L'Agriculteur Normand 09 mars 2011 à 10h56 | Par Bernard HOUSSIN Chambre d'agriculture de la Manche

ELEVAGE - L'expression du potentiel laitier est possible avec du foin séché en grange

A la demande des syndicats AOC de Normandie, la ferme expérimentale de la Blanche Maison a étudié les rations avec du foin à partir des années 2000.

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Le foin ventilé est un fourrage très ingestible. Il permet des performances zootechniques très honorables.
Le foin ventilé est un fourrage très ingestible. Il permet des performances zootechniques très honorables. - © REUSSIR/Cyrielle Delisle

Les premiers essais ont été réalisés avec du foin séché au sol qui a démontré ses limites. Par la suite des essais analytiques et systémiques ont permis de démontrer que le foin ventilé est très ingestible et permet de bonnes performances zootechniques.Malgré un apport supérieur de concentré, la distribution de foin séché au sol s'est traduite par une forte réduction de la production laitière et une diminution des taux butyreux et protéique. Le foin séché au sol, utilisé par une majorité d'élevages, serait aujourd'hui difficilement compatible avec la demande actuelle des entreprises laitières.Un essai comparant une ration avec du foin ventilé à une ration maïs et à une ration mixte ensilage de maïs-ensilage d'herbe a alors été réalisé en 2005 afin d'évaluer l'incidence du séchage en grange sur l'ingestibilité de foins et de mesurer les effets sur les performances zootechniques et le profil en acides gras des laits.


Autant de lait et plus de taux protéique

Par rapport au lot “ensilage de maïs” et au lot “mixte”, le lot “foin ventilé” a consommé plus de fourrages (1 kg MS/VL). La production de lait et les taux butyreux sont plus faibles pour le lot “foin ventilé” mais les différences ne sont pas significatives. En revanche, le taux protéique du lot “foin ventilé” est significativement plus élevé par rapport au lot “ensilage de maïs” (+ 0.9 g/kg) et par rapport au lot “mixte” (+ 1.6 g/kg).Dans cet essai, le foin ventilé et l'ensilage de maïs avaient une bonne valeur alimentaire. Par contre, la teneur faible en matière sèche de l'ensilage d'herbe (20 %) peut expliquer la moins bonne ingestion avec le lot “mixte” et les performances zootechniques moindres avec ce régime, en particulier pour le taux protéique.Ces résultats encourageants ont conduit le Conseil d'orientation de la ferme expérimentale de la Blanche Maison à mettre en place, depuis 2006, un essai comparant deux systèmes fourragers, l'un basé sur le pâturage et l'ensilage de maïs (lot “EM”) et l'autre sur le pâturage et le foin séché en grange (lot “FV”) réalisé à partir de prairies multi-espèces.


Deux troupeaux conduits séparément

Depuis 2006, deux troupeaux de 30 vaches normandes sont conduits de façon indépendante l'un de l'autre. En hiver, les vaches du lot “EM” reçoivent de l'ensilage de maïs à volonté et les excédents d'herbe de leur circuit de pâturage récoltés en ensilage d'herbe. Les vaches du lot “FV” reçoivent du foin ventilé à volonté provenant des prairies multi-espèces qui leur sont affectées et des excédents d'herbe de leur circuit pâturage. Les quantités de concentrés entre les deux lots sont toujours identiques. Seule la nature du concentré change en hiver pour que les rations de deux lots soient iso-PDI et permettent de couvrir environ 30 kg de lait. La conduite au pâturage est identique pour les deux lots.

- © CA 50

Moins de lait en hiver avec le système “foin ventilé”

Les ingestions sont identiques pour les 2 lots en hiver et au pâturage (ingestion totale de 19.6 kg MS/VL dont 3.7 kg MS de concentrés).L'écart de production exprimé en lait annualisé intégrant les durées de lactation et de tarissement entre les deux lots de multipares n'est pas significatif (+ 298 g/VL/an). En revanche, l'écart est significatif pour les primipares (+ 583 g/VL/an) en faveur de celles du lot “EM”.Sur la période hivernale, les productions de lait brut et le taux butyreux sont toujours supérieurs pour le lot “EM”. Par contre, aucune différence entre les deux lots n'a été observée sur le taux protéique. La synthèse de matières grasses est donc plus importante pour le lot “EM” de même que la synthèse de matières protéiques.Au pâturage, l'écart de production de lait brut n'est significatif que pour les primipares (+ 1.8 kg/VL/jour en faveur du lot “EM”). Les taux butyreux et protéique sont identiques pour les deux lots. Sur la période de pâturage, la quantité de matières grasses produite est toujours supérieure pour le lot “EM” mais la différence est moindre par rapport à la période hivernale : + 38 g/VL/j pour les multipares (non significatif) et + 74 g/VL/j pour les primipares (significatif) en faveur du lot “EM”.La synthèse de matières protéiques est équivalente pour les multipares (+ 12 g/VL/j pour le lot “EM”). Elle est un peu supérieure pour les primipares du lot “EM” (+ 55 g/VL/j) (tableau 1).Les quantités ingérées de fourrages et concentres sont équivalentes entre les deux lots, par contre la valeur énergétique du foin séché en grange est inférieure à celle du maïs (0.82 UFL/kg MS vs 0.92 UFL/kg). Cet écart induit une différence d'apport d'énergie d'environ 1.5 UFL.VL/jour en hiver et il en découle une différence de production laitière et de matières protéiques en faveur du lot “EM”.


Au pâturage, autant de lait pour les multipares

Au pâturage, sans apport d'autres fourrages, les multipares nourries au foin ventilé en hiver retrouvent le niveau de production de leurs homologues nourries à l'ensilage de maïs. Par contre, les primipares conservent une production laitière inférieure de l'ordre de 11 %. Dès la deuxième lactation, cet écart n'existe plus. Ainsi, sur l'année, l'écart de productivité dépendra de la qualité des fourrages récoltés, de la répartition des vêlages, de la proportion de pâturage dans la ration et du pourcentage de primipares dans le troupeau.Le niveau laitier avec du foin ventilé est lié à la qualité des foins récoltés. Des variations intra et inter-annuelles sont donc possibles tout comme avec d'autres fourrages. L'amélioration du pourcentage des légumineuses dans les prairies et l'expérience accumulée dans la réalisation de foins de qualité expliquent aussi une meilleure maîtrise de la qualité des rations et une amélioration des performances laitières. Par exemple, l'essai analytique réalisé par la ferme expérimentale de la Blanche Maison, en 2005, avec du foin composé de ray grass et de trèfle blanc récolté au plus tard au stade début épiaison de la graminée n'a pas montré d'écart significatif sur la production laitière par rapport à une ration ensilage de maïs.


Des variations d'état corporel plus importantes avec le foin

En période hivernale, avec des vêlages d'automne, les multipares nourries au foin ventilé perdent plus de poids et un peu de note d'état si on les compare à celles nourries au maïs. Fin août, après la production de lait au pâturage, la note d'état accuse toujours du retard (0.4 point) mais est équivalente au vêlage suivant. Il semble que l'état corporel des multipares nourries au foin ventilé soit plus variable au cours de l'année comparativement à celles nourries au maïs ensilage : plus de perte en période hivernale et plus de gain au pâturage et lors du tarissement.Ces périodes sont cruciales pour maintenir un état correct au vêlage suivant. Les primipares subissent moins d'écarts au cours de l'année, il est vrai qu'elles produisent aussi moins de lait.Le foin ventilé est un fourrage très ingestible. Il permet des performances zootechniques très honorables. Elles peuvent être équivalentes à celles des rations avec ensilage de maïs si le foin est récolté jeune et composé d'une part significative de graminées et légumineuses digestibles.

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