L'Agriculteur Normand 11 décembre 2010 à 10h48 | Par Eddy CLERAN Chambre d'Agriculture de la Manche

Environnement - La haie cynégétique : un aspect fonctionnel de la biodiversité

Toutes les haies sont des habitats potentiels pour la faune. Il est possible de favoriser le petit gibier à partir des haies en associant les essences à fruits et en ayant des bonnes pratiques.

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D'une manière générale pour les mammifères, la haie fournit la nourriture, le confort, la sécurité et un couloir de déplacement.
D'une manière générale pour les mammifères, la haie fournit la nourriture, le confort, la sécurité et un couloir de déplacement. - © FR des Chasseurs de Normandie - FD Chasseurs 50

Les agriculteurs connaissent bien l'intérêt de la chasse pour la gestion de la faune sauvage dans les campagnes. Pour que la chasse se maintienne comme activité de loisirs et continue à réguler les espèces, y compris pour les espèces classées nuisibles, il faut rendre attractives les campagnes et avoir une bonne gestion des espèces chassées. Par sa capacité d'accueil, la haie y contribue.Dès sa plantation, la haie présente un fort intérêt pour la faune, en particulier pour le petit gibier. Toutes les espèces sont concernées. Elle favorise la diversité et l'équilibre des espèces grâce à sa stratification. La diversité des micros habitats des haies permet l'existence d'un grand nombre de plantes qui, elles-mêmes, sont favorables aux au-tres espèces végétales et animales. En zone agricole déboisée, il suffit de connaître le fonctionnement du système et de planter des haies pour faire revenir naturellement le gibier.


La haie est vivante : la faune la colonise pour le refuge, la nourriture et la reproduction

D'une manière générale pour les mammifères, la haie fournit la nourriture, le confort, la sécurité et un couloir de déplacement. Pour les oiseaux, selon le type de haie, différentes espèces viennent se nicher, communiquer. Les comptages réalisés en Ille-et-Vilaine montrent par exemple, la présence de 99 couples et 40 espèces aux 10 hectares en zone arborée contre seulement 35 couples et 23 espèces en zone sans arbre. Pour les rapaces, dont chacun connaît leur rôle important pour la régulation de certains ravageurs des cultures, la haie est un poste d'observation et de reproduction. La quantité, la spécificité et la densité des oiseaux est directement liée à la densité de haies. Pour les insectes (pollinisateurs), les arbres, les arbustes, les bords de champs et les plantes mellifères fournissent en particulier le pollen et le nectar… idem pour les syrphes et autres auxiliaires des productions agricoles. Pour les amphibiens et les reptiles, la haie fournit la nourriture et l'abri : les reptiles côtés ensoleillés, et les amphibiens, côtés frais ou humides. Pour les auxiliaires laboureurs que sont les lombrics, la haie constitue aussi un refuge stable : Ils y trouvent une alimentation en micropédo-flore et faune. Le long des haies, on dénombre 40 fois plus de lombrics qu'en plaine.


En connaissant le fonctionnement des systèmes de boisement on peut favoriser, faire revenir ou partir naturellement le gibier

La strate basse des haies favorise la nidification au sol. Avec une bande herbeuse, épineuse et une orientation ensoleillée, c'est la perdrix grise qui est favorisée. Ce type de couvert sert aussi au lièvre, au lapin, et au chevreuil. Avec des arbustes à baies et des épineux, aubépine, prunellier, groseillier, framboisier, ronces, cornouiller, troène, fusain, sureau, on favorise le faisan, les grives, les merles, la tourterelle des bois. Une étude de ONCFS, montre qu'un pied de haie d'aubépine peut produire jusqu'à 4 kg de baies qui pourra nourrir ce type de gibier.Avec les arbustes hauts et les arbres, on favorise la communication, la reproduction et le refuge des oiseaux sur les branches. Ajoutons alors à la liste des espèces, les passereaux et les pigeons. Ils resteront encore plus facilement si les arbres portent un peu de lierre. Les chênes sont très nourriciers pour toute la faune. Les arbres sont aussi des postes d'observation pour les chouettes, les hiboux, les buses et les éperviers. Avec les arbres, on favorise aussi l'apport de feuille et de matière organique au sol et ce sont les lombrics qui alimentent alors un grand nombre d'oiseaux, bécasses, grives, vanneaux ou limicoles.

- © DR

Comment planter une haie cynégétique et choisir les essences ?

La plantation d'une haie s'effectue de novembre à mars hors périodes de gel, de neige ou d'engorgement du sol.Pour le choix des essences composez la haie avec les essences locales. Favorisez toutes les espèces à baies ou à fruits (néflier, sorbier, sureau…), à drupes (merisier, prunellier, houx…) à fruits secs (chêne, hêtre, châtaignier, noisetier…). Egalement, lorsque cela est possible, conservez les buissons d'aubépine des anciennes haies et espacez les tailles pour leur permettre de fructifier (au moins 3 ans).Ce choix est aussi déterminé par le sol, le climat et les rôles attendus de la haie, observez ce qui pousse déjà dans le secteur. Dans la conception de la séquence de plantation et du dispositif, n'hésitez pas à prendre contact avec les “planteurs” de haie associatifs ou institutionnels locaux. S'il faut retenir une chose : pensez à maintenir un bon équilibre entre strate haute et basse. Une simple haie basse sera plus pauvre, elle n'alimentera pas toute la chaîne écologique.Il est aussi intéressant de tenir compte des périodes de fructification des essences recherchées par la faune afin d'obtenir un étalement de la production de fruits (tableau page suivante). Ensuite associez les espèces d'arbres, d'arbustes de tailles variées en introduisant également des espèces à feuilles persistantes ou marcescentes locales (houx, troène…).


Conseils de mise en place de la plantation

Plantez des jeunes plants sous paillage biodégradable, sur plusieurs rangs lorsque cela est possible. Ecartez les plants de haut-jet de 10 à 15 mètres. S'ils sont destinés à être recepés alors rapprochez les à 2 ou 3 mètres. Les arbustes complèteront la séquence pour obtenir une densité minimale d'un plant par mètre.Pour la plantation, faites un sous soulage ou travaillez le sol en faisant un trou de plantation nettement plus important que la dimension des racines. N'hésitez pas à “habiller” les plants par une taille des racines (les racines abîmées et les racines trop longues) et des branches pour obtenir un plant équilibré. Faites également un bon pralinage des racines. Elles sont trempées dans un mélange terre, eau, bouses avant la mise en terre. Une fois en place, bien tassez la terre au niveau des racines et ajustez le niveau du sol au niveau du collet du plant (partie renflée entre la tige et la racine).

- © FR des Chasseurs de Normandie - FD Chasseurs 50

Entretien des plantations et des haies

Peu d'entretien sauf dégagement des plants en cas de reprise difficile et protection par les clôtures habituelles.Pour les arbustes, selon vos objectifs de fructification ou de ramification pour le brise-vent : taille dès la plantation et pendant 3 ans, en sortie d'hiver. Elle se pratique au sécateur manuel, sous la forme d'un éboutage des branches et en “périphérie”.Pour les arbres de haut-jet : défourchage des arbres entre 3 et 5 ans et élagage entre 5 et 10 ans sur seulement le tiers de la hauteur de l'arbre et selon vos objectifs de production de bois d'œuvre.Concernant les haies, il faut éviter les interventions uniformes et systématiques et valoriser ses pratiques de gestion “différenciées”. Il est également recommandé d'intervenir en dehors des périodes de reproduction (avant le 31 mars et après le 15 juillet). Il est préférable d'éviter le désherbage chimique et de conserver le lierre sur quelques vieux arbres creux et en général de maintenir la présence des lianes, clématites, ronces... Lors des opérations de coupe, pensez aussi à conserver quelques buissons. Pour ceux qui optimisent leur production “bois énergie”, il est conseillé de répartir les coupes dans le temps et dans l'espace afin de ne pas dénuder l'ensemble d'un secteur. Pour faciliter ces opérations, il est possible de faire un plan de gestion des haies. Concernant la bande herbeuse, éloignez la clôture de la haie d'au moins 1,50 mètre de part et d'autre (soit la largeur d'une tête d'épareuse) et entretenez cette lisière (ou le talus herbeux) par une fauche tardive (après juillet) pour permettre la fructification des espèces herbacées. On multiplie ainsi la diversité floristique et les possibilités de reproduction pour les espèces animales de milieu ouvert.L'ensemble de ces recommandations sont intéressantes quelle que soit la motivation du boisement. Même avec une volonté affirmée de faire des haies “spécialisées” cynégétiques ; la haie n'en restera pas moins multifonctionnelle et portera bien d'autres intérêts pour l'agriculture et le paysage. N'oubliez pas les taillis et la formation des arbres à bois d'œuvre, ils peuvent aussi avoir à terme une valorisation économique directe.

La plantation de haies cynégétiques dans la Manche

Depuis les années 90, la Fédération des Chasseurs de la Manche subventionne des opérations de plantation. La première opération a été réalisée dans le cadre d’une action nationale “Les mains vertes de l’opération Sainte-Catherine”. Depuis, plus de 12 000 arbres ont été plantés. Cette opération a été intégrée dans de nombreuses actions opérationnelles du schéma départemental de gestion cynégétique. La haie, élément fixe du paysage, est essentielle pour le maintien et le développement des espèces de petit gibier et les espèces migratrices terrestres. Chaque année, des plantations de haies cynégétiques, de bosquets sont réalisées à la demande des sociétés de chasse locales ou des territoires privés adhérents. Sur le département de la Manche, les grands critères d’éligibilité de la haie cynégétique de la fédération sont les suivants :- avoir la maîtrise foncière et faire une déclaration d’intention avant le 15 juin de l’année de plantation auprès du service technique de la Fédération ;- être adhérent de la Fédération (services complémentaires) ;- démontrer l’intérêt pour la faune sauvage ;- accepter une intervention pédagogique avec des scolaires sur le lieu de plantation ;- s’engager à réaliser le travail du sol, la plantation et l’entretien ;- protéger les plants en cas de dégâts ;- avoir la maîtrise foncière.En contrepartie, la Fédération des Chasseurs de la Manche s’engage à fournir, gratuitement, les plants.Pour plus d’informations : Aide de la Fédération des Chasseurs de la Manche - Téléphone 02 33 72 63 63. Information technique plantation : www.manche.chambagri.fr/environnement/boisementDavid Guérin - Fédération Départementale des Chasseurs de la Manche

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