L'Agriculteur Normand 01 juillet 2010 à 16h29 | Par T.Guillemot

Equipement - Dans la Manche, on apprivoise la barre d’effarouchement

Ce n’est pour l’instant qu’un prototype mais, au nom de la biodiversité, on teste dans la Manche une barre d’effarouchement. Objectif : sauver couvées de perdrix et faisans, nichées de lièvres, faons...

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La barre d’effarouchement est règlabe en largeur. (© TG)

Les références sont rares sur le sujet mais une étude menée en  Ille-et-Vilaine laisse apparaître que, dans la luzerne, 10 à 20 % du petit gibier présent dans la parcelle, subissent les foudres des tambours et couteaux des faucheuses. “Soit une mortalité équivalente à la prédation naturelle ou bien encore au prélèvement effectué pas les chasseurs”, fait-on remarquer du côté des Fédérations de Chasseurs. Sans citer de chiffres, Marc Lecoustey (agriculteur à Le Plessis-Lastelle dans la Manche) reconnaît que faucher ou ensiler provoque des dommages collatéraux sur les populations de gibiers, gros et petits. “Tous les ans, on flingue des petits chevreuils dans les ensilages d’herbe et ça ne fait plaisir à personne”. Encore ne s’agit-il là que du côté visible, car concernant un perdreau ou un levreau, l’incident passe souvent inaperçu.

Provoquer la fuite du gibier
Ce n’est pas l’image que l’on souhaite donner du métier d’agriculteur”. Marc Lecoustey évoque le sujet de la biodiversité et de sa préservation coiffé d’une triple casquette. Tout d’abord en tant qu’élu Chambre d’Agriculture, actrice du dossier. En tant que responsable de la FD CUMA, un réseau où l’on partage du matériel (dont de nombreuses faucheuses) mais aussi des valeurs et des idées. Enfin en tant que chasseur qui, comme tout bon chasseur, est sensible à la gestion des ressources cynégétiques. “On tente le coup, on n’impose rien”, souligne-t-il en préambule. Mais le coup est bien parti. Il a été tiré le 15 février dernier sous la forme de la signature d’une convention AGRIFAUNE (lire par ailleurs) entre la Chambre départementale d’Agriculture de la Manche, la Fédération Départementale des Chasseurs, la Fédération Départementale des CUMA et l’Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage.
La seconde étape s’est déroulée dans les ateliers des Ets Lenormand, fabricant de matériels agricoles à Perriers (50), pour la mise au point d’un prototype.
Prototype en démonstration le 30 juin dernier dans une parcelle de prairie naturelle du Parc des Marais du Bessin et du Cotentin.
La barre d’effarouchement (règlable en fonction de la largeur de fauche) est positionnée à l’avant du tracteur. Elle est munie de chaines disposées tous les 35 cm. Le bruit provoqué et les mouvements générés ont pour fonction d’effaroucher les animaux et de provoquer leur départ avant que la barre de coupe (située 10 m en arrière environ) n’arrive au lieu de nidification. “Le réflexe de la plupart des animaux face au danger, c’est de ne pas bouger”, rappelle-t-on du côté des chasseurs. Il faut donc leur forcer la main, ou plus exactement les pattes ou les ailes selon les cas, pour les mettre en fuite.

De l’expérimentation à la vulgarisation
Si la conception de l’appareil est simple, la barre d’effarouchement doit répondre cependant à des critères techniques incontournables. “Facile à crocheter et à décrocheter”, insiste Marc Lecoustey. Elle doit également s’adapter à tous les types de tracteurs. Son pliage et repliage doivent être rapides. La sûreté est un point important aussi. Une chaine qui se détache et qu’avale la faucheuse : ce sont de gros dégâts en perspective et sans doute une contre-publicité capable de réfréner la volonté des plus convaincus. “L’engin sera pleinement opérationnel l’an prochain”, estime les porteurs du projet. “On tente le coup, on n’impose rien”, répète l’élu de la Chambre d’Agriculture qui estime cependant déjà à 7 ou 8 le nombre de CUMA intéressées pas cette initiative.
Après cette démonstration et cette année d’expérimentation, viendra si les feux restent au vert l’heure de la vulgarisation. Se posera alors la question du coût de l’équipement. Personne n’en connaît aujourd’hui la réponse (800 à 900 e pour les modèles actuels). Il dépend du potentiel de commercialisation et éventuellement des aides que pourraient apporter les collectivités locales, voire tout défenseur d’un loisir qui brasse quand même un peu d’argent.
Du côté des agriculteurs, on affiche une bonne volonté pour participer à cet effort en faveur de la biodiversité. Pas question de faucher à 25 km avec une barre d’effarrouchement, c’est plutôt du 7/8 km.
Moins de débit de chantier mais plus de gibier !

Agrifaune dans la Manche
• Pour maintenir la biodiversité et développer le petit gibier, agriculteurs et chasseurs développent depuis plusieurs années des collaborations sur le terrain avec des opérations communes. La Chambre d’Agriculture de la Manche, la Fédération Départementale des Chasseurs, la Fédération Départementale des Coopératives d'Utilisation de Matériels Agricoles et l’Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage ont signé, le 15 février 2010, une convention pour consolider, encourager et promouvoir de nouvelles initiatives locales dans la Manche. Il s’agit de :
· Développer les relations entre les acteurs de terrain et les former à la prise en compte de la petite faune dans le conseil aux agriculteurs,
· Sensibiliser et informer les agriculteurs de la Manche au développement de pratiques de fauche plus favorables (barre d’effarouchement, fauche retardée…), à la reconstitution et l’entretien des haies et autres éléments fixes du paysage, à l’évaluation du potentiel de biodiversité sur les exploitations, de s’appuyer sur un réseau d’exploitations agricoles, dit "réseau AGRIFAUNE" pour collecter et valoriser des références locales et nationales en terme économique, agronomique et environnemental, faciliter l’échange et le transfert d’expériences entre exploitations agricoles.

 

Le diagnostic d’exploitation : un outil pour évaluer et sensibiliser
"Quels sont les intérêts pour l’agriculteur de prendre en compte la biodiversité ?" Pour répondre à cette question, la Chambre d’Agriculture de la Manche à mis en place un diagnostic qui a pour objectif d’informer sur les pratiques et aménagements agricoles favorables à la biodiversité et de voir, avec l’agriculteur, quelles améliorations sont envisageables sur son exploitation. Ce diagnostic est une première approche pour donner un conseil pertinent.  En 2009, un diagnostic a été testé sur 17 exploitations de différents systèmes, réparties dans le département. En 2010, les critères sont affinés en fonction des avancées de la recherche. Un nouveau test est prévu sur des exploitations du département. Au moins 3 d’entre elles s’engageront dans le réseau Agrifaune. Elles seront une base pour acquérir des références sur des pratiques favorables à la biodiversité et un appui pour des portes ouvertes.

Vos contacts Agrifaune
Chambre d’Agriculture de la Manche : Eddy CLERAN (02 33 06 49 93) ou Laëtitia CHEGARD (02 33 06 46 93).
Fédération des Chasseurs : David GUERIN (02 33 72 63 62).
Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage : Nathalie CHEVALLIER (02 31 77 71 11)
Fédération Départementale des Coopératives d'Utilisation de Matériels Agricoles : Geoffrey MEREL (02 33 06 46 24).

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