L'Agriculteur Normand 05 novembre 2012 à 15h16 | Par Perrine Géhin - CA14

Elevage - Des solutions pour maîtriser les charges alimentaires en élevage allaitant

Récoltes de fourrages difficiles et aliments chers…

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Comment composer avec des fourrages de qualité variable et un aliment dont le prix est en forte hausse ? Voilà la question posée aux éleveurs pour cet hiver 2012-2013. Ces dernières années, le poste coût alimentaire a subi une augmentation significative, avec une progression de 40 % entre 2006 et 2012. Cet été pluvieux a été néfaste pour la récolte de fourrage, en particulier pour les foins qui peuvent avoir été récoltés en quantité mais dont la qualité est très variable, impliquant une complémentation nécessaire mais coûteuse.Malgré des cours du maigre et de la viande qui se portent mieux, des adaptations dans la conduite alimentaire sont nécessaires pour limiter la dépendance aux achats extérieurs.


Avant toute chose, évaluer les stocks en quantité et en qualité

Quelque soit la production, la première chose à faire est un bilan fourrager hivernal. Celui-ci permettra de mieux apprécier les ressources et d'envisager une répartition optimale des fourrages entre les productions.

- Cuber les silos d’ensilage en tenant compte des pertesLe volume des silos (m3) doit être multiplié par la densité (t/m3) :

• 0.22 pour un maïs à 35 % MS stocké sur 2 m de hauteur ;

• 0.18 pour de l’herbe à 28 % MS stockée sur 1.50 m ;

• 0.19 pour des mélanges céréaliers ou céréales pures.

Les pertes au silo sont généralement de 5 à 10 %, mais celles-ci peuvent être plus importantes dans le cas d’ensilages inférieurs à 25 % MS, ou en l’absence de précautions à la confection des silos.- Pour les enrubannages, les foins et pailles alimentaires, si possible, peser les ballesMultiplier le tonnage brut  obtenu par le taux de M.S : 0.9 pour la paille, 0.85 pour le foin, 0.50 à 0.70 pour l’enrubannage. Dans la mesure du possible, les balles de foin ou d’enrubannage doivent être triées lors du stockage en fonction de leur qualité (date et conditions de récolte) pour faciliter la distribution hivernale. De plus, des analyses de fourrage peuvent venir confirmer ou non l’impression lors de la récolte et donner des valeurs alimentaires qui permettront d’ajuster au mieux les rations.

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Adapter la qualité des fourrages aux besoins des animaux

Les besoins hivernaux sont dépendants de la durée d’alimentation hivernale (de 4 à 6 mois), du type d’animaux présents sur l’hiver et de leur consommation. La consommation varie suivant l’âge, le niveau de production, la consommation en concentré et la qualité du fourrage. Il faut donc commencer par évaluer les effectifs moyens des différentes catégories d’animaux hivernés. Puis calculer la consommation totale de chaque catégorie d’animaux (tableau 1).Les rations doivent être calculées par lot d'animaux ayant des besoins équivalents. Les meilleurs fourrages doivent être réservés aux animaux ayant les besoins les plus élevés. Les animaux les moins exigeants pourront être alimentés avec des fourrages moins riches (pailles de céréales, de protéagineux, foins tardifs), bien complémentés. Les animaux en finitions ont des besoins élevés qui nécessitent de bien raisonner le rationnement pour obtenir les croissances souhaitées. Des économies substantielles, sans conséquences sur les performances, peuvent être faites en prenant le temps de recalculer les rations des troupeaux en intégrant tous les paramètres concernant les animaux (le stade physiologique, l'état corporel, l'âge, les conditions de logement…) et les fourrages (analyse ou recours au table de valeur) (tableaux 2 et 3).

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Utiliser des co-produits pour une ration économique

Sur un troupeau naisseur engraisseur de 60 vaches avec 26 jeunes bovins sortis par an, le remplacement d’une partie du tourteau de soja par du corn gluten permet l’économie de 40 TMS de maïs soit 2.80 ha qui passent en culture de vente, 17 T de tourteau de soja, 100 qtx de céréales et 150 kg de CMV soit une économie de 2 850 €.L’utilisation de co-produits doit être raisonnée en fonction de leur disponibilité, de leur coût et de leur valeur alimentaire qui doit venir compenser un manque sur l’exploitation (azote ou énergie). Si le manque identifié est l’énergie, on pourra remplacer le blé par de la pulpe de betterave ou des pommes de terre. Si on veut remplacer le tourteau de soja, on pourra se fournir en drèche de blé ou en Corn Gluten Feed par exemple (tableau 4).


Modifier son système fourrager pour des économies sur le long terme

Si les co-produits permettent de réduire les coûts d’alimentation du troupeau, la solution la plus efficace sur le long terme reste l’amélioration de son autonomie alimentaire. Pour cela, une meilleure gestion du pâturage permet, outre des bonnes croissances des veaux sous les mères, de rentrer des animaux en état et ainsi d'économiser des concentrés en hiver, notamment pour les vêlages de fin d'hiver. Cette bonne gestion est indispensable afin de sécuriser les stocks de fourrage et de récolter de l’herbe de qualité pour alimenter les animaux durant l’hiver avec un minimum d’achat de concentrés. L'intérêt économique d'une bonne gestion des prairies a été chiffré par les réseaux d'élevage bovins viande de Normandie à plus de 10 % de l'EBE (pourcentage à vérifier) soit 4 600 € pour un troupeau de 80 vaches. Le remplacement de tout ou partie du maïs ensilage par une association graminées-légumineuses ou par de la luzerne lorsque le terrain est compatible permet également de limiter durablement les achats de soja.Les différentes années fourragères difficiles rencontrées ces dernières années doivent inciter à repenser les systèmes fourragers qui se sont révélés fragiles autant techniquement qu'économiquement.

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