L'Agriculteur Normand 09 mars 2010 à 17h55 | Par Eddy Cleran CA 50

Environnement - Agronomie et foresterie

Associer sur la même parcelle à la fois des arbres et des cultures, c'est possible. En terme de production, le rendement global est même augmenté

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Les études montrent que l'introduction d’arbres en plaine diversifie toujours le milieu y compris le sol et le microclimat.
Les études montrent que l'introduction d’arbres en plaine diversifie toujours le milieu y compris le sol et le microclimat. - © DR

L’arbre protège et fertilise les sols. C'est un fait démontré et valorisé par l'Agroforesterie(1). Cette spécialité agronomique au départ “traditionnelle” a été étudiée de près par le CIRAD(2) puis l'INRA. Les dernières études montrent non seulement qu'agriculture et arbres sont compatibles, mais que la production globale du système augmente en moyenne de 40 %. Pour des parcelles de peupliers et de céréales, l’INRA a montré qu’une exploitation de 100 ha en agroforesterie produira autant de bois et de grains qu’une exploitation de 140 ha cultivant d’une part, des céréales et d’autre part, des peupliers.
Il n'y a rien de nouveau, beaucoup d’agriculteurs maintiennent ou cultivent les arbres. Un bocage aménagé avec des haies valorisées est un système Agroforestier. Depuis 20 ans, les chercheurs agronomes étudient et précisent régulièrement les conditions de cultures, la technique et la rentabilité d'une production agricole en mélange avec le bois. Ils proposent aujourd'hui des systèmes innovants sur des parcelles qui conserveront leurs vocations agricoles, avec un statut foncier inchangé.

Les systèmes agroforestiers bénéficient de l'avantage naturel des arbres et de la biodiversité
Les paysages de plaines agricoles se caractérisent souvent par une faible diversité d’espèces cultivées sur de larges étendues. La régulation des ravageurs et des “plantes indésirables” nécessite l'utilisation de produits agro-pharmaceutiques. Les études montrent que l'introduction d’arbres en plaine diversifie toujours le milieu y compris le sol et le microclimat. Des communautés d’espèces vivantes variées sont favorisées, au pied, sur les arbres et dans le sol. L'équilibre entre les espèces est ainsi favorisé. La bonne gestion de ces équilibres rend plus difficile les attaques de ravageurs, devrait permettre de limiter les traitements et donc de faire des économies.
En système agroforestier, l'enracinement d’un arbre est formé pour être plus profond que celui d’un arbre ordinaire. Il s'approvisionne donc en eau et en sels minéraux, sans concurrencer la culture. Dans certains cas, ils améliorent même leur disponibilité !
Le bilan organique de la parcelle est aussi amélioré par les arbres et l'enherbement au pied. Les arbres contribuent à l'enrichissement du sol en matière organique par l’apport de litière des feuilles et par la décomposition annuelle des racines fines en profondeur. La porosité du sol et sa capacité de stockage d’eau et d’éléments nutritifs sont ainsi améliorés.

Des arbres pour stocker du carbone. Une action reconnue et recommandée par le protocole de Kyoto
L’introduction d’arbres dans une parcelle agricole induit un stockage additionnel de carbone. Ce stockage s’effectue dans le bois et dans la matière organique incorporée dans le sol. Par son enracinement, l’arbre injecte donc, dans les horizons profonds du sol une quantité non négligeable de carbone. A ces profondeurs, l’activité microbienne est réduite et le carbone injecté y est stocké durablement. L’agroforesterie fait partie des actions recommandées par le protocole de Kyoto et par le GIEC(3) pour atténuer le changement climatique en limitant l’augmentation de la teneur en CO2 de l’atmosphère.

L’agroforesterie est avant tout une technique de gestion de l'éclairement de la parcelle
La lumière interceptée par les arbres varie au cours de la journée, des saisons et au fil des ans. La compétition pour la lumière devient importante lors de la deuxième moitié de la vie de l’arbre. Par contre, en cas de sécheresse, la protection des arbres réduit l’évaporation du sol et la transpiration de la culture. Par exemple, le rendement de la culture baisse significativement quand l’éclairement de la culture tombe en dessous de 60 % du rayonnement incident. Cela
correspond à un seuil de 50 ar-bres/ha, pour des arbres de 15 mètres de haut. Cela se traduit sur le choix de la densité et de l'essence.
Le secret de l’agroforesterie c’est donc en premier lieu le choix du mélange arbres/culture et de la densité. Ensuite, c'est la maîtrise de l’arbre et son forçage pour “valoriser” l’espace non utilisé par les cultures agricoles. Par exemple, les racines des arbres doivent s'alimenter en profondeur et remonter l’eau et les sels minéraux.
Les interventions de l’agriculteur visent à mettre en place un assolement qui favorise les interactions positives et à les gérer. L'association arbres - cultures doit être plus productive qu’un assolement “agriculture - forêt”. Les expérimentations donnent une production de biomasse supérieure de 10 à 60 %.
Au niveau des interventions techniques, l'agriculteur doit être au fait de la formation du système racinaire et des branches des arbres. Pour la partie culture, rien ne change, il y a simplement une adaptation, car au début, la progression sur les parcelles est plus lente à cause des arbres. Dans le cas, par exemple, des arboriculteurs, l'adaptation est rapide et il n’y a pas de différences.

Il est possible de maintenir le revenu agricole et de le compléter à terme avec celui des arbres
Le revenu agricole est maintenu. Le rendement des cultures intercalaires ou du pâturage reste stable longtemps (10 à 25 ans sur 90 % de la parcelle). Il diminue ensuite lentement.
Les parcelles agroforestières sont prisent en compte dans les aides de la PAC. Depuis 2006, une parcelle boisée est considérée comme agricole dès lors que le nombre d'arbres par hectare est inférieur ou égal à 50. Cela signifie qu'une parcelle cultivée, en dessous de cette densité maximale est admissible aux DPU, et ce pour la totalité de sa surface, y compris pour l'emprise des arbres.
En plus, les arbres poussent beaucoup plus vite en présence de cultures. Bien entretenus, ils donnent un bois valorisable classé en 1er choix (déroulage, tranchage, ébénisterie)(4). La densité de plantation plus faible permet de concentrer les interventions sur les arbres, alors qu’en schéma forestier classique il s’agit de cultiver un “peuplement d’arbres”.

Le statut des parcelles en agroforesterie est clairement agricole
Sur le plan fiscal, le statut mixte agricole et forestier (avant 2006) ne peut plus s'appliquer si la densité d'arbre est inférieure à 50/ha. Une parcelle agro forestière relève donc du statut agricole.
Avec un boisement de terres agricoles “classique” (densité d'arbres supérieure à 800/ha), on change complètement le statut de la parcelle qui devient forestière. Avec un projet agroforestier, la parcelle continue à relever des catégories existantes, par exemple “grandes cultures” pour l'impôt foncier.
Il est possible de cultiver jusqu’à la coupe des arbres avec une réduction modérée de la production agricole. Le revenu des arbres fait plus que compenser la diminution de celui des cultures due à leur emprise. Pour une densité inférieure ou égale à 50 arbres par hectare, la rentabilité est plus élevée que celle d’une agriculture sans arbre. Ceci étant, pour une parcelle donnée, ce sont le choix des mélanges, le choix de la densité et le choix des écartements entre ligne puis le suivi des arbres qui déterminent la rentabilité. Avant de se lancer un bilan “économique” du projet et de l’exploitation agricole est indispensable. L’introduction d’une activité nouvelle dans un système d’exploitation a toujours de multiples conséquences. Dans le cas de la culture d’arbre, la décision engage en plus sur le long terme.
Eddy CLERAN
Chambre d'Agriculture de la Manche



(1) : Bibilographie : “Des arbres et des cultures” 2008 - Edition France Agricole, Christian Dupraz, Fabien Liagre.
(2) : CIRAD : Centre de Coopération Internationale en Recherche Agronomique de Développement.
(3) : GIEC : Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat.
(4) : valeur du bois d'œuvre : de 100 à 1 000 €/m3 selon la qualité et l'essence plantée.

Repères techniques

Densité de plantation : de 30 à 50 plants par hectare. Ce qui permet à l'ensemble de la surface de la parcelle d'être éligible aux DPU. Avec cette densité, le rendement de la culture intercalaire varie peu durant la première moitié de la rotation des arbres.
Espacement entre les lignes : de 25 à 35 mètres, ce qui permet, par exemple, de passer entre les lignes avec la plupart des rampes de pulvérisateur.
Espacement sur la ligne : de 4 à 10 mètres.
Investissement : de 500 à 800 €/ha (préparation et plantation).
Age de la récolte : de 20 à 60 ans.
Essences préconisées : feuillus nobles à racines pivotantes (noyer, merisier, cormier, érable, poirier, châtaignier….).
(4) Valeur du bois d'œuvre : de 100 à 1.000 €/m3 selon la qualité et l'essence plantée.
Production agricole :
70 % de la surface de la parcelle reste cultivée jusqu'à la récolte des arbres.
Peu de différence de rendement pendant la première moitié de la rotation des arbres puis 50 à 80 % du rendement de référence est encore produit sur la deuxième période.
Sur des parcelles sensibles à la lixiviation ou à l'érosion, l'effet des arbres et/ou de leurs houppiers est bénéfique.

Stéphane Pestel, Chambre d'Agriculture de la Manche

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