L'Agriculteur Normand 31 août 2012 à 09h53 | Par Jean-Marc CARBONIERE Vétérinaire-Conseil GDS 50

Elevage - Schmallenberg : une nouvelle maladie des ruminants

Depuis la fin de l’été 2011, un nouveau virus (virus de Schmallenberg) est apparu dans l’Ouest de l’Europe chez les ruminants domestiques.

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Veau mort né atteint de la maladie de Schmallenberg et vache après vélage.
Veau mort né atteint de la maladie de Schmallenberg et vache après vélage. - © (JC GUTNER)

Ce virus, transmis par des moucherons, est à l’origine de malformations chez les agneaux et veaux nouveau-nés. Ce passage du virus sur des femelles pleines a eu pour conséquence des pertes économiques non négligeables, notamment dans les troupeaux de moutons. De nouveaux cas pourraient être observés fin 2012, suite à la reprise de la circulation du virus depuis le printemps dernier.


Une maladie touchant toute l’Europe de l’Ouest

A partir d’août 2011, des éleveurs de bovins néerlandais et allemands de régions limitrophes, notent l’apparition de diarrhée aigue et une chute de lait sur des vaches laitières. Ces signes régressent en quelques jours. Les analyses effectuées à l’époque ne permettent pas d’identifier une cause connue (alimentaire, toxique ou sanitaire).Dans ces mêmes régions de ces 2 pays, naissent à partir d’octobre 2011, des agneaux malformés (encadré). Des chercheurs allemands vont isoler à partir de ces agneaux, un nouveau virus (appelé virus de Schmallenberg -ville proche des premiers foyers), jamais décrit nulle part ailleurs.Progressivement, à partir de décembre 2011, les cas de naissances d’agneaux malformés se sont étendus à toute l’Europe occidentale (Belgique, Grande-Bretagne, Luxembourg, Italie et Espagne).A partir de fin janvier 2012, les premiers cas européens de veaux malformés sont apparus en Allemagne, en Belgique et aux Pays-Bas ; et la maladie a atteint dans les mois suivants le reste de l’Europe de l’Ouest.

- © GDS 50

La France : principal pays atteint

La France a connu ses premiers cas en janvier et février derniers, respectivement pour les agneaux et les veaux malformés.Depuis ces premiers cas, 2 650 troupeaux français de ruminants domestiques (carte) ont été reconnus atteints par une analyse positive : 57 % des cas concernent des cheptels bovins, 43 % des cheptels de moutons, enfin de rares cheptels de chèvres ont été touchés.

Des conséquences variables dans les troupeaux atteints

Des enquêtes effectuées par les Groupements de Défense Sanitaire dans les élevages français confirmés atteints, à la demande du Ministère de l’Agriculture, ont permis de mieux évaluer les conséquences du passage du virus.Une 1re constatation a été réalisée : les dégâts provoqués par ce virus sont très variables d’un troupeau à l’autre. Ainsi, si moins de 10 % des brebis ont présenté des troubles évocateurs dans presque 1/3 des cheptels atteints, plus de 30 % des brebis ont présenté des troubles évocateurs dans un autre tiers des cheptels atteints. Cette variabilité d’atteinte s’observe aussi dans les troupeaux de bovins, mais avec une ampleur plus faible. Des prises de sang réalisées en France dans différents troupeaux confirment cette variabilité, même dans des cheptels parfois très proches.Par contre, les troupeaux de moutons ont été plus touchés que ceux de bovins, puisque 2 fois plus d’agneaux nouveau-nés (15 % en moyenne) que de veaux nouveau-nés (7 % en moyenne) sont atteints dans les cheptels concernés.


Encore de nombreuses questions !

Si des interrogations se posent encore au sujet de l’origine de la maladie, les éleveurs de ruminants domestiques sont surtout inquiets concernant l’avenir de la maladie.Si de nouveaux cas sont à craindre dans les régions, les troupeaux, les lots ou sur les femelles gestantes, qui n’ont pas encore été touchés, qu’en sera-t-il pour les femelles qui ont déjà rencontré ce virus ?Des études menées en Australie et au Japon sur un virus (Akanabe) très proche du virus de Schmallenberg, ont mis en évidence qu’après une série de naissances de malformés suite à l’arrivée du virus Akanabe dans ces pays, les cas se sont fortement réduits les années suivantes ; la majorité des brebis et des vaches s’étant naturellement protégées entre temps. Il pourrait en être de même pour le virus de Schmallenberg.Dans l’attente de la confirmation de cette hypothèse, des traitements contre les moucherons, pour protéger les vaches et les brebis, pendant la 1re moitié de gestation peuvent être entrepris.

Quand suspecter la maladie de Schmallenberg ?

L’intervention du virus de Schmallenberg peut être suspectée lors de la naissance d’agneaux ou de veaux nouveau-nés ou d’avortons présentant des malformations : pattes recroquevillées sous le corps avec des articulations bloquées, cou tordu.Ces malformations sont souvent à l’origine d’agnelages ou de vêlages difficiles.Une analyse sur le sang du nouveau-né ou de la mère permet de confirmer la maladie.


Pourquoi la maladie de Schmallenberg provoque-t-elle ces malformations ?

Ces malformations sont dues à la contamination des agneaux et des veaux dans le ventre des mères par le virus de Schmallenberg (transmis par les mêmes moucherons que ceux véhiculant la Fièvre Catarrhale Ovine) qui perturbe la formation d’un certain nombre d’organes, notamment au niveau des membres et de la colonne vertébrale. La période à risque est le 2e mois de gestation chez la brebis et les 4e et 5e mois de gestation chez la vache.Dans la Manche, la période de contamination majeure s’est située entre début octobre et mi-novembre 2011.

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