L'Agriculteur Normand 31 août 2016 à 08h00 | Par V. Motin

Epandage par aspersion : le bon tuyau du GAEC de la Jugletière

Le traitement des effluents d’élevage peu chargés est une alternative choisie par le GAECde la Jugletière à Anceins (Orne). En séparant les eaux dîtes blanches, vertes ou brunes, l’épandage s’automatise. Laurent Roche et Emmanuel Roger limitent le stockage du lisier dans la fosse. Leur solution a été mise en place par la société Effiterr, basée à Alençon.

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- © VMM

Le traitement primaire des effluents peu chargés permet de limiter les volumes de stockage. C’est l’une des clés de l’investissement réalisé au GAEC de la Jugletière. Jusqu’à deux fois par mois en hiver, Laurent Roche et Emmanuel Roger branchent leur enrouleur. Ils épandent ainsi leurs eaux blanches, vertes et brunes sur la prairie qui jouxte la stabulation.


Épandage autorisé toute l’année

Ces eaux, faiblement chargées (moins de 0,5 unité d’azote au mètre cube), sont épandues par aspersion 365 jours par an. « C’est autorisé toute l’année lorsque l’épandage est réalisé à basse pression sur une prairie de plus de 6 mois », explique Emmanuel Roger. Autre avantage de ce système, selon l’éleveur : sa rapidité et le gain de temps qu’il procure.  20 minutes sont nécessaires lors de l’installation. L’aspersion est ensuite automatisée. 30 m3 sont épandues en 5 à 6 heures. « Nous sommes dans la logique d’utiliser la main d’œuvre au mieux. Aujourd’hui quand on sort la tonne, le lisier transporté est riche. On ne trimballe pas de la flotte ». Le système d’enrouleur s’avère léger à mettre en place. Un quad ou un tracteur de cour suffisent. Dans ce secteur aux terres argileuses, l’épandage se révèle donc possible même lors des  périodes humides. Le sol doit simplement être ressuyé. En séparant les eaux blanches, vertes, et brunes de l’élevage, ces agriculteurs s’épargnent le transport de 1 000 à 1 200 m3 dans la tonne de la CUMA. Soit plus d’un quart des effluents totaux du cheptel.


« Moins de transport de flotte »

La GAEC de la Jugletière a adopté cette solution en 2012. Les deux associés de l’exploitation se sont laissés convaincre une fois la calculette sortie. « De prime abord, on se dit que la tonne à lisier reste la solution la plus simple. Puis, on se rend compte que ce n’est vraiment pas valable de transporter de l’eau pour l’épandre. Une heure de tracteur avec chauffeur coûte au minimum 50 € », justifie Emmanuel Roger. Reste la question du coût de l’installation. Sur cette exploitation, l’investissement dans le traitement des eaux usées avec épandage mécanisé sur prairie équivaut à la construction d’une nouvelle fosse. Les agriculteurs s’y retrouvent donc très rapidement sur les coûts de fonctionnement. « Mais, de nombreux cas de figure existent. Nous nous adaptons à l’historique de l’exploitation », indique Eric Rondeau, technico-commercial de la société Effiterr (ex GDS services 61).


Mettre en place un bassin de décantation

Au GAEC de la Jugletière, la fosse bâtie en 2005 était devenue trop petite pour absorber l’augmentation de cheptel. Avec les activités laitières et de transplantation embryonnaire, la ferme compte 350 à 360 animaux. Plutôt que de reconstruire un stockage des effluents d’élevage plus imposant, Effiterr a proposé de réhabiliter une première fosse construite en 1992. Sa capacité de 80 m3 suffit à créer un bassin de décantation. « Nous y avons donc installé un puit de pompage dans lequel une pompe est ensuite connectée à l’enrouleur », poursuit Eric Rondeau.


Economie sur le coût de fonctionnement

Le GAEC de la Jugletière a ainsi évité l’extension du stockage et a même donné une seconde jeunesse à une vieille fosse. Néanmoins, le système de décantation peut être réalisé grâce à une géomembrane. Ce coût supplémentaire ne freine pas la compétitivité du concept, selon les estimations d’Effiterr. Dans ce cas, l’investissement dans le bassin tampon de sédimentation avec épandage par aspersion revient donc à 25 % plus cher que la construction d’une nouvelle et unique fosse. Cependant, le coût d’utilisation est divisé par 7. Car les interventions sur le bassin de sédimentation se limitent à l’entretien de l’enrouleur et de la pompe.  Le concept mérite d’être réfléchi au moment de l’agrandissement du cheptel ou d’une mise aux normes.

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