“Un contexte de prix favorable qui devrait permettre de conforter les trésoreries…”

Les colzas et les orges sont quasiment tous “tombés”. En tant que producteur, d’abord, quels sont les premiers enseignements que vous tirez de ce début de récolte 2011 ?
Régis Chopin : Concernant les orges, d’abord, ce printemps sec a très sérieusement impacté les rendements. Et, globalement, une chute du rendement de 15 à 20 % est constatée. Elle est plus importante en terres légères et en vallées (jusqu’à 35 q/ha) et moins sévère en terres profondes (jusqu’à 90 q/ha). Les pluies de fin mai et début juin sont arrivées trop tard pour compenser les préjudices causés.
Quant au colza, c’est la surprise. Les rendements sont très bons, voire exceptionnels, en limons profonds. En revanche, c’est la catastrophe en vallées et en terres très superficielles (jusqu’à 20 q/ha). Le système racinaire pivotant de la culture n’a pas supporté le manque de pluviométrie pendant la floraison.
Les craintes formulées fin avril début mai autour de la sécheresse et de ses conséquences sur les récoltes se sont essentiellement confirmées dans les terres légères, celles qui sont - d’une année sur l’autre - régulièrement exposées à ce genre d’aléas. Vouloir “généraliser” certaines situations locales à l’échelle d’un département est une tendance lourde. Qu’en pensez-vous ?
Effectivement, la crainte chez les agriculteurs était très forte. Et bien souvent même, la panique était de mise, alors que le préjudice a été moindre. Mais ne regrettons pas d’avoir alerté très tôt le ministère et l’administration, car nos craintes étaient justifiées et légitimes.
Qui n’a pas imaginé le pire devant sa plaine échaudée par le déficit pluviométrique d’avril et mai ?
N’oublions pas les agriculteurs des vallées d’Eure, d’Avre, de la Risle ou de l’Epte, qui ont parfois connu des chutes de rendements vertigineuses (25 q/ha en blé ou 15 q/ha en colza). Leurs moyennes sont tombées jusqu’à 40 q/ha en blé et 20 q/ha en colza. La solidarité doit aussi s’exercer avec ces voisins qui ne savent pas comment équilibrer leur trésorerie de l’année. Dans les vallées, les agriculteurs doivent très souvent se satisfaire de faibles rendements et cela les poussent à mutualiser leurs coûts de production tout en adoptant leurs itinéraires.
D’après les premiers retours de battage, les blés seront “un peu moins bien” en rendement. Face à cette tendance, il y a des prix. Et d’après les analystes des marchés, en fin d’année, ces prix vont encore grimper. Comment appréhendez-vous ces perspectives ?
Le comité régional des céréales de France AgriMer, réuni fin juin, avait prévu un rendement moyen départemental à 76 q/ha pour l’Eure et 82 q/ha pour la Seine-Maritime. A l’heure où je vous réponds, la moyenne de l’Eure n’est pas encore connue précisément mais nous savons qu’elle sera inférieure aux 86 q/ha atteints en 2010.
Nous pouvons d’ores et déjà tirer quelques enseignements :- les blés de surcharge (blé sur blé) ont plus souffert que les blés assolés dits de précédents (on observe bien souvent 10 à 15 q d’écart).
- Les rares pluies de fin avril et de mai ont fait la différence.
- Les premiers semis (les semis précoces de blés de variétés tardives) ont pris l’avantage sur les derniers semés, pour des raisons de stades au moment du stress hydrique.La date de semis joue un rôle déterminant durant une pareille année. En parallèle, la faible pression des maladies a été très bien contrôlée par les traitements fongicides. En revanche, la septoriose de fin de parcours a parfois coûté un peu, surtout sur des semis tardifs.
Bref, le contexte des prix est toujours favorable et devrait permettre aux exploitations de conforter leur trésorerie pour la deuxième année consécutive. Mais la situation ne sera pas aussi bonne pour les exploitations de bordures de plateaux ou de vallées. Bien souvent, elles engrangent de piètres rendements depuis plusieurs années et doivent coûte que coûte, équilibrer leur EBE.
La récolte française de blé est estimée à 32,7 millions de tonnes, soit 9 % de moins qu’en 2010 (35,7 millions de tonnes). La récolte européenne est évaluée à 127 millions de tonnes contre 129 millions de tonnes en 2010. Les marchés devraient rester bien orientés compte tenu de la tension sur le maïs américain (la demande étant supérieure à la production) et de l’offre limitée, mais exportable, de la Mer noire. L’heure du bilan mondial n’est pas encore arrivée, mais l’on sait déjà que la consommation mondiale sera supérieure à la production.
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DANS L'EURE AGRICOLE
DU 11 AOUT 2011, PAGES 4 ET 5
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