L'Agriculteur Normand 05 novembre 2010 à 13h36 | Par Patrick CARTOUX - Chambre d’Agriculture 61 (avec Perrine Géhin)

Elevage - Investir dans la génétique en élevage allaitant, c'est rentable !

Dans le contexte morose actuel, un certain nombre d'éleveurs hésitent à investir pour leur élevage et en particulier dans la génétique. L'essentiel est bien souvent d'avoir un veau par vache. Et pourtant les preuves sont indiscutables…

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L’objectif de la sélection est de maximiser la marge économique de l'exploitation. Toutefois, dans le département, les outils de l'amélioration génétique en élevage allaitant sont encore peu utilisés par les éleveurs. Seuls 272 éleveurs “allaitants” sont adhérents à Orne Conseil Elevage, dont 102 contrôlent le poids de moins de 5 500 animaux. C'est insuffisant pour exercer une pression de sélection efficace et pour produire les reproducteurs mâles de qualité dont l’Orne a besoin.

La difficulté à généraliser le contrôle de performance et l'insémination artificielle ainsi que la complexité de l'achat d'un mâle de qualité sont les principaux freins à l'amélioration génétique habituellement évoqués. Mais au-delà de ça, trop d'éleveurs doutent encore qu'une conduite génétique raisonnée améliore le revenu.

Pourtant, si les conditions d'élevage permettent l'expression du potentiel génétique (alimentation, conduite du troupeau, état sanitaire), le nombre de veaux produits, leur croissance et leur conformation augmentent avec le progrès génétique du troupeau. C'est pourquoi un programme d'amélioration génétique est mis en œuvre par chaque race, à l'échelle nationale pour être plus efficace, afin de repérer, caractériser les reproducteurs et orienter leur diffusion.

L'amélioration génétique des troupeaux passe donc par une utilisation la plus importante possible des géniteurs ainsi décelés.

Plusieurs sources attestent de l'intérêt d'une conduite génétique raisonnée :

- les centres d'insémination artificielle nous montrent que selon la qualité de la descendance, les écarts de performances lors des contrôles en station sont importants ;

- l'Institut de l'élevage a conduit une étude sur les données d'abattage de 100 000 taurillons charolais qui a permis de souligner l'impact économique positif des outils de sélection. Par exemple, pour les taureaux d'IA agréés, on observe + 15 € de marge par taurillon en 20 ans de sélection et + 5 € de marge en 10 ans de sélection pour les taureaux issus de monte naturelle. Pour certains taureaux d'IA, on peut même monter à 25 € ou 30 € de marge en plus.

 

Les bienfaits de l’amélioration génétique à long terme validés par une étude-expérimentation nationale

Pour confirmer ces performances, durant 13 ans, l'exploitation du lycée agricole des Vaseix a prouvé sur un troupeau limousin que les animaux issus d’un programme de sélection sont plus performants que ceux issus de taureaux de monte naturelle non inscrits, achetés en ferme sur le seul “coup d'œil”.

La démonstration de ce programme de sélection a été lancée en 1989 avec pour objectif de comparer, dans un troupeau naisseur-engraisseur, l'impact technique et économique d'une conduite génétique rationnelle utilisant des taureaux issus du schéma de sélection, à une conduite empirique encore largement pratiquée.

110 mères réparties en 2 lots : 1 lot en conduite génétique “raisonnée” (D) et un lot en conduite “traditionnelle” (T), similaires par leurs origine, âge, morphologie, niveau génétique.

Les deux lots ont été conduits de la même manière avec une production de taurillons, de génisses viande et le renouvellement. L'alimentation et les conditions sanitaires identiques, ont été les meilleures possibles afin d'exprimer au maximum le potentiel des animaux (schéma 1).


 

- © DR

 

Les principaux résultats

- De bons résultats de reproduction

Quelle que soit le lot, les résultats de reproduction ont été semblables malgré l'insémination et le groupage des chaleurs et tout a fait honorable par rapport à la moyenne de la race (tableau 1).

 

- Des différences de niveau génétique mesurables  qui s’expriment

Le niveau génétique des femelles de chaque lot, à l'issue de cette démonstration, est éloquent.

Le lot “D” s'envole avec une supériorité de 11 points pour l'ISERV(1) et de 13 points pour l'IVMAT(2) par rapport à l'ensemble des vaches limousines de la base contrôlée. De plus, si on s'intéresse aux femelles conservées pour le renouvellement, les écarts entre lots sont de plus en plus flagrants. Les notes de pointages montrent une supériorité croissante des femelles jugées “bonnes à très bonnes” dans le lot de “Démonstration” alors qu'il n'en va pas de même dans le lot “Témoin” où l'on ne remarque pas d'amélioration des notes de pointage. Cette supériorité va de pair avec celle du niveau génétique (graphique 1).

 

- © DR

 

- Des résultats de productions éloquents

Au niveau des produits finis, la catégorie la plus intéressante à analyser est la production de taurillons, de par les effectifs conséquents abattus chaque année (tous les mâles commercialisés). Si on analyse les trois dernières campagnes de taurillons, 148 taurillons ont été abattus à un âge moyen de 504 jours pour un poids de carcasse de 407 kg. Le GMQ entre la naissance et l'abattage est supérieur de 72 g pour le lot “D”. Ecart qui s'accroît au fil des ans pour atteindre 103 g de gain par jour de vie pour les taurillons de la dernière campagne. Ces résultats s'expliquent par des taurillons du lot “D” légèrement plus lourds en moyenne à l'abattage (une quinzaine de kg), mais surtout car ils sont plus jeunes d'environ 3 semaines que ceux du lot “T” (graphique 2).

 

Un intérêt économique indéniable

Comme le laissaient prévoir les résultats précédents, la valorisation du lot “Démonstration” est supérieure à celle du lot “Témoin”, et encore sans intégrer à cette différence les gains liés à la moindre durée d’engraissement. Les prix au kg, et donc les prix des animaux, sont supérieurs dans le lot “D”, quelle que soit la catégorie.

Si on parle de marge brute et qu’on tient donc compte du renouvellement des taureaux plus onéreux pour le lot “D” ainsi que la pratique de l’insémination dans ce même lot, il s’avère que ces frais supplémentaires se révèlent des investissements rentables puisque largement compensés par les produits supplémentaires : la marge brute par UGB du lot “D” s’élève à 594 € tandis que celle du lot “T” est de 516 € ; ce qui fait un écart de 15 % (soit + 78 €/UGB) en faveur du lot de “Démonstration” (tableau 2).

Cette étude démontre que l'utilisation de taureaux d'insémination et de mâles choisis à la station de qualification de Lanaud procure au bout de 13 ans de sélection une marge brute supérieure de 15 % à celle d'un troupeau conduit avec des taureaux sans références achetés en ferme. La conduite génétique raisonnée du troupeau, sans créer de contraintes particulières, démontre bien son efficacité.

L'investissement placé dans ces taureaux qualifiés est à la fois techniquement et économiquement rentable.

La génétique est un investissement rentable, mais bien que les premiers résultats soient assez rapidement observables au niveau des produits commercialisés, c’est un investissement sur le long terme. Il faut faire preuve de patience, de persévérance et de constance dans les choix des reproducteurs pour bénéficier pleinement de ses investissements pour l’ensemble du troupeau.

 

(1) ISEVR moyen des animaux de l’élevage = Index moyen au sevrage. Traduit les qualités de croissance et de morphologie d’un animal au sevrage. Combine uniquement les index d’effets directs (INAIS, CR, DM, DS).

(2) IVMAT moyen des vaches de l’élevage = Index de valeur maternelle au sevrage. Traduit l’aptitude d’un reproducteur à produire des veaux de bonne qualité au sevrage. Combine les index d’effets directs CR, DM, DS et les effets maternels AVEL et ALait.

 

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