l’état de celles qui sont pleines.
Le sevrage précoce est d’autant plus facile que les veaux consomment avant sevrage 1,5 à 2 kg de concentré par jour. Après le sevrage, si les broutards(es) restent en pâture, la complémentation sera maintenue. Selon la disponibilité en herbe, entre 2 et 4 kg de concentré seront distribués avec éventuellement du foin pour assurer le lest. Les plus fortes complémentations seront réservées aux broutards destinés à la vente. Toutes les précautions seront prises pour limiter les risques d’entérotoxémie : transition progressive et éventuellement vaccination dans le cas d’apport important. Compte tenu du prix correct des broutards cet été, il peut être opportun de les proposer à la vente, il existe aussi un marché du broutard léger de 250 à 270 kg.
Quelques exemples de mélange fermier pour broutards
pour 100 kg d'aliment :
16 kg de tourteau de soja,
82 kg de blé, 2 kg CMV
ou
25 kg de tourteau de colza,
73 kg de blé, 2 kg CMV

Par ailleurs, du fait d'un pâturage ras, les veaux nés en hiver ou début de printemps risquent une infestation par les strongles. Par conséquent, pour les veaux non traités depuis la mise à l'herbe, il faut prévoir un traitement au sevrage avec un produit à action immédiate ou un traitement 1 à 1,5 mois avant le sevrage avec un produit à action rémanente.

Assurer les besoins alimentaires et adapter la complémentation
La situation oblige une majorité d’éleveurs à affourager. Le foin est la solution la plus simple. De qualité correcte, en complément d’un peu de pâturage, il est bien adapté pour des vaches garanties pleines en seconde partie de lactation ou aux troupeaux de génisses vêlage 3 ans. Pour des génisses avec un vêlage précoce ou des vaches en première partie de lactation, un ensilage ou enrubannage est préférable au foin sinon il faut prévoir une complémentation avec du concentré.
L’autre aliment habituel de substitution en situation de sécheresse est la paille. Elle est utilisée pour épargner les stocks de foin. Si certains éleveurs ont des inquiétudes sur la capacité des vaches à en manger, l’expérience montre qu’après un temps d’adaptation, les vaches et génisses sont en mesure d’en ingérer de bonnes quantités. La condition est cependant que la paille soit de qualité et régulièrement renouvelée.
Par contre, en fourrage unique, sans complémentation et sur une période excédent quelques semaines, l’amaigrissement des vaches avec veaux et des jeunes génisses est constaté.
Dans tous les cas où la paille constitue une proportion importante de la ration, une complémentation spécifique est nécessaire :
 des céréales ou coproduits divers pour corriger la faible valeur énergétique,
 des complémentaires azotés sous forme d’aliments liquides riches en azote soluble et en sucre fermentescible et/ou du tourteau pour couvrir les besoins azotés. L'objectif est de favoriser l’ingestion et assurer un bon fonctionnement de la panse,
 des minéraux riches en calcium et vitamines.
Dans les faits, par rapport à une ration foin, il est nécessaire d'augmenter la complémentation d’au moins 2 kg pour les vaches gestantes ou garanties pleines et de 3 à 4 kg pour les vaches en début de lactation et les jeunes génisses de renouvellement.
A ces niveaux de distribution, il est préférable d'apporter le concentré 2 fois par jour.
Pour une pleine ration de paille, pensez à apporter pas moins de 200 g/jour d’un minéral riche en calcium (type 6/24) et bien pourvu en vitamines.

S’assurer que les stocks seront suffisants pour l’hiver prochain
A ce stade, il est difficile de mesurer l’incidence définitive du manque d’eau de cet été, mais si d’ores et déjà les stocks hivernaux sont fortement entamés, il faut s’interroger sur les solutions possibles pour les reconstituer. Les solutions sont nombreuses, achat de fourrage type foin ou encore maïs sur pied, recherche de coproduits humides ou secs (pulpe de betterave, drèches, corn gluten...), implantation de dérobée...

Préparer au mieux les prochains cycles de pâturage
Restons optimistes, si la pluie voulait bien venir, la pousse de fin d’été et d’automne pourrait en partie compenser les déficits fourragers actuels. Pour profiter au mieux des prochaines pluies, il est important de laisser le temps aux prairies de récupérer. Pour cela, il est préférable de maintenir la distribution de fourrage grossier jusqu’à ce que le stock d’herbe sur pied sera en partie reconstitué pour profiter au mieux de la photosynthèse. Une fois les prairies bien reparties, il est recommandé de reprendre un pâturage tournant pour offrir aux vaches une herbe de qualité, propice à la reconstitution de leurs réserves corporelles. Le pâturage tournant permet la production d’herbe d’automne de qualité, d’augmenter la productivité des prairies et d’allonger d’autant le temps de pâture en fin de saison réduisant ainsi les besoins de stocks hivernaux. Autre solution possible pour reconstituer les stocks est d’envisager une fertilisation azotée. Maintenant que les prairies semblent un peu reverdir, 30 ou 40 unités d’azote/ha sur les meilleures prairies pâturées ou à récolter améliorera la production des prairies habituellement peu azotées de l’ordre de 0,7 à 1 tonne de MS/ha.

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